16 octobre 2014

Golden Blog Awards 2014

J'ai découvert par hasard l'existence d'un concours de blogs : les Golden Blog Awards, dont la cinquième édition est organisée cette année.

Golden Blog Awards 2014

Comme lorsque j'ai inscrit mon blog au concours Cosmopolitan, l'objectif est tout sauf égocentrique : en participant à ce concours, je veux juste donner de la visibilité au deuil périnatal et à l'interruption médicale de grossesse - sélective ou non - et surtout faire exister un peu plus Élise.
Je me fiche de ce qu'il y à gagner - je ne sais même pas s'il y a d'autres récompenses que la satisfaction de voir son blog mis à l'honneur, d'ailleurs. La seule chose que je souhaite gagner, ce sont des lecteurs en plus pour que le voile qui entoure nos bébés décédés se lève peu à peu.

Alors, comme vous avez plus que contribué à mettre mon blog à la une de Cosmopolitan en mai dernier, je compte à nouveau sur vous cette fois-ci !
Vous pouvez voter via le bouton de vote directement intégré sur la droite du blog ou sur le site des GBA.

Aucune des catégories pré-définies pour l'inscription n'était vraiment adaptée à ce que je raconte sur mon blog. Je l'ai donc classé par défaut dans la catégorie "Lifestyle".
Les votes sont répartis en trois catégories et en deux temps :

  • les internautes (vous, donc),
  • le jury, composé de 4 à 5 membres (universitaires, experts et consultants)
  • les partenaires financiers de la société organisatrice.

Pour chaque catégorie de votants, les 10 blogs préférés se voient attribuer entre 1 et 20 points, selon le nombre de voix reçues. Le gagnant est donc celui qui aura reçu le plus de points totaux.

Chacun d'entre vous peut voter une fois par jour jusqu'au 23 octobre inclus. Le jury et les partenaires voteront du 24 octobre au 4 novembre. La remise des prix aura lieu le 12 novembre.

Mon ambition est modeste mais je compte sur vous !


22 septembre 2014

Échographie prémorphologique

Il y a une dizaine de jours, nous avons passé une nouvelle échographie, une en plus par rapport aux trois "de base" prévues pour une grossesse simple et qui se passe bien. Même si je ne veux pas tomber dans la surmédicalisation pour cette nouvelle grossesse, il est des angoisses que seuls des examens supplémentaires pourront un peu apaiser. La sage-femme que j'ai vue début août l'a bien compris et a renouvelé la proposition de la sage-femme qui nous avait fait passer la première échographie fin juillet : choisir, dans une certaine mesure, le suivi que nous souhaitions.

Pendant les quelques jours qui ont séparé ces deux rendez-vous, j'ai longuement réfléchi à ce qui m'aiderait à vivre cette grossesse le plus sereinement possible et ai finalement décidé de demander un compromis : revoir le Dr Brasseur pour les échographies et voir une sage-femme pour les consultations. Revoir le Pr Verspyck ne m'aurait rien apporté, si ce n'est une vague d'émotions négatives à chaque rendez-vous.
Cela peut paraître étrange car c'est le Dr Brasseur qui a été l'oiseau de mauvaise augure. Pourtant, c'est aussi grâce à elle que nous avons "rencontré" Élise au fil des échographies ; c'est grâce à elle que nous avons pu nous préparer à l'accueillir comme il le fallait. Et surtout, compte tenu du stade précoce auquel elle a découvert les malformations d'Élise, nous avons une confiance absolue en ses compétences.
Non que ce ne soit pas le cas vis-à-vis du Pr Verspyck mais ses interventions au cours de la grossesse des grumeaux ont été beaucoup plus "négatives" à nos yeux. C'est avec lui que nous avons évoqué l'interruption de grossesse ; c'est à lui que nous avons annoncé notre décision d'accepter cette interruption de grossesse ; c'est lui qui a arrêté le coeur d'Élise. Il n'est pas question ici de reproche ou de rancoeur : le Pr Verspyck n'a fait que suivre notre "souhait", il n'a été que l'exécutant d'une mécanique qui nous a tous dépassés. Mais il est trop associé au destin tragique d'Élise pour que nous souhaitions le revoir si nous pouvons l'éviter.

