10 novembre 2016

De l'autre côté

Depuis Élise, beaucoup de choses prennent une autre dimension. Comme cette conversation fantasmée entre des jumeaux in utero, que j'ai lue à plusieurs reprises ici et là et que j'ai quelque peu réécrite :

- Tu y crois, toi, à la vie après l’accouchement ?
- Bien sûr ! La vie après l’accouchement existe, c'est une évidence. Nous sommes dans ce ventre pour devenir forts et nous préparer à ce qui nous attend après.
- Pfff, ça n'a pas de sens. Il n’y a rien après l’accouchement ! À quoi ressemblerait une vie hors du ventre ?!
- On raconte beaucoup de choses à propos de "l’autre côté"… On dit que, là-bas, il y a beaucoup de lumière et de joie, des centaines d’émotions, des milliers de choses à vivre… Par exemple, il paraît que "de l’autre côté" on va manger avec notre bouche.
- Mais c’est n’importe quoi ! Tout le monde sait que c'est notre cordon ombilical qui nous nourrit, pas notre bouche ! Et puis il n’y a jamais eu de revenant de cette autre vie… Tout ça, ce sont des histoires de personnes bien naïves. La vie se termine à l’accouchement, c’est comme ça, il faut l’accepter.
- Permets-moi de penser autrement, si tu veux bien. C’est sûr, je ne sais pas exactement à quoi ressemblera cette vie après l’accouchement et je ne pourrai rien te prouver. Mais j’aime à croire que, dans la vie qui nous attend, nous verrons notre maman et qu'elle prendra soin de nous.
- "Maman" ?! Tu veux dire que tu crois en « maman » ?! Et où se trouve-t-elle alors ?!
- Mais partout ! Elle est partout autour de nous ! Nous sommes faits d’elle et c’est grâce à elle que nous vivons. Sans elle, nous ne serions pas là.
- C’est absurde ! Je n’ai jamais vu aucune maman : il est donc évident qu’elle n’existe pas.
- Je ne suis pas d’accord avec toi. Je suis même convaincu qu'elle existe, car parfois, lorsque tout devient calme, on l'entend chanter et on la sent caresser notre monde… Je suis certain que notre vraie vie va commencer après l’accouchement !

Réflexion

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30 avril 2015

Je vais être tata...

Billet publié après mais rédigé avant la naissance de ma nièce

 

... je devrais plutôt dire "Je suis tata" car l'enfant de mon frère et ma belle-sœur, qui doit arriver très prochainement, fait évidemment déjà partie de la famille, quoi qu'il arrive.

Quand mon frère et ma belle-sœur nous ont annoncé la bonne nouvelle, j'ai sauté de joie - littéralement. Parce que j'étais ravie pour eux, ravie que ça ait marché rapidement, ravie de devenir tata.

Quand mon frère et ma belle-sœur nous ont annoncé le sexe de leur enfant, j'ai eu la gorge nouée. Parce que c'est une fille.
Cela fait d'ailleurs écho à l'une des premières phrases que j'ai dites à mon mari quelques minutes après la naissance de Hector : "je suis contente que ce ne soit pas une fille". C'est un peu absurde car nous savions déjà que ce troisième enfant serait un deuxième garçon mais, en le voyant, en le touchant, en l'ayant dans mes bras, je me suis sentie encore plus soulagée de ne pas devoir accueillir une petite fille juste après Élise.

Quand mon frère et ma belle-sœur nous ont annoncé, suite à la dernière échographie, que tout allait bien, j'ai pleuré. Parce que j'étais jalouse. Jalouse de ne pas avoir pu dire ça pour ma fille.
Une idée terrible m'a traversé la tête ce jour-là : j'aurais voulu que tout n'aille pas bien. Je ne leur souhaite, ni à eux, ni à leur fille, aucun mal évidemment. Mais j'aurais juste voulu que l'un des êtres qui comptent le plus pour moi puisse s'approcher au plus près de ma douleur, pour la comprendre et la partager. J'aurais voulu ne plus être seule dans cette douleur.

Ces derniers jours, j'appréhendais un peu mieux l'arrivée de cette petite fille dans notre famille mais j'étais persuadée que sa naissance ne serait pas évidente pour moi. Maintenant qu'elle est sur le point de débarquer, je vois bien que je ne me suis pas trompée. Quand mon frère nous a appris qu'il ne s'agissait plus que d'une question d'heures, ma réaction a été la même que lors des deux premières annonces, en l'espace de quelques secondes au lieu de quelques mois : d'abord la joie et l'impatience, puis immédiatement la gorge serrée et les larmes.

