14 mars 2014

Comparer

Combien de fois ai-je entendu "c'est moins pire que si vous l'aviez connue" ou "c'est mieux que si vous aviez eu des souvenirs" ?! Les gens se sentent obligés ou rassurés de rationaliser, de hiérarchiser, de comparer. Mais ce n'est pas là l'essentiel. Bien sûr que l'on peut s'estimer heureux ou chanceux de telle ou telle chose, bien sûr que l'on peut toujours trouver pire. Mais est-ce que l'on souffre moins pour autant ?!

C'est la troisième fois que je vais au groupe de paroles alors j'ai déjà entendu et vu plusieurs histoires de deuil périnatal.
Des couples. Des mamans seules. Des papas seuls.
Des parents hétérosexuels. Des parents homosexuels.
Le deuil d'un premier enfant. Le deuil du deuxième ou plus. Le deuil du petit dernier.
Des décès in utero. Des décès à la naissance. Des décès à quelques jours ou semaines de vie.
Des interruptions médicales de grossesse. Des décès inattendus. Des décès prévisibles.
Le deuil d'un enfant. Le deuil d'un des jumeaux. Le deuil de plusieurs enfants.
Des décès en début de grossesse. Des décès à quelques jours ou heures du terme.

Autant d'histoires que de familles mais toujours la même douleur. Toujours.

Réflexion

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11 mars 2014

Décision

La décision de l'ISG est, je crois, la pire décision que j'aurai - nous aurons - à prendre de ma - notre - vie.

La pire, parce qu'il n'y a rien de plus puissant que d'avoir le pouvoir - et le droit - de vie ou de mort sur un être vivant, sur un être humain.
La pire, parce que la conséquence de cette décision est que ma fille est morte.
La pire, parce que cette décision est irrémédiable, définitive, irrévocable, éternelle, irréparable.
La pire, parce que je me dis souvent que rien ne peut être pire que son absence, que même la vie qu'elle et nous aurions eue valait plus que son absence.
La pire, parce que je me dis souvent que ce n'est pas pour elle que nous avons pris cette décision, mais pour nous. Pour préserver notre petite vie tranquille. Pour épargner notre confort bien douillet. Pour nous éviter un quotidien pénible.

Je lis et entends souvent que tels ou tels parents qui ont choisi l'IMG pour leur enfant l'ont fait pour lui, parce qu'ils préféraient souffrir à la place de leur enfant. Je n'arrive pas à y croire totalement dans mon cas. Il y avait trop d'incertitudes - même si les certitudes que nous avions étaient effrayantes - pour que notre décision ait été guidée uniquement par notre amour de parents.

À d'autres moments, je me dis que c'est aussi ça être parents et avoir "charge d'âme" : prendre des décisions dans l'intérêt de son enfant, de la fratrie, des parents, de la famille.

Réflexion

22 janvier 2014

La Voix du Nord

Ce billet est l'occasion d'inaugurer une nouvelle catégorie - On en parle - en espérant qu'elle se remplira de temps en temps...

 

La plupart d'entre vous le savent ou l'ont compris à la lecture du blog : je suis originaire du Pas-de-Calais. C'est donc tout naturellement vers La Voix du Nord que je me suis tournée lorsque j'ai décidé, en me référant à "l'affaire" des nourrissons décédés par contamination à l'hôpital de Chambéry, d'essayer de diffuser un peu plus largement l'adresse du blog, non pas pour ma "gloire" personnelle mais pour sensibiliser et éduquer un maximum de personnes au deuil périnatal et à l'interruption médicale de grossesse.

La Voix du Nord a accueilli mon mail avec bienveillance et en a publié des extraits dans le Courrier des lecteurs de son édition du jeudi 16 janvier 2014 :

Deuil périnatal - La Voix du Nord

 

Et puis La Voix du Nord est même allée plus loin en sélectionnant mon blog pour leur rubrique "Blogosphère" qui met en lumière un blog chaque semaine :

Blog - La Voix du Nord

21 janvier 2014

Elles ont dû interrompre leur grossesse

Article publié dans Santé Magazine
Date : février 2014

(cliquer sur les images pour les agrandir)

Elles ont dû interrompre leur grossesse - Santé Magazine - Février 2014_1

Elles ont dû interrompre leur grossesse - Santé Magazine - Février 2014_2

Elles ont dû interrompre leur grossesse - Santé Magazine - Février 2014_3

Elles ont dû interrompre leur grossesse - Santé Magazine - Février 2014_4

13 janvier 2014

Écrire !

Voici la panoplie de la maman tourmentée : un carnet pour y coucher tout ce qui me passe par la tête et un mini-carnet à glisser dans le sac à main pour pouvoir faire la même chose même en dehors de chez moi !

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06 janvier 2014

Un pas en avant, un pas en arrière

Aujourd'hui, je reprends la musique, près d'un an après avoir été contrainte à arrêter provisoirement.
Le lundi, cours individuel d'alto. Le mardi, répétition avec l'orchestre de chambre.

Lorsque j'ai dû mettre la musique sur pause en début de grossesse, je m'étais dit que je reprendrais peut-être en janvier 2014. Depuis l'accouchement, je ne m'étais pas projetée dans la reprise de cette activité mais avoir assisté, fin novembre, à un concert d'altistes auquel je devais participer initialement m'a redonné envie.

Me voilà donc sur le point de faire un pas vers la reprise de ma vie d'avant - avant la grossesse, avant la naissance des grumeaux.
Me voilà aussi sur le point de faire un pas dans ma vie d'après - après le décès d'Élise.