Echographe

C'est donc le Dr Brasseur qui a réalisé cette échographie prémorphologique, au même terme (à quelques jours près) que celui auquel avaient été découvertes les malformations d'Élise : le moment idéal pour désamorcer toute angoisse quant à une éventuelle récidive de ces anomalies.
Le Dr Brasseur a eu la délicatesse de se concentrer immédiatement sur le cerveau et le visage du haricot alors achevons le faux suspens immédiatement : aucune malformation (ni fente labio-palatine, ni dilatation ventriculaire cérébrale, ni autre anomalie) n'a été décelée. Je ne vous dirai jamais, au sortir d'une échographie, que tout va bien pour ce haricot ; ce type d'examen ne permet pas de l'affirmer. Je me contenterai donc de résumer en disant qu'aucun problème n'a été détecté.
D'ailleurs, quand on regarde bien les formulations sur le compte-rendu de l'examen, on comprend que les médecins aussi restent prudents :
"Les ventricules cérébraux ne présentent pas de dilatation visible."
"Les hémisphères cérébelleux, le vermis et la grande citerne sont d'aspect normal."
"Le nez et les lèvres sont d'aspect normal : pas de fente labiale décelable. Le profil ne présente pas d'anomalie interprétable en échographie."

Le Dr Brasseur a par ailleurs proposé de nous revoir une fois par mois, en plus des échographies des deuxième et troisième trimestres prévues en octobre et décembre. Je reconnais qu'en constatant l'écart entre les trois échographies de base et entre la dernière échographie et le terme prévu, je me suis demandé comment j'allais tenir, psychologiquement parlant, mais je n'aurais jamais demandé à "prendre la place" de quelqu'un d'autre en demandant des examens supplémentaires superflus. J'aurais eu des scrupules à "abuser" de rendez-vous supplémentaires avec une spécialiste mais puisque c'est elle qui l'a proposé, c'est que ces examens lui semblent justifiés, que la raison soit "juste" psychologique ou pas. Dans quelques jours, nous retournons au CHU pour plusieurs rendez-vous calés la même journée (sage-femme, échographie, psychologue) : nous en profiterons pour prendre ces rendez-vous supplémentaires.

Il y a un autre élément à retenir de cette échographie. Vous vous souvenez sans doute que nous ne souhaitions pas connaître le sexe du haricot avant la naissance. En vérité, j'étais la seule à vouloir garder le suspens, contrairement à mon mari. Nous étions donc convenus de prétendre que ni lui ni moi ne le connaissions, histoire de lui éviter de se faire harceler ou piéger par notre entourage. Lors de cette dernière échographie, il devait donc être le seul à savoir si j'avais un petit Hector ou une petite Coline dans le bidon - tout comme il aurait dû être le seul l'an dernier à savoir que j'attendais un petit Gaspard et une petite Élise. Jusqu'à la veille de l'échographie, je maintenais le cap de la surprise. Mais le matin même, j'ai brusquement réalisé que je ne vivrais pas les choses de la même façon selon que j'attendrais un garçon ou une fille et que j'avais besoin de m'y préparer. Attendre une fille serait autrement plus compliqué à gérer que d'attendre un garçon, par rapport à Élise évidemment mais était-il besoin de le préciser.
À la fin de l'échographie, mon mari a donc glissé discrètement mais de façon intelligible tout de même : "alors, tu veux connaître le sexe ou pas ?". Le Dr Brasseur a forcément relevé et, après ma réponse positive, nous a montré les images dévoilant le sexe du haricot. Du coup, pour ne pas risquer la gaffe non maîtrisée, nous avons décidé de révéler le sexe à tout le monde.
J'ai donc le plaisir de vous annoncer qu'Élise et Gaspard vont avoir un petit frère !

18 septembre 2014

Tu es morte il y a un an

Ce message a été rédigé hier et sa publication a été programmée par avance car, en ce jour anniversaire, nous souhaitons faire de cette journée une journée à part, centrée sur nous, Élise, Gaspard et le haricot. Nous ne répondrons ni aux mails, ni aux sms, ni aux messages Facebook, ni aux appels, ni aux visites.

Aujourd'hui, cela fait un an que tu es morte. Et je pense à toutes les façons de décrire ta réalité.

Tu es morte in utero.
C'est la vérité mais je n'aime pas le dire comme ça car (j'ai l'impression que) ça ne dit pas vraiment ou toute la vérité, ça laisse entendre que c'est une mort spontanée, naturelle, accidentelle, inexpliquée.

