26 mars 2015

Il y a ceux

Ce billet traînait dans les tiroirs du blog depuis un moment mais ce sont deux "évènements" récents qui m'ont décidée à le publier : d'abord la publication d'un billet similaire sur le blog d'un papa endeuillé, ensuite la visite d'amis qui se reconnaîtront un peu plus bas.

 

Il y a ceux qui ne comprennent pas parce qu'ils ne peuvent pas, parce qu'ils ne veulent pas.
Il y a ceux qui n'en parlent pas, parce qu'ils ne savent pas quoi dire.

 

Et puis il y a tous les autres...

Ceux qui sont là.

Ceux qui nous écoutent.
Ceux qui nous entendent.

Ceux qui nous lisent.
Ceux qui nous écrivent.
Ceux qui nous appellent.

Ceux qui nous posent des questions.
Ceux qui se posent des questions.

Ceux qui savent que nous n'allons pas bien malgré les apparences.
Ceux qui savent qu'il nous faudra du temps, peut-être toute une vie.
Ceux qui s'inquiètent pour nous.

Ceux qui nous relayent pour expliquer et sensibiliser.

Ceux qui étaient prêts à donner un mois de congé à mon mari (si leur direction n'avait pas refusé) pour compenser les innombrables journées qu'il a posées pour m'accompagner à tous les rendez-vous pendant la grossesse des grumeaux.
Ceux qui nous parlent des chansons qui leur font penser à Élise.
Ceux qui nous offrent une rose blanche en l'honneur d'Élise à chaque fois qu'ils font un cadeau à Gaspard ou Hector.
Ceux qui font des dons à une association d'accompagnement du deuil périnatal au nom d'Élise.

Ceux qui nous parlent d'Élise comme ils nous parlent de Gaspard ou Hector.
Ceux qui considèrent Élise comme un enfant, comme notre enfant, comme la grande soeur de Gaspard et Hector.

Ceux qui nous considèrent exactement et entièrement comme nous sommes : des parents endeuillés.

Ceux qui nous AIDENT à avancer, en fait.

Réflexion

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23 mars 2015

L'IMG, c'est aussi une affaire de père

Vidéo

Émission "Les Maternelles" diffusée sur France 5
Date : 20 mars 2015
Durée : 0h41

19 mars 2015

À ma place

À quoi ressemble la voix de votre enfant ?
De quelle couleur sont les yeux de votre enfant ?
La dernière fois que vous avez posé les yeux sur votre enfant, que faisait-il ?
Même s'il est peut-être déjà grand ou loin de vous, imaginez ce que fait et où se trouve votre enfant en cet instant.

...

Peut-être avez-vous compris, à la lecture de ces quelques lignes, où je voulais en venir. Dans le doute - et parce que, même si les choses vont parfois sans dire, elles vont toujours mieux en le disant - je vais expliciter ma pensée : je voulais simplement qu'en lisant ces quelques questions ou suggestions vous pensiez à mes réponses.

Je ne sais pas et ne saurai jamais à quoi ressemble la voix d'Élise : je ne l'ai jamais entendue.
Je ne connais pas et ne connaîtrai jamais la couleur des yeux d'Élise : je ne les ai jamais vus.
La dernière fois que j'ai posé les yeux sur Élise, elle était dans un cercueil long de 70 cm et le couvercle se refermait sur elle.
Quand j'imagine où Élise se trouve en ce moment, je me dis qu'il ne doit pas rester grand-chose d'elle au fond de son cercueil.

Combien de temps faut-il à un corps humain pour se décomposer ? 18 mois doivent largement suffire à un corps si petit, si fragile, si vulnérable.

Réflexion

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18 mars 2015

18

Il y a 18 mois, jour pour jour, nous étions un "18" aussi.
Il y a 18 mois, jour pour jour, nous étions un mercredi aussi.

Il y a 18 mois, heure pour heure, nous pouvions encore changer d'avis.
Il y a 18 mois, heure pour heure, nous pouvions encore faire machine arrière.
Il y a 18 mois, heure pour heure, nous pouvions encore préférer la vie à la mort.

Il y a 18 mois, jour pour jour, heure pour heure, tu étais encore vivante.

Réflexion

05 mars 2015

Si c'était à refaire

Ce n'est pas ce billet - exception faite des trois courts billets publiés récemment - que j'aurais voulu publier en premier après la naissance de Hector. Mais il faut que je me libère de ce qui me torture en ce moment, pour pouvoir me consacrer, plus tard, avec la légèreté et la joie qu'il mérite, au récit de sa naissance.

