27 septembre 2015

Elles ont dû interrompre leur grossesse pour raison médicale

Vidéo

Émission "Toute une histoire" diffusée sur France 2
Date : 18 septembre 2015
Durée : 59mn


18 septembre 2015

Il y a deux ans

Nous sommes le 18 septembre 2015. Il est 12h14.

Il y a deux ans, tu étais encore vivante.
Il y a deux ans, il était encore temps de choisir la vie.
Il y a deux ans, il était encore temps de tout arrêter.
Il y a deux ans, tu vivais encore.
Il y a deux ans, il était encore temps de choisir ta vie.

Il y a deux ans, c'est ton cœur que nous avons arrêté.

15 septembre 2015

Dans les chaussettes

En ce moment, ça ne va pas.

Larme

La faute à cette période de l'année - la période anniversaire. Pourtant cet anniversaire est double et le sera toujours. Alors pourquoi ce n'est pas la joie de voir grandir Gaspard qui prend le pas sur mon manque d'Élise ?! Pourquoi ça marche dans ce sens-là ?! Faute de mieux, j'ai rappelé ma psy (dont je croyais naïvement, en juin, pouvoir me passer...) mais elle n'a pu me proposer un rendez-vous que dans deux mois. D'ici là, soit je serai remontée toute seule de ce "bas" et je n'aurai plus vraiment besoin d'elle, soit je me serai enfoncée encore davantage et la remontée sera encore plus longue et difficile...

En ce moment, les choses résonnent encore plus douloureusement. J'ai les larmes au bord du cœur en permanence et un rien suffit à les faire couler.
Croiser les jumeaux et leur maman à la crèche.
Entendre rien que la voix de Grand Corps Malade - même pas sa chanson si évocatrice.
Apprendre que d'autres jumeaux - un garçon et une fille, qui plus est - vont bientôt arriver dans la même section que Gaspard à la crèche.
Entendre rien que la voix d'Emmanuel Moire - même pas sa chanson Sois tranquille.
En ce moment, Élise est dans toutes mes pensées.
Je l'imagine sans cesse à côté de Gaspard : dans ce qui serait leur chambre, à table, dans le bain, dans la voiture, à la crèche, chez le marchand de chaussures, au restaurant, dans les Manduca...
En ce moment, Élise n'est pas Élise dans ma tête.
Élise est dans un cercueil au fond d'un trou.
Élise est un cadavre.
Élise est un corps en décomposition.
Tu sais, la vie, c'est pas vrai ce qu'on dit : t'es pas belle, t'es même carrément moche...

Toute une histoire

Vendredi prochain, nous serons le 18 septembre.
Vendredi prochain sera diffusée, sur France 2, une nouvelle émission Toute une histoire consacrée aux interruptions médicales de grossesse. J'ai failli y participer mais n'ai finalement pas été "retenue".
Vendredi prochain, cela fera deux ans que nous avons arrêté le cœur d'Élise.

Jeudi prochain sera diffusée l'émission Toute une histoire où Emmanuel Moire parle du décès de son frère jumeau.

Et aujourd'hui était diffusée l'émission Toute une histoire mettant à l'honneur deux frères, dont l'un lourdement handicapé depuis la naissance.

 

Élise, je te capte bien en ce moment, la liaison doit être meilleure qu'à l'accoutumée...

Différente ?

Une petite fille.
Une mère.

Une autre petite fille.
Une autre mère.

Cette petite fille. Qui est lourdement handicapée. Qui ne peut ni parler ni marcher.
Cette mère. Qui tue sa fille.

Cette autre petite fille. Qui sera lourdement handicapée. Qui ne pourra ni parler ni marcher.
Cette autre mère. Qui tue sa fille.

Cette mère. Qui risque la réclusion criminelle à perpétuité.
Cette autre mère. Qui vit en toute impunité - si ce n'est les démons qui me rongent.

Quelle différence ?!

Réflexion


27 juillet 2015

Je t'en veux

Je t'en veux de ne pas me réveiller la nuit.
Je t'en veux de ne pas avoir failli fuguer avec Gaspard la semaine dernière.
Je t'en veux de ne pas faire rire Hector aux éclats en le chatouillant.
Je t'en veux de ne pas attraper la barbe de ton papa à chacun de ses bisous.

Oui, je t'en veux.

Mais moins qu'à moi.