Mes sentiments sont partagés.
En reprenant la musique, je replonge quelques mois en arrière, je repense à ce dernier concert joué le 13 février 2013, le jour même où j'ai appris que j'étais enceinte.
En reprenant la musique, je me dis aussi que j'avance, petit à petit, pas à pas. D'aucuns penseront que ça ne peut me faire que du bien mais ne croyez pas que ce soit facile. En ce moment précis, je n'ai qu'une envie : me terrer chez moi et ne voir personne. Alors je vais devoir me faire violence pour retourner vers ce lieu et ces gens que je n'ai pas fréquentés pendant ma grossesse. C'est une étape de plus, bien moins anodine qu'il n'y paraît.

Quand je pense à Élise, je n'ai pas le goût à tout ça mais quand je pense à Gaspard, je me dis que j'ai envie qu'il ait une maman musicienne et qu'il grandisse dans la musique.

Ce n'est pas que j'aie parcouru un long chemin depuis qu'Élise n'est plus là et que je me dise qu'il est temps de me mettre un coup de pied aux fesses - je n'en suis pas là - mais il faut bien un jour reprendre sa vie là où elle s'est arrêtée...

Mon alto

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04 janvier 2014

Fœtus non viable, une naissance malgré tout

Reportage sur l'accompagnement des enfants qui ne naîtront pas viables (alternative à l'interruption de grossesse), dans le cadre de l'émission Le magazine de la santé de France 5

Date : 28 mars 2012
Durée : 6 mn

03 janvier 2014

Les petites choses de la vie

Certaines douleurs sont si vives qu'elles ont besoin d'être transcendées pour que l'on puisse continuer à avancer.
C'est ce qu'a fait Benjamin Gibeaux de la perte de son enfant :

J'ai moi aussi en tête un projet pour faire quelque chose de ma douleur, mais il est bien trop tôt pour en parler. Un jour peut-être, dans quelques mois ou quelques années...

Les petites choses de la vie

L'enfant qui n'est pas né

Je suis tombée par "hasard" sur cette sculpture, réalisée par Martin Hudáčeka, un jeune artiste slovaque, et inaugurée en Slovaquie en octobre 2011.
Elle symbolise l'enfant qui ne naît pas suite à un avortement.

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Sans même parler de son nom, le symbolisme de cette sculpture m'a évidemment fait penser à Élise : une mère éplorée, en pierre, consolée par son enfant, aussi transparent que le cristal...

J'y lis ma culpabilité et Élise qui me pardonne.
J'y lis mes regrets et Élise qui m'attend quelque part.
J'y lis ma souffrance et Élise qui cherche à m'apaiser.

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19 décembre 2013

Toutes ces choses que je ne dirai pas...

... parce que ce n'est pas vrai

Tout va bien, Papa Maman te protègent.

Lorsque Gaspard pleure "sans raison" (au chaud, le ventre plein, les fesses propres, etc.) et a besoin d'être rassuré, je n'arrive pas à lui dire qu'il n'a rien à craindre parce que je sais que ce n'est pas vrai. Je sais qu'être parent et aimer son enfant au-delà de tout ne suffit pas. Je ne peux m'empêcher de penser que je n'ai pas su protéger Élise alors pourquoi y arriverais-je davantage avec Gaspard ?...

Mercredi dernier, j'ai été prise de vertiges et de maux de tête soudains et durables. Le médecin qui m'a examinée en fin de matinée a préféré m'envoyer aux urgences pour un bilan complet et une prise en charge adaptée : analyse de sang, perfusion, scanner, consultation en neurologie et en ORL. Les possibles causes les plus fréquentes et les plus graves ont été écartées, on m'a laissée rentrer chez moi en toute fin de soirée en m'assurant que les symptômes disparaitraient très probablement d'eux-mêmes en quelques jours, ce qui s'est confirmé puisque depuis dimanche je suis en aussi "bonne" forme qu'avant mercredi.
Mais ces quelques jours où je n'ai pas pu m'occuper de Gaspard, par manque de force et en raison de l'incompatibilité entre l'allaitement et la perfusion, m'ont un peu ébranlée. Pour presque rien, je ne pouvais plus, sans prendre de risques, tenir Gaspard dans mes bras et le nourrir. Cette frustration m'a un peu plus rappelé que devenir parent, c'est devenir impuissant.


... parce que je n'y crois pas

On me souhaite souvent du courage pour traverser cette épreuve.
Peut-être un jour verrai-je les choses ainsi mais pour l'instant il me paraît inconcevable que je puisse un jour traverser l'épreuve de la perte d'Élise, comme s'il devait y avoir une fin. La fin de cette épreuve ne pourra coïncider qu'avec ma propre fin.


... parce que je n'en aurai pas l'occasion

Extrait du livre "Bébé est mort". Le livre en lui-même est difficile à lire, non par le contenu, mais par l'approche, le style, le niveau d'abstraction et de distanciation. Cet extrait m'a en revanche bouleversée jusqu'aux larmes en verbalisant ce que j'avais au fond de moi sans l'avoir encore exprimé.

La petite fille est morte. Jamais sa mère ne lui dira ce que c'est que d'être enceinte et que d'attendre un bébé. Il n'y eut pas le temps de ces paroles. Voilà ce dont est privée une maman au décès de sa si petite fille : elles ne parleront pas, entre femmes, des choses de la vie des femmes en leur corps. À toutes deux cela aura manqué.

Ce lien si riche, si précieux que ma mère et moi avons créé, jamais je ne pourrai le créer avec Élise.