 

Je ne sais pas ce qu'il adviendra de ce blog.
Je ne sais pas combien de temps encore j'aurai des choses à lui confier.
Je ne sais pas s'il deviendra un jour plus qu'un blog.
Je ne sais pas s'il passera, d'une façon ou d'une autre, à la postérité familiale.
Je ne sais pas si Gaspard et Hector le liront un jour. Le cas échéant, je ne sais pas ce qu'ils penseront de ce blog et de ce que j'y raconte. J'espère que la relation que je construirai avec chacun d'entre eux d'ici là saura modérer le ressentiment ou l'incompréhension qui pourraient les saisir à la lecture de certains billets.
Car je me suis promis l'honnêteté, quel que soit "mon lectorat".

Et l'honnêteté est douloureuse en ce moment.

La vérité, c'est que ce n'est pas Hector que je voulais bercer. Ce n'est pas Hector qui devait être le deuxième bébé à la maison. Peut-être qu'inconsciemment, je m'attendais à avoir Élise dans les bras alors la déception est rude. Ce n'est pas Hector qui me déçoit ; je me déçois moi-même parce que je me suis trompée, dupée moi-même - volontairement ou non, consciemment ou non.
D'ailleurs, l'ambiguïté entre le français et l'anglais sur ce point est troublante : on pourrait croire que "déception" se traduit par "deception", alors que ce terme signifie en réalité "tromperie". La déception et la tromperie ne sont donc pas si éloignées...

Je suis sur pilote automatique avec Hector. Certes, je l'allaite, je le porte, je le change, je le câline, mais tous mes gestes envers lui sont comme vides. Vides de sens, vides d'amour. Je ne ressens pas l'affection que j'ai immédiatement ressentie pour Élise et Gaspard, je n'éprouve pas cet élan d'amour envers lui. Je suis comme anesthésiée, mon coeur est sec alors que mes yeux sont si humides.

J'ai l'impression que c'était plus facile avec Gaspard alors même que nous étions en pleine tempête, emportés dans ce tourbillon d'émotions contradictoires et tellement intenses. Je pensais que le fait que Gaspard soit le jumeau de notre enfant décédée nous épargnerait un peu lorsque l'enfant d'après arriverait. Je répétais que Gaspard était la fois le bébé d'en même temps et le bébé d'après. C'est faux, je me trompais. Gaspard n'est que le bébé d'en même temps et Hector est pleinement le bébé d'après, avec tout ce que cela implique, même (surtout ?) si cet "après" entre Élise et lui a été court.

Je me souviens de ce billet, où je croyais que la présence de Hector parmi nous serait une évidence, malgré les hauts et les bas que je vivais pendant sa grossesse. Ce n'est pas le cas. Sa présence n'a rien d'une évidence, le lien que je dois construire avec lui n'a rien d'une évidence. J'ai l'impression que tout est à (re)bâtir, même les fondations qui étaient déjà présentes avec son frère et sa sœur.

Ce genre d'aveu n'est pas facile.
Pas facile à se faire à soi-même, d'abord.
Pas facile à faire au père de ses enfants, non plus. Alors que mon mari et moi avons pour habitude de communiquer, surtout depuis Élise, surtout lorsqu'il s'agit de nos enfants, il m'a fallu plusieurs jours pour oser lui en parler, au détour d'un simple "Je vais reprendre rendez-vous avec la psychologue."
Pas facile à faire aux autres.
Car ces mauvais sentiments, voire cette absence de sentiments, me culpabilisent, évidemment. Comment une mère peut-elle ressentir un tel vide face à son enfant qui vient de naître ? Quelle injustice pour ce petit bout qui ne demande qu'à être aimé et rassuré !
Sans parler de la culpabilité qui m'envahit quand je pense à ces parents que je connais et qui n'ont pas (encore ?) eu la chance de vivre une grossesse heureuse depuis le décès de leur(s) enfant(s).
Et sans parler de l'envie que j'éprouve envers ces autres parents qui ont semblé sincèrement n'être qu'heureux lorsque "l'enfant d'après" est arrivé dans leur vie.