J'ai maintenant hâte qu'elle soit là, dans les bras de ses parents, vivante et en bonne santé.
Et, égoïstement, je voudrais faire un bond en avant de quelques jours ou semaines, vers ce moment où j'aurai dépassé tout ce que sa naissance réveille en moi. Même si je sais que d'autres étapes de sa vie ne manqueront pas de réveiller d'autres choses en moi, comme un écho silencieux par rapport à Élise, puisque ce sera elle la vraie première petite-fille de la famille...

Réflexion

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15 avril 2015

Franck

Franck, c'est le sage-femme qui s'est occupé de nous le 18 septembre 2013 et le 9 février 2015. Un pur hasard, une heureuse coïncidence, le destin qui se trouve pris de remords ? Peu importe. Nous avons été heureux de croiser sa route il y a bientôt 19 mois et de la croiser à nouveau il y a un peu plus de 2 mois.

Franck, c'est cet homme qui exerce un "métier de femme", auprès des femmes.
Franck, c'est celui qui sait se montrer à la fois présent et discret, impliqué et pudique, rassurant et respectueux.
Franck, c'est celui qui sait trouver les mots ou le silence qu'il faut quand il faut.
Franck, c'est celui qui connaît notre histoire et sait quoi en faire.
Franck, c'est celui que le destin a mis sur notre chemin pour deux des dates les plus importantes de notre vie.
Franck, c'est celui qui fait partie de notre histoire et de l'histoire de nos enfants.
Franck, c'est l'un de ceux qu'Élise a entendus en dernier avant de mourir.
Franck, c'est l'un de ceux que Gaspard a entendus en dernier avant de naître.
Franck, c'est celui que Hector a vu en premier.

Je me souviendrai toute ma vie de la douceur et du respect avec lesquels Franck s'est occupé de moi, de mon mari, d'Élise et Gaspard, de ses gestes rassurants, de ses yeux remplis d'empathie.

Je me souviendrai aussi toute ma vie des regards que nous avons échangés avec Franck à l'instant où Hector est né, des plaisanteries que nous avons partagées avec lui pendant l'accouchement, de son regard complice lorsque j'ai dit à Hector qui venait de naître qu'il était aussi brun que sa sœur.

Rien que de repenser aux moments si forts, si intenses que nous avons partagés avec lui m'émeut aux larmes. Je suis tellement heureuse d'avoir recroisé sa route.

merci

Mon seul regret, c'est de n'avoir pas osé lui demander de faire une photo de ou avec lui au moment où nous nous sommes quittés dans la nuit du 9 au 10 février 2015, moi dans le lit, Hector dans son berceau, mon mari à côté de moi et lui sur le pas de la porte de la chambre. Regret que je nourrissais chaque jour jusqu'à ce 14 février où j'ai eu la joie de découvrir (grâce à une amie qui m'a transmis l'information) qu'il était à l'honneur dans un reportage diffusé sur M6. Grâce à cette vidéo, nous pourrons garder une image de lui ; mieux, nous pourrons même nous remémorer sa voix et sa douceur, en écho à ce que nous avons vécu avec lui. Quel réconfort pour nous qui savons si bien que tous les souvenirs finissent par s'effacer, même les plus beaux, même les plus précieux...

Naissance de Hector

Mon séjour à la maternité a duré moins longtemps pour Hector que pour Élise et Gaspard ; j'ai par ailleurs vécu de plein fouet le fameux baby-blues dès le mercredi soir (Hector étant né un lundi soir), ce qui m'a rendue très émotive et donc peu disponible pour autre chose que Hector ou moi. Ainsi, je n'ai pas eu autant d'occasions que je l'aurais souhaité de coucher sur le papier ce que nous venions de vivre et les émotions qui m'habitaient immédiatement autour de cette naissance.