Réflexion

18 mai 2015

Vains

Il y a vingt mois, tu n'étais pas encore née mais déjà décédée.
Il y a vingt mois, tu n'étais plus vivante mais encore dans mon ventre.

Vingt mois sans toi.
Vains mois sans toi.

23 mars 2015

L'IMG, c'est aussi une affaire de père

Vidéo

Émission "Les Maternelles" diffusée sur France 5
Date : 20 mars 2015
Durée : 0h41

18 mars 2015

18

Il y a 18 mois, jour pour jour, nous étions un "18" aussi.
Il y a 18 mois, jour pour jour, nous étions un mercredi aussi.

Il y a 18 mois, heure pour heure, nous pouvions encore changer d'avis.
Il y a 18 mois, heure pour heure, nous pouvions encore faire machine arrière.
Il y a 18 mois, heure pour heure, nous pouvions encore préférer la vie à la mort.

Il y a 18 mois, jour pour jour, heure pour heure, tu étais encore vivante.

Réflexion

28 janvier 2015

Un choix cauchemardesque

D'ordinaire, lorsque quelque chose me "travaille", mon sommeil s'en ressent. Mon pauvre mari peut en témoigner : combien de fois m'a-t-il réconfortée en pleine nuit après un rêve qui m'a laissée paniquée et en larmes, empêchée de tomber du lit ou retenue de le protéger avec un peu trop d'enthousiasme d'un hypothétique danger, alors que je n'en étais même pas consciente ?

Étonnamment, depuis le décès d'Élise, cela ne s'est pas souvent vérifié. J'ai probablement rêvé plusieurs fois d'elle mais les rêves qui la concernent et dont je me souviens se comptent sur les doigts d'une main. Parmi eux figure celui que j'ai fait le week-end dernier, dans la nuit de samedi à dimanche. Mes souvenirs en sont très flous mais je me rappelle l'essentiel.

Dans ce rêve, nous étions en ce moment, dans notre vie, avec notre réalité. J'étais enceinte de Hector, après les grumeaux, après le décès d'Élise. Et le cœur de ce rêve, c'était la naissance de Hector. Je suis incapable de décrire l'accouchement ; je ne sais pas où j'étais, si mon mari était à mes côtés, s'il s'agissait d'un accouchement par les voies naturelles ou par césarienne.
En revanche, je me souviens que nous découvrions, moi, mon mari et l'équipe médicale, pendant l'accouchement qu'il s'agissait en fait de jumeaux, de deux petits garçons.
Je me souviens aussi que nous découvrions à leur naissance que l'un d'entre eux était mort et que l'autre était lourdement handicapé.

Au réveil, je me sentais mal, évidemment, mais j'avais aussi un sentiment d'accomplissement, comme si, dans ce rêve, j'avais résolu le dilemme qui nous a habités pendant la grossesse des grumeaux et qui nous habite encore, comme si j'avais eu - ou du moins je pouvais avoir - LA réponse qui me manquera toujours. Ces deux bébés - l'un mort, l'autre handicapé - incarnaient l'alternative à laquelle nous avons dû faire face pour Élise : l'empêcher de vivre en dehors de mon ventre ou la laisser venir au monde vivante mais lourdement handicapée.
J'ai souvent souhaité - et le souhaite encore, même si je sais parfaitement que c'était impossible et que ça l'est d'autant plus a posteriori - pouvoir avoir vraiment le choix, pouvoir "tester" chacune des deux possibilités que l'on nous proposait.
Certes, je n'ai pas rêvé plus loin que l'accouchement mais ce que je retiens, c'est que, dans ce rêve, nous allions enfin savoir ce qui était le pire entre un bébé né sans vie et un bébé lourdement handicapé - cette certitude qui nous manquait pour prendre notre décision, cette certitude sans laquelle nous avons dû décider quand même, cette certitude aussi cruelle que triviale. Pourtant, je sais que cela n'aurait rien changé puisque, même dans mon rêve, Élise était déjà morte à cause de notre décision.

Je crois tout simplement que ce rêve symbolise la question qui me hante toujours : avons-nous eu raison, avons-nous fait le bon choix, avons-nous pris la bonne décision ?
Je crois aussi que ce n'est pas anodin que je me sois réveillée "si tôt" dans le rêve : la réponse à cette question est sans doute quelque part en moi mais je n'y ai pas encore accès, je ne l'ai pas encore trouvée ou acceptée, il serait donc complètement insensé qu'elle m'apparaisse aussi clairement en rêve...

Réflexion