Certains doivent sourire à demi-lèvres : ils nous l'avaient dit, ils ont essayé de nous prévenir, ils ont tenté de nous mettre en garde. Car, aussi honteux et douloureux que cela puisse être, j'en viens à avoir des regrets : nous n'aurions pas dû refaire un enfant si vite. Si vite après Gaspard, si vite après Élise.

Si c'était à refaire, je ne sais pas si je le referais.
Pire : si c'était à refaire, je crois que je ne le referais pas.

Réflexion


18 février 2015

Rien n'y fait

Il y a 17 mois, nous donnions la mort et nous donnions la vie.
Il y a 9 jours, nous donnions à nouveau la vie.

Tes frères nous comblent de bonheur mais ne comblent pas le vide que tu as laissé.

Tu me manques. Je t'aime.

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25 janvier 2015

Les chaussures

Voici un texte que j'ai découvert aujourd'hui. Dès la première phrase, j'ai compris de quelles chaussures il s'agissait.

Je porte une paire de chaussures.
Elles sont très laides, inconfortables ; je les déteste.
Chaque jour, je les porte et chaque jour, je rêve que j'en porte d'autres.
Certains jours, mes chaussures me font tellement souffrir que je pense ne plus pouvoir avancer.
Personne ne me parle jamais de mes chaussures mais je peux lire dans les yeux de qui me regarde que chacun est soulagé que ce soit les miennes.
Personne ne me parle d'elles.
Pour vraiment comprendre ces chaussures, vous devez les porter, mais une fois que vous les aurez aux pieds, jamais plus vous ne pourrez les enlever.
Je me rends compte que je ne suis pas seule à porter ces chaussures.
Il y a beaucoup de paires de par le monde.
Certaines femmes sont comme moi et elles essayent de marcher avec la douleur quotidienne de ces chaussures.
Certaines ont appris comment marcher avec ces chaussures et elles ne sont plus autant blessées.
Aucune femme ne mérite de porter ces chaussures.
Pourtant, c'est à cause de ces chaussures que je suis une femme forte.
Ces chaussures m'ont donné la force d'affronter n'importe quoi.
Elles ont fait de moi ce que je suis.
Je marcherai toujours dans les chaussures d'une femme qui a perdu un enfant.

Ce genre de textes est souvent écrit au nom des mamans mais je sais que les papas aussi portent ces chaussures.

Réflexion

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16 janvier 2015

Même au siècle prochain

Il y a ces phrases que l'on lit ou entend parce que nous sommes en janvier et qu'en janvier il faut nécessairement présenter ses vœux.

Une bonne santé pour vous et vos proches. Avec un peu de motivation, le reste suivra.
Ça ne peut être qu'une blague ! À moins que ce ne soit un de ces sms envoyés en masse... En tout cas, nous devons sacrément manquer de motivation pour qu'Élise soit toujours aussi morte, près de seize mois après sa naissance !
Mon mari est plus tolérant que moi envers ces personnes qu'il juge simplement maladroites. Moi, je considère que ce n'est plus de la maladresse mais de l'indifférence, voire de la violence - involontaire certes mais de la violence tout de même - quand la personne à l'origine de ces "vœux" est parfaitement au courant de notre histoire.

Tout ce que vous pouvez souhaiter.
Nous ne sommes pas gourmands, "tout ce que [nous pouvons] souhaiter" tient en onze mots : qu'Élise soit vivante et en bonne santé à nos côtés. Mais c'est vrai que la motivation à ce que notre souhait se réalise nous fait défaut, alors nous ne pouvons nous en prendre qu'à nous-mêmes !...
Là encore, c'est à nous de ne pas prêter attention à ces vœux passe-partout et envoyés collectivement, et non aux autres de faire attention à ce qu'ils font, disent ou écrivent. Les gens ne font pas attention aux autres, se contentent de superficialité et de bienséance creuse. C'est ça, le monde dans lequel on vit aujourd'hui.

Pourtant j'en ai reçu des vœux qui tombaient juste, qui nous étaient réellement adressés, qui ne sonnaient pas faux, qui tenaient compte de notre histoire. C'est que c'est possible alors !... Je commençais à croire que j'étais trop susceptible ou trop exigeante ou - pire - que pour réussir le test des banalités de janvier, il fallait être le moins sincère possible !

 

Il y a aussi ces phrases que l'on entend à longueur de temps, peu importe que l'on soit en janvier ou non.