J'ai commencé à ressentir des contractions de plus en plus intenses et rapprochées le samedi 7 février. Le dimanche soir, j'ai même perdu un peu de sang, ce qui m'a conduite à téléphoner aux urgences maternité du CHU où je suis suivie pour m'entendre dire qu'il s'agissait probablement du col qui commençait à se préparer un peu ou de la perte du bouchon muqueux.
Le lendemain matin, le lundi 9 février donc, les contractions étaient toujours aussi présentes. J'ai passé la matinée allongée alternativement dans le lit, le canapé et un bon bain chaud, histoire d'essayer de me dé-contracter. Mon mari est rentré déjeuner comme tous les midis et m'a trouvée à moitié contorsionnée à chaque contraction. En début d'après-midi, à 14h49 exactement (je le sais, mon appel figure encore dans l'historique de mon téléphone ^^), ayant constaté que les contractions, en plus d'être douloureuses, étaient espacées de moins de cinq minutes, j'ai téléphoné aux urgences maternité où l'on m'a conseillé de venir leur rendre une petite visite.
Le temps de prévenir mon mari, de finaliser les affaires de Gaspard, d'aller le récupérer à la crèche et de le déposer chez ma belle-sœur (qui était par chance en congé ce jour-là), mon mari et moi avons dû arriver au CHU vers 16h30.

Prise en charge aux urgences maternité, monitoring, examen clinique... et finalement, vers 17h30, LA petite phrase tant attendue : "on vous garde". Ouf ! Contrairement à ce que je craignais, il s'agissait bien de contractions d'accouchement et non d'un faux travail.
La sage-femme qui nous prend alors en charge s'appelle Aurélie ; je la connais déjà puisque c'est elle qui s'est occupée de moi en unité kangourou après la naissance d'Élise et Gaspard. Elle est douce, gentille, prévenante et au courant de notre histoire particulière. Que demander de plus ?

Je ne me souviens plus du timing exact mais je me rappelle que l'anesthésiste n'a pas tellement tardé à venir me poser la péridurale. Je me rappelle surtout son humour décalé, pince-sans-rire, qui pourrait même en vexer plus d'un. Heureusement, je suis sur la même longueur d'ondes que lui et rentre dans son jeu.
Petit florilège :

  • Selon lui, la péridurale n'est pas nécessaire puisque je ne semble pas souffrir tant que ça. C'est que je sais me tenir, moi, Môssieur ! Rester digne en toutes circonstances, tel est mon credo.
  • Il m'interroge sur ma gestité. Je lui résume ma première grossesse en quelques mots. Et lui de s'exclamer : "et à part des enfants, vous faites quoi dans la vie ?"
  • D'où la question suivante, quand je lui apprends que je travaille dans la traduction : "vos parents sont étrangers ?". Non, non, mes parents sont franco-français. "Ah oui, des ploucs de base, quoi". "Oui, comme vous et moi."

Bref, une fois la péridurale posée, Aurélie m'examine de temps en temps et se montre à la fois inquiète et rassurante : Hector n'est pas très bien positionné, il regarde vers le haut, mais l'examen clinique laisse penser que je pourrais accoucher assez rapidement, d'ici 21h00.
Peu avant la fin de son service, Aurélie nous informe qu'elle ne pourra pas pas terminer l'accouchement avec nous et qu'elle va devoir passer le relais. À tout hasard, nous lui parlons de Franck. Quelques minutes plus tard, elle revient avec une nouvelle qui nous ravit : Franck est de service ce soir et va pouvoir s'occuper de nous ! L'accouchement touche à sa fin, nous ne passerons que quelques petites heures ensemble mais nous sommes heureux de le retrouver.

Hector continue à faire des siennes en regardant vers le haut. Franck me fait changer de position pour l'aider à se placer naturellement dans la bonne position.
En parallèle, le monitoring révèle que Hector commence à souffrir du travail : son rythme cardiaque ralentit considérablement à chaque contraction. Franck prélève alors sur son crâne de quoi tester ses lactates (et nous informe au passage que "c'est pas la fête du cheveu" ^^) afin de confirmer ou infirmer le manque d'oxygène dont semble souffrir Hector. Le taux se révèle rassurant à ce stade de l'accouchement.
Un peu plus tard, alors que Franck revient m'examiner pour voir où en est la dilatation de mon col,je me fais gentiment rappeler à l'ordre car il semblerait que j'aie légèrement abusé de la péridurale : je n'arrive pas à bouger seule mes jambes et mon bassin. "Va falloir se calmer un peu". Bien, chef ! À ma décharge, quand on me dit de ne pas hésiter à appuyer, eh bien je n'hésite pas à appuyer...! ^^
Franck nous annonce ensuite que c'est pour bientôt. Là encore, je ne me souviens plus du timing exact mais, alors que Franck craignait de devoir recourir aux forceps pour sortir Hector en raison de sa mauvaise position, ce dernier a finalement eu la bonne idée de se retourner de lui-même.
Quelques poussées plus tard, Hector pointe le bout de son crâne et mon mari peut alors, comme Franck le lui avait proposé et comme il le souhaitait, finir de le sortir lui-même, avant de couper son cordon, comme pour Élise et Gaspard. Hector met un peu de temps à réagir, il semble légèrement sonné, l'accouchement a été éprouvant pour lui, ce que nous confirme Franck après avoir à nouveau testé ses lactates : il était temps que Hector sorte car il commençait véritablement à manquer d'oxygène. Comme quoi, tout peut basculer à n'importe quel moment, même quand la grossesse s'est parfaitement déroulée... Petite frayeur a posteriori donc, heureusement vite balayée par la confirmation de Franck : Hector va très bien.