Tu es mort-né - ou peut-être faut-il dire morte-née.
Tu vois, moi qui fais tellement attention aux mots, je n'ai jamais trouvé la force de vérifier si ce terme se met au féminin.
Cette façon-là non plus, je ne l'aime pas. Parce qu'il y a dedans le pire mot que l'on puisse associer à son enfant, un mot que je n'arrive pas à prononcer quand il s'agit de toi.

Tu es née sans vie.
C'est la formulation que j'utilise le plus souvent, voire tout le temps. Parce qu'elle est plus douce à mes oreilles et mon cœur de maman. Mais je regrette qu'elle ne semble pas dire exactement la vérité, qu'elle l'adoucisse un peu trop aux oreilles des autres. Étrange contradiction !

Tu es morte avant de naître.
Une formulation que je n'utilise jamais. Pourtant elle a le mérite, par sa temporalité explicite, de souligner tout le paradoxe et toute l'absurdité de ton existence.

 

Aujourd'hui, nous sommes le 18 septembre 2014. Tu es morte il y a 365 jours et tu es née il y a 364 jours.

17 septembre 2014

Il y a un an

Ce soir, je pense à ce soir du 17 septembre 2013, dont je ne savais pas à l'époque tout ce qu'il était, tout ce qu'il impliquait, tout ce qu'il signifiait, tout ce qu'il représentait.

Je ne me souviens pas de la journée du 17 septembre 2013. C'était sans doute une journée ennuyeuse, passée à l'hôpital en compagnie de mon mari, rythmée par les visites des sages-femmes et des aides-soignantes.

En revanche, je me souviens bien de l'enchaînement de la soirée, à partir du moment où le Professeur Verspyck est venu me chercher pour l'échographie, en fin d'après-midi. Mon mari était en train de lire Stephen King, assis dans le fauteuil, à côté de moi, pendant que je faisais une réussite sur le plateau roulant, assise dans le lit.
Je me souviens de la salle où j'ai passé l'échographie - la dernière pour les grumeaux. C'était la salle où j'avais passé une échographie de surveillance pendant le traitement d'une des trois FIV (je ne sais plus laquelle) et surtout la salle où j'avais passé l'amniocentèse.
Je me souviens que je ne voyais pas grand-chose de l'écran pendant l'échographie.
Je me souviens de l'attente alors que le Pr Verspyck allait chercher mon dossier.
Je me souviens de la surprise - que mon mari avait cependant vue venir - de l'annonce de la date prévue pour l'ISG.
Je me souviens de notre retour dans la chambre.
Je me souviens de mon autorisation de sortie pour le dîner, annoncée par une sage-femme sans doute mise au courant quelques minutes plus tôt par le Pr Verspyck.
Je me souviens des coups de téléphone à nos parents, avant de sortir.
Je me souviens du trajet à pieds jusqu'au restaurant, du dîner (le dernier passé ensemble, à quatre), du trajet retour à pieds sous la pluie jusqu'à l'hôpital.
Je me souviens de la sage-femme croisée juste avant de rejoindre ma chambre, à qui j'ai expliqué brièvement mon autorisation de sortie et qui était déjà au courant, bien sûr.
Je me souviens de ma peine à trouver le sommeil.
Je me souviens de la perte des eaux au milieu de la nuit.
Je me souviens de ma prise en charge par la sage-femme, justement celle croisée avant de rejoindre ma chambre quelques heures plus tôt.
Je me souviens de mon attente jusqu'à une heure décente pour prévenir mon mari.
Je me souviens de l'arrivée de mon mari.

Je me souviens de tout ce qui a suivi. Mais, même si nous avions déjà changé de jour depuis quelques heures, tout ce qui a suivi appartient au 18 septembre 2013. Le 17 septembre s'est terminé pour moi au petit matin du 18.

Larme

10 septembre 2014

Parler de toi... ou pas...

En juillet dernier, lors d'une fête de famille célébrée au restaurant avec - entre autres - mes parents, ma belle-sœur et Gaspard, l'une des serveuses m'a demandé s'il était le premier petit-fils de la famille. A ce moment-là, j'étais seule à table avec ma belle-sœur. Nous avons échangé un regard lourd de sens et de non-dit pendant l'instant où j'ai cherché quoi répondre. Je n'ai finalement pas parlé de toi. Je n'ai pas dit que c'est toi, qui es née avant Gaspard, le premier petit-enfant de la famille. Je n'ai pas dit que tu existais. Je n'ai pas dit que Gaspard avait une jumelle, une grande sœur.
J'espère que tu ne m'en veux pas. Pour une fois, moi, je ne m'en suis pas voulu car j'ai senti que je n'étais pas capable, à ce moment-là, de m'exposer à l'incompréhension éventuelle.

