23 juin 2017

Quand c'est pas l'un...

... c'est l'autre !

Hector semble en effet suivre les traces de son frère sur le chemin de la pipeletterie. Et pas plus tard que ce matin, il y est allé de son petit coup de poignard verbal dans mon cœur cabossé de maman.

Sur le trajet de la crèche, Gaspard, pour changer, a lancé la discussion sur la mort (à part ça, il semble plutôt bien dans ses sandalettes, je vous rassure !) en commentant : "Nous, on sera morts dans trèèèèèèèès longtemps, quand on sera grands, grands, grands !". Tandis que ma bouche a timidement confirmé, mon cœur s'est contenté d'espérer qu'il en serait ainsi.

Et Hector, d'ordinaire plutôt indifférent à ce genre de conversation, de rebondir : "Élise mort grand !".
Je n'ai pas eu d'autre choix que de le détromper : "Non, Élise était encore toute petite quand elle est morte, c'était un bébé."

Larme

Voilà mes amours, vous êtes en train de découvrir la cruauté de la vie et l'ambiguïté du discours de vos parents : "en général, on grandit avant de mourir, mais pour votre sœur, ça ne s'est pas passé comme ça".

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21 avril 2017

Bracelet

À l'occasion du premier Noël après la mort d'Élise, mon mari m'avait offert un bracelet en forme d'étoile constellé de petits brillants. Au fil du temps, les brillants sont tombés. Au début, j'en étais très attristée, car je voulais que tout ce qui concerne Élise reste intact, pur, beau. Je ne supportais pas que quoi que ce soit qui la concerne puisse être souillé ou abîmé. Finalement, devant l'inévitable, je me suis résignée.

Aujourd'hui - et cela fait un moment maintenant, sur les quelques dizaines de brillants originels, il n'en reste que... cinq. Comme la composition réelle de notre famille actuellement (car, comme vous l'avez compris, les espoirs du mois de février ont finalement été balayés. J'aurai sans doute prochainement l'occasion de vous donner des nouvelles à ce sujet, dans un sens ou dans l'autre !). J'y vois un signe ! De quoi, je n'en sais rien, mais j'en profite avant que le prochain brillant ne se fasse la malle !

Et pour parfaire ce clin d'œil, ces cinq brillants particulièrement résistants ne sont pas disposés de façon anodine : trois brillants isolés et deux brillants ... accolés ! Si ça ce n'est pas un signe !... ;-)

bracelet

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09 mars 2017

Le petit garçon qui n'aimait pas le coiffeur

... on pourrait croire que je vous dévoile en avant-première le titre du dernier roman de Jonas Jonasson. Que nenni ! Je vais plutôt vous raconter une anecdote-pas-si-anecdotique-à-mes-yeux qui concerne Hector et son dernier passage chez le coiffeur.

Cela fait des mois que Hector a une peur bleue du coiffeur (et de tout ce qui touche de près ou de loin à ses cheveux). Pourquoi ? Bonne question ! J'ai l'impression que cela coïncide avec son hospitalisation de 24 heures il y a un an pour déshydratation suite à une gastro sévère, qui a par ailleurs marqué le début de sa peur des médecins. J'ai beau me triturer les méninges, je n'arrive pas à faire le lien entre les médecins et ses cheveux. Toujours est-il que nous en avons bien conscience à la maison et que nous repoussons toujours au maximum le passage chez le coiffeur, pour lui éviter ces désagréments.

Hier, voyant depuis quelque temps ses cheveux recouvrir inexorablement ses oreilles (tout comme son frère, d'ailleurs), je les ai emmenés tous les deux chez une coiffeuse que nous n'avions encore jamais testée.

Pour Gaspard, tout s'est passé comme prévu. RAS.
Pour Hector, tout s'est passé comme prévu également : l'inquiétude qui se lit dans son regard et son attitude dès que nous franchissons la porte, la main portée à ses cheveux à coups de "non non non", le soulagement quand il voit son frère passer en premier, la panique quand il comprend que son tour est arrivé, les pleurs intarissables et les efforts désespérés pour s'échapper pendant toute la (tentative de) coupe.

Je sais que ça se passe mal pour l'instant, mais je me dis que ça finira par rentrer dans l'ordre. En attendant, j'aimerais bien trouver un coiffeur qui sache vraiment s'y prendre avec les enfants apeurés. Car, outre le résultat médiocre (mais pouvait-elle vraiment faire mieux sur un modèle aussi agité ?) de la coupe, l'attitude de la coiffeuse m'a dérangée du début à la fin !