Pendant que je reprends mes esprits, mon mari en profite pour accueillir Hector par une petite séance de peau-à-peau, avant que je ne l'accueille à mon tour par la "tétée de bienvenue".Ensuite, alors que Franck répare la petite déchirure que j'ai paraît-il subie, mon mari habille Hector avec l'aide de l'auxiliaire de puériculture. La taille "naissance" est vite écartée : Hector enfile directement la taille "1 mois", là où Gaspard a porté pendant quelque temps la taille "prématuré" et où Élise n'a porté que du naissance, puisque nous n'avons pas trouvé de vêtement (et non un pyjama) en taille "prématuré" pour elle.

Arrive ensuite le moment pour Hector, mon mari et moi de rejoindre la chambre et de quitter Franck, à regrets mais avec le bonheur d'avoir partagé avec lui tous ces moments si forts.

13 février 2015

Lundi 09 février 2015

Hector est né le lundi 09 février 2015 à 22h33.

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24 janvier 2015

Pronostics

Pour la sécurité sociale, Hector est prévu pour le 14 février.
Pour l'hôpital où je suis suivie, pour le 10 février.
Et dans notre entourage, chacun y va de son pronostic ! ^^

Pour Chrystelle, ça devait être le 11 janvier, jour de la naissance de son aînée.
Pour mes parents, ça devait être le 22 janvier, jour de leur rencontre.
Loupé ! ;-)

Pour Clémence, ça devrait être le 26 janvier, jour de sa naissance.
Pour Fanny, ça devrait être le 28 janvier, jour de sa naissance.
Pour notre boucher, ça devrait être le 4 février, jour de la naissance de son petit-fils. En plus, il y a une pleine lune ce jour-là, comme le 19 septembre 2013 d'ailleurs. ;-)
Pour Caroline T, ça devrait être le 8 février, juste comme ça, au pif.

Mise à jour du 26 janvier :

Pour Chrystelle, qui a droit à une deuxième chance, ça devrait être d'ici le 27 janvier, avec toute la gym qu'elle m'a fait faire pour notre "séance photo grossesse" de samedi dernier.
Pour Maryse, ça devrait être le 5 février.
Pour
 Lucie, ça devrait être le 11 février, jour de naissance de sa meilleure amie.
Pour Caroline LF, ça devrait être le 13 février, parce que personne n'a encore misé dessus.
Pour Laure, ça devrait être le 14 février, parce qu'elle aime,bien cette date.

Pour Olivier, mon beau-frère, ça devrait être le 15 février, jour de la "bande de Dunkerque".

Réponse dans quelques heures, quelques jours ou quelques semaines !

Pronostics

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05 mars 2014

Tena un jour...

Un billet léger, plutôt à l'image - c'est rare ! - de mon humeur du moment, favorisée par le soleil qui réchauffe les corps et les cœurs...

Quand on achète, en septembre, des protections de grand-mère pour les lendemains d'accouchement, il faut s'attendre à être cataloguée à vie...
Six mois plus tard, notre hypermarché, armé de notre carte de fidélité-espionne, me fait des offres on-ne-peut-plus alléchantes ! ^^

Tena

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12 février 2014

Tanguy

La grande vadrouille de Gérard Oury a été diffusé le 25 avril 1985. Je le sais : c'est le jour de ma naissance - non que je m'en souvienne moi-même mais à chaque rediffusion, mes parents s'amusent à me le rappeler.

Ce soir, France 4 diffuse le film qui restera associé à l'arrivée d'Élise et Gaspard, celui qui a été diffusé le soir de leur naissance, ce 19 septembre 2013 : Tanguy d'Étienne Chatiliez.