Le lendemain de cette fête, nous sommes allés récupérer deux lits d'enfant d'occasion repérés sur Leboncoin et destinés à Gaspard - l'un chez mes parents, l'autre chez mes beaux-parents. Peu après être arrivés chez les vendeurs, nous avons appris que les lits en question appartenaient à leurs jumelles, maintenant trop grandes pour y dormir. À un moment de la conversation, nous avons cru pouvoir parler de toi. Quelle erreur de jugement ! La (fausse) compassion, la (fausse) empathie que l'on croyait pouvoir attendre de parents de jumeaux ont été démasquées en quelques phrases à peine. La meilleure a été prononcée par la mère, qui, deux phrases plus tôt, nous avait pourtant laissés espérer un minimum de compréhension ("Ah oui, je sais ce que c'est, j'ai une amie qui a vécu ça") : "De toutes façons, quand le bébé [vivant] arrive, on oublie [l'autre bébé]."
Bien sûr, Madame ! À vous qui me comprenez si bien, je peux l'avouer : ce 19 septembre 2013, je n'ai pensé à ma fille qu'entre 00h22, heure de sa naissance, et 00h27, heure de naissance de son frère. Depuis, c'est comme si elle n'avait jamais existé ; c'est comme si, pendant 35 semaines, je n'avais porté que Gaspard ; c'est comme si nous n'avions pas vécu et ne vivions pas encore le pire des écartèlements ; c'est comme si nous n'avions pas décidé d'arrêter son cœur uniquement parce que nous ne nous sentions pas capables de l'accueillir.
Nous avons tant bien que mal essayé de leur faire comprendre que ce n'était pas aussi simple qu'ils voulaient le croire mais nous avons bien vu qu'ils ne comprenaient pas et ne voulaient pas comprendre.

Quelques jours plus tard, à l'occasion d'une petite séance de shopping, la conversation entre la vendeuse et moi s'est engagée sur les enfants, avec pour prétextes la présence de Gaspard et la future présence du haricot qui commençait à se voir. Nous en sommes venues à parler du sexe du haricot, des préférences (le cas échéant) de chacune, etc. J'ai eu plusieurs occasions de parler de toi au début de la discussion mais j'ai préféré attendre un peu avant de le faire. Quand je me suis finalement lancée, je ne l'ai pas regretté : cette femme était réceptive. Elle n'a pas joué l'indifférence, elle ne m'a pas asséné de prétendues vérités assassines, elle a compris que tu existais même si tu n'étais plus. C'est même elle qui m'a parlé d'un numéro de l'émission Toute une histoire consacré, quelques semaines plus tôt, au deuil périnatal et à l'interruption médicale de grossesse (et qui faisait notamment témoigner une maman ayant perdu l'un de ses jumeaux suite à une ISG). En en parlant, elle avait des frissons que j'avais devinés sur ses avant-bras et qu'elle a elle-même avoués. Au terme de la discussion, j'ai même osé lui donner la carte du blog : c'était la première fois que je m'en sentais capable, alors que j'en ai toujours plusieurs sur moi ! Ce jour-là, j'ai été fière de parler de toi, fière de réussir à te faire entrer un peu dans la vie d'une inconnue - au même titre que ton frère et le haricot - et soulagée de tomber, pour une fois, sur une oreille étrangère mais compréhensive.

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Il y a quelques jours, je suis allée à la Fnac pour retirer des livres commandés sur Internet. J'avais passé deux commandes, à un jour d'intervalle, mais on ne m'avait prévenue que de l'arrivée de la première. À tout hasard, j'ai demandé si la deuxième commande était également disponible. La vendeuse a alors vérifié sur son écran et m'a énoncé le début du titre du livre en question* pour se faire confirmer que nous parlions de la même chose. À la façon dont elle a prononcé ces quelques mots, j'ai senti quelque chose et ai alors ajouté "C'est mon cas". Elle s'est tournée vers Gaspard dans la poussette et a demandé, tout en me regardant, "s'il avait quelqu'un". J'ai confirmé. Elle n'a alors prononcé que trois phrases. "Le livre n'est pas arrivé." "Je suis maman de triplés." "Bon courage." À ses deux dernières phrases et à son regard, j'ai compris qu'elle avait compris, autant qu'elle le pouvait en quelques secondes, et ça m'a fait comme un voile de chaleur et de douceur sur le cœur.