Il faut aller de l'avant.
Prévoir un voyage, avoir des projets professionnels, recevoir des amis, organiser Noël à la maison : n'y voyez-vous pas le signe que nous allons de l'avant, comme vous vous obstinez à nous y exhorter, sans même y réfléchir ?!

La vie continue.
Quand j'entends ça, j'ai juste envie de répondre - au choix - que "la vie continue, certes, mais sans Élise, ce qui fait quand même une sacrée différence" ou que "la vie d'Élise ne continue pas, elle, justement".
Sinon, pour être un peu plus constructive ou moins sarcastique, je peux aussi poser cette question : faire un troisième enfant... quelle plus belle preuve (même si nous n'avons rien à prouver et aucun compte à rendre, à part à nos enfants peut-être) que c'est la pulsion de vie qui prend le dessus sur la pulsion de mort ?!

Alors évidemment, quand on me demande comment s'est passé Noël, je ne peux pas ne pas parler d'Élise.
Parce que si moi je n'en parle pas, qui en parlera ?!
Parce que, ne vous en déplaise, Élise était aussi absente que Gaspard était présent.
Parce que j'ai autant regretté l'absence d'Élise que je me suis réjouie de la présence de Gaspard.
Parce que j'ai à la fois vécu le deuxième Noël avec mon fils et le deuxième Noël sans ma fille.

C'est sûr qu'il est plus facile d'asséner des phrases toutes faites plutôt que de s'intéresser vraiment à nous et de s'interroger sur le chemin que nous avons parcouru depuis le début de notre cauchemar il y a bientôt vingt mois. C'est sûr qu'il est plus facile de balancer des banalités vides de sens que de chercher à dépasser le stade du superficiel.

Mais ce que certains n'ont pas compris, c'est que ce n'est pas parce que nous parlons d'Élise que nous n'avançons pas.
Élise est notre fille, notre enfant, au même titre que Gaspard - et Hector. Alors bien sûr, je ne peux pas vous raconter ses derniers progrès, son sommeil perturbé, ses clowneries, son histoire d'amitié avec Simon-le-lion, ses "La ! La ! La !" intempestifs. Mais je peux quand même vous parler d'elle, des chansons que j'écoute en pensant à elle, des objets que nous déposons sur sa tombe, de sa présence à sa façon dans la maison, du fait qu'elle me manque terriblement, du fait que je n'ai pleuré que trois fois en pensant à elle en 2015, du fait que je pense à elle tous les jours, du chemin de deuil sur lequel j'avance tant bien que mal.
Il y a une chose que les gens vont devoir comprendre et admettre une bonne fois pour toutes : Élise fait partie de moi. Et, comme le chante Vanessa Paradis, même au siècle prochain, j'en parlerai encore. Et quand on sait qu'il y a peu de chances que je voie le siècle prochain, étant née au milieu des années 1980, on mesure la valeur d'éternité que cette simple phrase revêt pour moi.

Même si je préfère m'abstenir de participer à la campagne généralisée des "meilleurs vœux" et compagnie, me contentant de répondre de la façon la plus sincère possible à ceux que l'on m'adresse, je ne peux m'empêcher de partager avec vous cette image si parlante :

Voeux 2015

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08 janvier 2015

Le poids des mots

Aujourd'hui, dans une salle d'attente, une dame a engagé la conversation.

- C'est votre premier enfant ?
- Mon troisième.
J'ai volontairement évité de donner plus de précisions mais elle a enchaîné :
- C'est un garçon ou une fille ?
- C'est un petit garçon.
- Et vous avez déjà ?
- J'ai eu des jumeaux : un garçon et une fille, mais ma fille est décédée.
 
Je crois que c'est la première fois que je parle d'Élise à un(e) inconnu(e) en ces termes.
D'habitude, je n'aime pas le dire comme ça parce que j'ai l'impression non pas de trahir Élise mais de déguiser la vérité. Pourtant, aujourd'hui, c'était la réponse qui me convenait.
 