J'espère simplement que Gaspard ne s'inspirera pas de ce Tanguy ! De toutes façons, je l'ai prévenu : il n'étudiera pas le chinois et il y aura bien longtemps que je ne ferai plus ses lessives quand il aura 28 ans ! :-)

image

06 janvier 2014

Un pas en avant, un pas en arrière

Aujourd'hui, je reprends la musique, près d'un an après avoir été contrainte à arrêter provisoirement.
Le lundi, cours individuel d'alto. Le mardi, répétition avec l'orchestre de chambre.

Lorsque j'ai dû mettre la musique sur pause en début de grossesse, je m'étais dit que je reprendrais peut-être en janvier 2014. Depuis l'accouchement, je ne m'étais pas projetée dans la reprise de cette activité mais avoir assisté, fin novembre, à un concert d'altistes auquel je devais participer initialement m'a redonné envie.

Me voilà donc sur le point de faire un pas vers la reprise de ma vie d'avant - avant la grossesse, avant la naissance des grumeaux.
Me voilà aussi sur le point de faire un pas dans ma vie d'après - après le décès d'Élise.

Mes sentiments sont partagés.
En reprenant la musique, je replonge quelques mois en arrière, je repense à ce dernier concert joué le 13 février 2013, le jour même où j'ai appris que j'étais enceinte.
En reprenant la musique, je me dis aussi que j'avance, petit à petit, pas à pas. D'aucuns penseront que ça ne peut me faire que du bien mais ne croyez pas que ce soit facile. En ce moment précis, je n'ai qu'une envie : me terrer chez moi et ne voir personne. Alors je vais devoir me faire violence pour retourner vers ce lieu et ces gens que je n'ai pas fréquentés pendant ma grossesse. C'est une étape de plus, bien moins anodine qu'il n'y paraît.

Quand je pense à Élise, je n'ai pas le goût à tout ça mais quand je pense à Gaspard, je me dis que j'ai envie qu'il ait une maman musicienne et qu'il grandisse dans la musique.

Ce n'est pas que j'aie parcouru un long chemin depuis qu'Élise n'est plus là et que je me dise qu'il est temps de me mettre un coup de pied aux fesses - je n'en suis pas là - mais il faut bien un jour reprendre sa vie là où elle s'est arrêtée...

Mon alto

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28 novembre 2013

Retour en arrière - Épisode 6 - Un pont entre deux rives

C'est comme ça que je me suis sentie entre l'accouchement et l'enterrement : comme sur un pont entre deux rives...

Jeudi 19 septembre
L'une des premières pensées qui me sont venues à l'esprit est que je suis "contente" que l'ISG et les naissances n'aient pas eu lieu le même jour. Pour nous qui pouvons distinguer naissance et mort, pour Élise qui n'est pas qu'une date, pour Gaspard dont la naissance est associée à la naissance et non à la mort de sa soeur. De toutes petites choses qui aident à apprivoiser la réalité.

Le Dr Clavier, le Dr Brasseur et le Pr Marret ont eu la délicatesse de passer nous voir. Mais pas le Pr Verspyck. N'a-t-il pas eu le temps ou tout simplement pas l'envie ?

La psychologue est passée elle aussi. Elle nous a confié qu'elle n'arrêtait pas d'entendre parler de moi depuis le matin. Mon mari m'a aussi dit que j'avais assuré pendant l'accouchement et les sages-femmes n'arrêtaient pas de me dire que c'était "génial" ce que je faisais mais j'imagine que c'est leur façon d'encourager toutes les mamans en plein travail.

J'ai essayé de regarder les photos que nous avions faites d'Élise mais il était encore trop tôt, je n'ai pas pu. En plus, du peu que j'ai vu, je l'ai (déjà) trouvée moins belle que dans mes souvenirs tout récents. Mais j'étais sûre que j'aurais le besoin et le courage de les regarder plus tard, quand mes images deviendront floues.

Du vendredi 20 au dimanche 22 septembre
Ce vendredi matin, en attendant l'arrivée de notre famille proche, mon mari et moi avons pris notre courage à deux mains pour aller voir Élise à la chambre mortuaire de l'hôpital. Comme j'étais encore incapable de marcher longtemps et que la chambre mortuaire est située à quelques dizaines de mètres de l'unité kangourou, mon mari m'y a conduite en fauteuil roulant.