*Il s'agit du livre "Perdre un jumeau à l'aube de la vie" de Béatrice Asfaux et Benoît Bayle, dont je reparlerai probablement quand je l'aurai reçu et lu.

 

Tu vois, les occasions de parler de toi se suivent et ne se ressemblent pas. Parfois, je préfère te trahir un peu pour préserver ton souvenir, ne pas risquer de l'entacher, de le salir, de le gâcher par une énième marque d'indifférence. Avant de parler de toi, j'essaie de jauger la personne en face de moi à l'aune de la place qu'elle pourrait te reconnaître ; j'essaie d'estimer a priori si elle sera capable de comprendre que tu as été et que tu existes toujours, quand même. Parfois, je tombe juste ; parfois, je me trompe ; parfois, je n'ose pas prendre le risque.

Tu es mon plus beau souvenir : je ne peux pas le confier à n'importe qui, n'importe comment, n'importe quand.

Cette dernière réflexion me fait penser à une phrase du livre "Sur la pointe des pieds" de Vanessa Hoebeke (que j'ai lu il y a un peu moins d'un an) qui m'avait semblé tellement lointaine à l'époque. Et pourtant, 10 mois plus tard, je me retrouve en elle. La preuve sans doute que, mine de rien, j'avance sur le chemin du deuil.
Comment faire pour garder intact ton souvenir, quand tout le monde baisse les yeux à l'évocation de ton prénom ? J'ai fini par trouver... Cette histoire, ton histoire, notre histoire... C'est mon trésor... Mon bébé, c'est ma richesse... On ne partage son trésor, sa richesse qu'avec des gens capables d'en voir la beauté...


06 août 2014

Handicap

Je sais que je me lance sur un terrain plus que sensible mais cette nouvelle ne m'a pas laissée indifférente, je ne peux qu'en parler ici.
Parce qu'il est question de jumeaux - un garçon et une fille, qui plus est.
Parce qu'il est question de handicap.
Parce qu'il est question de handicap pour l'un de ces jumeaux.

Je parle de ce jumeau porteur de trisomie 21 et de sa jumelle "saine", portés et mis au monde par une mère porteuse thaïlandaise pour un couple australien, qui a récupéré la petite fille mais abandonné le petit garçon.
(Je ne mettrai pas de lien vers un quelconque article parlant de ce "fait divers" car tous les commentaires que j'ai lus ici ou là sur tel ou tel article traitant de ce sujet me débectent. J'imagine toutefois que vous avez entendu parler de cette histoire ou qu'à défaut vous saurez bien trouver sur Internet ou ailleurs de quoi il s'agit.)
Tout le monde condamne ce couple et leur décision, y compris en France - en France où il est légal de pratiquer une interruption médicale de grossesse à n'importe quel stade de la grossesse, en France où il est légal de pratiquer une interruption médicale de grossesse parce que le bébé est porteur de trisomie 21, en France où il est légal de pratiquer une interruption sélective de grossesse.

Réflexion

Je ne veux pas me lancer dans le débat sur la gestation pour autrui.
Je ne veux pas non plus me lancer dans le débat sur l'interruption médicale de grossesse pour cause de trisomie 21.
Je m'interroge simplement sur le sens de cette condamnation publique, alors que d'autres couples font exactement la même démarche : rejeter, par le biais d'une IMG ou d'une ISG, leur enfant handicapé (et je ne parle pas ici que de trisomie 21).
Pourquoi condamner ce couple et pas ces parents - dont je fais partie depuis bientôt 11 mois - qui font pourtant le même choix ?
Pourquoi ce bébé, à qui je ne souhaite évidemment aucun mal, a-t-il récolté autant de dons pour sa survie alors qu'ils sont des millions à travers le monde à lutter pour survivre ?

Il y a une logique qui m'échappe.
Cette situation m'interpelle autant que les réactions si radicales qu'elle suscite.

30 juin 2014

Prénatalités

Vidéo

Documentaire diffusé sur Arte
Date : 27 juin 2014
Durée : 53 mn

03 juin 2014

Ce que je ne supporte pas

Je savais que mon dernier billet ferait réagir mais je ne pensais pas que ce serait à ce point-là.

Je ne veux blesser ou offenser personne à travers ce nouveau billet. Je veux simplement expliquer ce qui m'aide et ce qui ne m'aide pas, par rapport à la psychiatre, mais pas seulement. Je sais que chacun des conseils et avis que j'ai reçus est guidé par la bienveillance et l'affection mais je vous assure que ça ne m'aide pas.