Quand je dis qu'Élise est décédée, les gens ne sont pas "invités" à se poser des questions, ils n'ont pas d'autre choix que de comprendre, admettre, reconnaître - de façon implicite et sans même en avoir conscience - que cela veut dire qu'Élise a vécu et existe.
Quand je dis qu'Élise est née sans vie, j'ai le sentiment que sa vie - c'est-à-dire le fait qu'elle ait vécu, même si ça n'a été qu'in utero - et son existence sont comme remises en cause, atténuées, dévalorisées - dans le sens où elles auraient moins de valeur que la vie et l'existence de Gaspard, par exemple.
Pourtant, je peux vous le garantir, Élise a vécu, Élise a existé, Élise existe. Je crois que je veux défendre cette réalité, cette vérité d'autant plus farouchement qu'il s'agissait de jumeaux. Jusqu'à ce mercredi 18 septembre 2013 à 12h15, il n'y avait AUCUNE différence entre Élise et Gaspard : ils étaient aussi vivants et présents l'un que l'autre, ils existaient autant l'un que l'autre. Je les ai portés tous les deux. Je les ai nourris tous les deux in utero. Ils avaient chacun leur cordon ombilical : c'est même mon mari qui les a symboliquement coupés tous les deux. Ils avaient chacun leur placenta : je les ai vus tous les deux après la délivrance.
 
Élise est née sans vie.
Cette dénomination en apparence si anodine fait pourtant une distinction loin d'être insignifiante : la naissance, la vie et la mort sont trois choses différentes. Elles ne se produisent pas nécessairement toujours dans le même ordre ; et quand elles se produisent dans un ordre différent de "l'ordre des choses", elles ne portent même pas leur nom.
Il faut dire que même (ou surtout ?) l'acte d'état civil qui concerne Élise reflète la perception erronée que certains peuvent avoir de la réalité que vivent les parents confrontés au décès, quelle qu'en soit la raison, de leur enfant avant sa naissance. Car le seul acte d'état civil qui sera jamais associé à Élise - cet "acte d'enfant sans vie" - ne lui reconnaît pas grand chose : elle n'est pas née, elle n'a pas vraiment vécu et de fait elle n'a pas pu mourir.
Nulle part il n'est fait mention de sa naissance. Pourtant, il a bien fallu qu'elle sorte, qu'elle quitte mon utérus, qu'elle vienne au monde, qu'elle naisse...
Nulle part il n'est fait mention qu'elle a vécu puisque le seul constat relatif à la vie la concernant est négatif : "sans vie".
Nulle part il n'est fait mention qu'elle est morte, puisque cela impliquerait de fait qu'elle a vécu.
Voilà ce que l'administration dit de cet être qui me manque tant et dont je dois, malgré tout, faire le deuil : il n'a pas vécu, il n'a donc pas pu mourir et il n'est même pas né. Alors pourquoi la société comprendrait-elle, appréhenderait-elle les choses différemment ?

Réflexion

05 janvier 2015

Return to zero

J'ai plusieurs billets en tête depuis quelques jours mais j'ai préféré, aujourd'hui, m'adapter à l'actualité. Et l'actualité du jour, c'est l'annonce de la diffusion à la télévision française du film Return to zero, réalisé par Sean Hanish à partir de sa propre histoire, celle du décès in utero de son fils Norbert, à quelques jours du terme, en 2005. Ce film est en réalité le premier (et, pour l'instant, le seul) film consacré au deuil périnatal : vous imaginez aisément ce qu'il représente pour les parents endeuillés.

Return to zero 1

Après quelques avant-premières mondiales et une diffusion télévisuelle dans plusieurs pays en 2014, le film arrive enfin en France. Malheureusement, il n'aura pas l'honneur de sortir au cinéma, le sujet n'étant pas assez attractif ni rentable, évidemment.
C'est TF1 qui a acheté les droits et, alors que la diffusion était attendue pour 2014, le film sera finalement/enfin diffusé le vendredi 16 janvier à 15h15, sous le titre Un berceau sans bébé.

Grâce à une amie vivant en Grande-Bretagne, où le film a été diffusé en mai dernier, j'avais récupéré la version anglaise et des sous-titres anglais il y a plusieurs mois déjà mais n'avais pas encore trouvé la force de le regarder. Sans doute parce que mon mari ne l'aurait pas regardé sans au moins des sous-titres en français et que je ne voulais pas le regarder seule. Avec cette version française désormais bientôt accessible, je n'aurai plus d'excuse.

On peut regretter le jour et l'heure de diffusion, qui en font un "téléfilm de l'après-midi" parmi d'autres.
On peut aussi se réjouir qu'il soit diffusé sur une chaîne gratuite à large audience.
On peut par ailleurs espérer qu'il sera disponible en replay dans les jours suivant sa diffusion.

Il ne tient qu'à nous, à qui ce film tient tant à cœur, de communiquer sur sa diffusion et d'en faire la promotion autour de nous !