L'employé que nous avons vu a été très discret et respectueux et est allé chercher Élise dès notre arrivée pour l'installer dans une pièce dédiée au receuillement, puis il nous a permis d'entrer. J'ai fondu en larmes en la voyant. Je crois que mes jambes ne m'auraient pas soutenue si je n'avais pas été assise. Après la déception que j'ai ressentie en voyant nos photos d'elle en salle de naissance, j'appréhendais de la revoir mais j'ai été soulagée de la voir, de constater qu'elle n'avait pas "bougé", qu'elle était toujours mon petit bébé, inerte, sans vie mais pas morbide.

En la voyant, je n'ai pu m'empêcher de me demander si nous avions fait le bon choix. Je crois que je me le demanderai toute ma vie. C'était tellement insupportable de la voir morte, par notre faute en plus... Je me demande même si j'ai le droit de l'aimer et de la pleurer après ce que nous lui avons fait.

Les parents et le frère de mon mari ont pu aller voir Élise dès le matin mais mes parents et mon frère sont arrivés alors qu'elle venait de partir pour l'autopsie, en début d'après-midi. Il leur a donc fallu patienter encore pour la voir. Alors que, pendant la grossesse, nos frères et belle-soeur n'étaient pas sûrs de vouloir la voir, arrivés au moment fatidique, ils ont tous les trois souhaité la voir. J'en suis heureuse car je suis intimement persuadée que, dans le cas contraire, ils auraient regretté de n'avoir pu lui donner corps et de n'avoir pu lui dire au-revoir.

À son retour de l'autopsie, Élise n'avait toujours pas "bougé". Nous craignions qu'elle ne soit abîmée mais ce n'était pas le cas. Il faut dire qu'elle était habillée et que seuls son visage, ses mains et ses jambes étaient à nu. Depuis l'accouchement, elle portait le même bonnet que Gaspard, gris et blanc à rayures, mais ce n'était pas celui que nous lui destinions pour partir définitivement. À son retour de l'autopsie, nous avons remarqué des tâches de sang à l'arrière de son bonnet, là où elle avait probablement été ouverte. Nous avons "profité de l'occasion" pour demander aux employés de la chambre mortuaire de remplacer ce bonnet, que nous allons garder précieusement sans le laver, par le bonnet rose tricoté par ma mère et qui lui était destiné depuis plusieurs mois.

Le dimanche, la grand-mère de mon mari, qui vit en banlieue dans l'est parisien, a subitement eu envie de voir Élise avant qu'il ne soit trop tard. Elle a donc eu le courage de faire plus de cinq heures de taxi aller-retour pour venir voir ses arrières-petits-enfants. Je suis heureuse qu'elle ait pu voir Élise, elle qui ne parlait que de Gaspard pendant la grossesse. Seul mon mari était avec elle à la chambre mortuaire et il m'a rapporté les paroles qu'elle a dites à son arrière-petite-fille : "Ce n'est pas moi qui devrais être là, c'est toi qui devrais être à mon enterrement." Tellement simple, tellement vrai.

Ma fille, mon amour, ma princesse, ma poupée, mon étoile filante, pardonne-nous, pardonne-moi...

Quelques unes des réflexions qui me sont passées par la tête pendant ces quelques jours
C'était une immense douleur de la voir mais une nécessité absolue. Avec Gaspard, nous avons signé un CDI. Avec Élise, nous avons signé un très court CDD alors il nous fallait en profiter tant qu'il était encore temps.

On parlait toujours d'Élise en tant que petite soeur de Gaspard, comme une petite chose fragile, mais finalement c'est elle la grande soeur. C'est elle l'aînée, c'est elle notre premier enfant.

On avait vu Élise et Gaspard près de huit mois auparavant, au moment du replacement d'embryons dans le cadre de notre troisième FIV, alors qu'ils n'étaient chacun encore qu'un amas de quatre cellules et à présent ils étaient tous les deux là en chair et en os.

Comme c'est compliqué de vivre le deuil et la naissance en même temps. Comme ce grand écart psychologique est difficile à vivre. Et pourtant je n'ose imaginer ce que vivent les parents qui n'ont que le deuil, l'absence, le vide. Gaspard ne peut pas empêcher nos larmes de couler mais il est là pour les sécher : quel bonheur et quel réconfort quand nous le retrouvions après nos moments avec Élise à la chambre mortuaire.