 

Je ne supporte pas qu'on me dise que nous avons pris la bonne décision pour Élise, que nous avons bien fait, comme si on balayait d'un revers de la main les doutes et les questions qui nous ont assaillis et qui nous assaillent encore, comme si la décision qu'on a prise était une évidence, comme si la vie d'Élise valait si peu qu'on peut la nier en quelques mots à peine, comme s'il suffisait de jouer à se faire peur en faisant semblant de se poser la question pour trouver la réponse.
Mon mari et moi avons, nous aussi, joué à nous faire peur au début de ma grossesse, avant que notre vie ne bascule. Comme beaucoup de parents, nous nous sommes posé ce qui nous semblait alors être "la" question : et si notre enfant est trisomique ? Chacun de nous avait sa réponse toute prête, qui n'était pas la même. Et puis la réalité nous a rattrapés. Ce n'était pas la trisomie, c'est vrai, mais nous avons dû nous poser la question pour de vrai et surtout trouver une réponse.
Chacun peut avoir ses a priori mais je vous jure - et je parierais ma vie là-dessus - que personne ne peut savoir avant d'y être confronté pour de vrai. Le regard extérieur est toujours plus confortable, croyez-moi. Seuls ceux qui se sont posé la question pour de vrai - quelle qu'ait été leur décision d'ailleurs - peuvent prétendre comprendre.

 

Je ne supporte pas qu'on juge à notre place du meilleur moment où nous pourrons concrétiser notre nouveau désir d'enfant. Certains nous sentent prêts ; d'autres nous conseillent d'attendre avant de relancer les essais bébés. Alors qui écouter plus que l'autre et pourquoi ? Mon mari et moi sommes les seuls à savoir si le moment est venu.

 

Je ne supporte pas que les gens - des inconnus, des connaissances - croient que je vais "mieux", voire "bien", uniquement parce que je souris devant eux. Croient-ils que le chagrin me fait oublier toutes les règles de savoir-vivre et de civisme ? Croient-ils que c'est devant eux que je vais m'effondrer ? Croient-ils que c'est à eux, que je connais si peu et qui croient détenir la vérité sur le deuil que nous avons à faire, que je vais confier mon mal-être et mes doutes ?

 

Je ne supporte pas qu'on me conseille ou déconseille de prendre un traitement anti-dépresseur, sous couvert d'une quelconque expérience. Ça fonctionne pour elle, ça n'a pas marché pour lui, ça a fait pire que mieux pour elle ? Et alors ?! Chaque situation de vie où l'opportunité d'un traitement anti-dépresseur est apparue avant d'être confirmée ou rejetée est différente. Les conseils que j'ai reçus dans un sens ou dans l'autre émanent de personnes confrontées à des situations différentes. Parce que chacun prend le chemin qu'il peut et qu'il veut. Mon mari et moi avons perdu le même enfant dans les mêmes circonstances et pourtant nous n'empruntons pas tout-à-fait le même chemin. Alors, même si la question d'un tel traitement s'était posée pour ces personnes suite au deuil périnatal d'un jumeau dû à une interruption de grossesse, cela ne suffirait pas à me convaincre de suivre leur voie.

Pour l'instant, lorsque j'envisage ce traitement, je me dis qu'il pourrait peut-être m'aider temporairement, me maintenir la tête hors de l'eau jusqu'à ma reprise du travail fin septembre mais pas au-delà. Mais il restera de toutes façons artificiel.
Et puis, si je prends ce traitement, où en serai-je quand j'arrêterai ? Au même stade qu'aujourd'hui, à me torturer l'esprit, à me poser des milliers de questions, à ruminer mes propres regrets et reproches ?
Je ne sais pas si je suis en dépression ou non - je ne sais pas à quoi ressemble une dépression et il paraît que ce n'est pas l'image que je renvoie à ceux qui me côtoient fréquemment - mais ce que je sais, c'est que je suis en deuil et qu'après le traitement je serai toujours en deuil.
Je suis certaine que ce traitement ne fera que retarder les choses : il ne résoudra aucune question, il n'effacera pas le manque, il n'éloignera pas les regrets. Il mettra juste ma vie sur pause.

Je sais aussi que les premiers mois de vie d'un enfant sont essentiels à son développement mais:

  1. je ne pense pas me voiler la face en disant que Gaspard est un petit garçon bien dans ses baskets (si, si, il en a : souvenez-vous !), souriant, facile à vivre, curieux de la vie, qui joue, qui dort bien, qui rit, qui pleure (j'ai lu que les pleurs importaient autant que les rires parce qu'un bébé qui pleure, c'est un bébé qui se sent en confiance et qui sait que l'on répondra à ses pleurs) ;
  2. je me demande à partir de quel âge un enfant a le "droit" d'avoir une maman qui ne va pas bien, si ses premiers mois sont si importants. Parce que, si je prends un traitement, ce sera avant tout pour lui alors quand pourrai-je me dire "Gaspard est assez grand pour que je m'autorise à ne pas aller bien" ? Jamais, je crois. On ne juge jamais son enfant assez grand pour ces choses-là.

Je sais que mon entourage proche a confiance en moi par rapport à Gaspard. Je pense que je lui apporte tout ce dont il a besoin affectivement et matériellement - en tout cas, je ne pourrais pas faire plus ou mieux. Je crains simplement qu'il ne reçoive en plus des choses dont il n'a pas besoin. Et c'est de ça que j'aimerais le préserver.

Je crois malheureusement au fond de moi que je suis la seule à détenir les clés : aucun traitement, aucun accompagnement sous quelque forme que ce soit ne pourra faire le travail à ma place. Et ce travail qu'il me reste à accomplir se résume en quelques mots: assumer et accepter la décision que nous avons prise, arrêter de regretter.

30 mai 2014

Psychiatre - Épisode 1

Le 13 mai dernier, j'ai eu mon premier rendez-vous avec le Dr Terranova, une psychiatre spécialisée dans toutes les questions autour de la périnatalité. Je n'attendais pas grand-chose de ce rendez-vous, il faut dire que ce n'est pas vraiment moi qui l'avais sollicité.

J'ai donc eu affaire à cette psychiatre et à un étudiant en médecine qui s'est contenté d'assister, sans y participer, à l'entretien.
Le Dr Terranova est sans doute "familière" de ma situation mais j'ose espérer que si, à la faveur de ce rendez-vous, cet étudiant a découvert (rayez les mentions inutiles) le deuil périnatal d'un singleton, le deuil périnatal d'un multiple, l'interruption médicale de grossesse et/ou l'interruption sélective de grossesse, il a compris des choses, s'est posé et se posera des questions et fera preuve d'humanité et de compréhension s'il est de nouveau confronté à ce type de drame au cours de sa carrière.

Le Dr Terranova m'a reçue dans son bureau de l'hôpital psychiatrique à quelques kilomètres de chez moi. L'hôpital en lui-même est "accueillant" (beaucoup d'espace, de la verdure) mais dans le bâtiment où l'on m'attendait, l'ambiance n'était plus à la flânerie. Tandis que le rez-de-chaussée est consacré aux hospitalisations, le service de consultations se situe au premier étage, à première vue accessible au public uniquement par un escalier. Je m'apprêtais donc à porter Gaspard dans sa poussette pour atteindre le premier étage lorsqu'une soignante m'a aperçue à travers la porte vitrée fermée à clef séparant le hall du service d'hospitalisation et m'a proposé d'emprunter leur ascenseur de service.

Pendant le court instant où la soignante a refermé la porte vitrée derrière moi et a attendu l'ascenseur à mes côtés, un patient hospitalisé qui traînait dans le couloir a fixé obstinément Gaspard du regard - un regard qu'il m'a été impossible de déchiffrer : attendrissement, folie ? Rien de tel pour vous mettre dans l'ambiance et pour vous faire douter à la fois - et c'est paradoxal - de la pertinence de votre présence et de votre propre état mental. Pour résumer, cette question n'a cessé de faire des allers-retours dans ma tête : qu'est-ce que je fais là ?
D'ailleurs, à la fin de l'entretien, après avoir hésité un court instant à me laisser redescendre seule, la psychiatre elle-même m'a raccompagnée jusque dans le hall, hors secteur hospitalisation, justifiant sa décision d'une seule phrase : "il y a quand même des malades en bas".

Une fois arrivée dans le bureau de la psychiatre, j'ai à peine eu le temps d'ôter mon manteau et de découvrir un peu Gaspard qu'elle m'a lancé sans préliminaires : "Racontez-nous". Raconter quoi ? La grossesse ? La descente aux enfers depuis le 24 mai 2013 ? L'accouchement ? Le retour à la maison ? Comment j'ai atterri dans ce bureau ? J'ai finalement essayé de lui présenter un résumé de quelques phrases couvrant tous ces évènements.

Neuropédiatrie

Quand j'ai eu fini, elle n'a pas enchaîné tout de suite en rebondissant sur ce que je venais de lui dire ou en creusant tel ou tel aspect. Il y a eu un blanc - le premier d'une longue série au cours de cet entretien. Dans l'ensemble, il y a eu moins d'échanges qu'avec la psychologue du CHU mais le contexte est différent : elle est psychiatre et pas psychologue et elle découvre l'histoire "après la bataille" et non au fil de l'eau.

Elle m'a finalement et tant bien que mal interrogée sur différents aspects, dans le désordre :

  • Comment avions-nous accueilli l'annonce de la grossesse gémellaire ?
  • Comment s'était passé le retour à la maison avec Gaspard ?
  • Comment mon mari vivait-il la situation ?
  • Comment allais-je ?
  • Quelle relation avais-je avec Gaspard et quels sentiments éprouvais-je pour lui ?
  • Est-ce que je sortais et est-ce qu'il m'arrivait de rester enfermée plusieurs jours de suite ?
  • Avais-je toujours de l'appétit ?
  • Comment était mon sommeil ?
  • Avais-je toujours le goût pour les choses que j'aimais faire avant ?

Je lui ai également parlé spontanément :

  • du manque d'Élise,
  • de la culpabilité liée à la décision de l'ISG,
  • des difficultés liées au deuil périnatal.

Parmi les exemples qu'elle m'a demandés par rapport à ce dernier point, j'ai évoqué la phrase de la médecin de la PMI mais sans préciser de qui elle venait. J'ai hésité - j'aurais dû mais je n'ai pas osé parce que je ne voulais pas l'incriminer. Pourtant je sais que :

  1. ce n'est pas à moi de prendre soin des autres en ce moment - en tout cas pas des "étrangers" et pas comme ça ;
  2. si j'avais été plus précise, elle lui en aurait peut-être parlé et cette médecin aurait peut-être fait moins de gaffes face à d'autres parents ayant perdu un enfant.

Après ces échanges laborieux, et comme je ne savais toujours pas ce qu'elle attendait que je lui dise et ce qu'elle cherchait à comprendre ou à savoir dans mes paroles, j'ai fini par être franche : "je ne sais pas pourquoi je suis venue, je ne sais pas quel est le but de ce rendez-vous". C'est là qu'elle m'a enfin expliqué que son rôle était de déterminer si ma souffrance était normale dans le contexte ou s'il y avait un état pathologique - dépressif, appelons les choses par leur nom - derrière tout ça.

Elle m'a tenu le même discours que la psychologue du CHU lors de notre dernier RDV en février : elle n'est pas favorable aux traitements médicamenteux en cas de deuil (moi non plus, ça tombe bien), elle les juge artificiels et estime qu'un état dépressif n'est pas rare en pareille situation et peut même être nécessaire. Elle a au moins l'air de comprendre que pleurer son bébé est normal, même plusieurs mois après, et ne semble pas encline à me gaver d'anti-dépresseurs.

En lieu et place de ce traitement qui n'était pas à l'ordre du jour, elle m'a proposé un accompagnement à domicile par l'un des membres de son équipe : psychologue, puéricultrice, infirmière psychiatrique, etc. Dans mon cas et compte tenu de ce que je lui ai dit, elle a estimé que la psychologue serait la plus adaptée. Nous sommes alors convenues de nous revoir une quinzaine de jours plus tard pour en rediscuter et - si j'ai bien compris - pour que je rencontre la psychologue avant qu'elle ne vienne chez nous.

06 mai 2014

Cosmopolitan

Récemment, j'ai inscrit mon blog au concours de blogs (ça tombe bien !) organisé par le magazine féminin Cosmopolitan.

Mon intention n'est pas de gagner : je sais que le genre de blog auquel le mien appartient ne gagne jamais. Pas assez "punchy", pas assez décalé, pas assez drôle.
Mon objectif est bien plus modeste : donner une autre vitrine, même à toute petite échelle, au blog toujours dans l'idée de faire parler du deuil périnatal et de l'interruption médicale et sélective de grossesse.

Si vous voulez m'aider à atteindre mon objectif, vous pouvez toujours voter pour moi en cliquant par exemple, une fois par jour, sur l'image ci-dessous :