Pour commencer, sachez que je suis de celles qui croient (enfin, plus qu'une croyance, c'est carrément une conviction et une certitude !) que les enfants ne font pas de caprices. Alors quand j'ai entendu la coiffeuse répéter à l'envi qu'il faisait "une colère" et "de la comédie", que ce n'était "pas joli de pleurer", je peux vous dire que je me suis retenue de prendre mon "comédien colérique" sous le bras, avec sa coupe à moitié achevée !

Elle a même cru bon de rajouter que "[son] frère n'avait pas pleuré, lui". Cela ne me semble pourtant pas difficile de comprendre qu'il est plus âgé donc plus mature, qu'il n'a manifestement pas les mêmes expériences, les mêmes ressentis, les mêmes appréhensions, les mêmes traumatismes et que la comparaison s'arrête là sans conclusion à en tirer.

Par-dessus le marché, elle s'est occupée d'eux sans avertir ni expliquer. Et pour le coup, même mon docile Gaspard a moyennement apprécié l'histoire de l'eau froide pulvérisée sans aucune précaution ! Alors qu'il paraît que prévenir et expliquer permettent de tuer dans l'oeuf (et je sais de quoi je parle... humour noir, quand tu nous tiens !) tout ce qui est habituellement (et à tort, dirais-je) qualifié de "crise". Enfin, ce n'est pas "il paraît" : on le pratique à la maison et ça marche plutôt bien... elle devrait essayer !

Le clou du spectacle, c'est au moment de payer que nous y avons eu droit. Comme souvent, un bol de bonbons attendait bien sagement et bien en évidence sur le comptoir. Mes deux loustics les ont repérés et en ont réclamé, mais j'ai refusé. Et là, cette fichue coiffeuse a cru opportun de préciser à l'attention de Hector : "ah bah non, tu as trop pleuré, Maman elle veut pas". J'aurais vraiment dû remettre quelques points sur ses "i", à celle-là !
Premièrement, chez nous, les bonbons c'est en quantité très limitée. En réalité, nous n'en achetons pas et les seuls qu'ils consomment sont ceux qu'ils reçoivent à différentes occasions (rapportés de l'école lors de l'anniversaire d'un(e) camarade de Gapard par exemple).
Deuxièmement, à une demi-heure du repas, il était évident qu'ils n'auraient pas à droit à ce genre d'apéritif !
Troisièmement, chez nous, les bonbons et autres friandises ne servent certainement pas de moyens de pression, chantage ou récompense (systèmes plutôt inusités à la maison d'ailleurs).
Et quatrièmement, si j'avais été dans cette absurde logique, j'en aurais donné à Gaspard mais pas à Hector.

Bref, tout ça pour dire que, aussi futile que cela puisse paraître, nous recherchons toujours un coiffeur qui connaisse son métier et sache s'y prendre avec les enfants !

Vous me direz qu'on pourrait aussi prendre le parti de laisser pousser ses cheveux le temps qu'il s'y fasse, mais le problème, c'est qu'avec sa blondeur et son manque de volume, il risque de ressembler... à ça !

coupe au bol

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15 février 2017

Un signe ?!

Hier, pour la Saint-Valentin, mon homme m'a offert un test de grossesse.
(En vrai, on ne la fête pas et c'est moi qui le lui ai demandé. Et encore plus en vrai, c'est un résultat positif qui aurait pu être qualifié de cadeau de Saint-Valentin, si on s'en offrait !)

Ledit test de grossesse s'est révélé négatif ce matin : je ne m'avoue pas vaincue, mais plutôt (trop) pressée. Il se pourrait que je l'aie effectué trop tôt, non pas à cause de mes lacunes en mathématiques, mais par impatience... Alors accordons-nous encore un peu de temps avant de sauter de joie ou de déchanter !

D'ici là, je garde espoir et, en plus des signaux que m'envoie mon corps (et que j'interprète selon mon désir, évidemment), je vois des signes partout. Car si Facebook me suggère comme ça, de but en blanc, de m'inscrire à une newsletter intitulée "Hector" et "qui donne envie de faire des enfants", ce n'est tout de même pas par hasard, n'est-ce pas ?! :-D

site Hector

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09 février 2017

Deujans !

Dans moins d'une heure, tu seras né depuis 2 ans. 2 ans ! "Deujans", comme tu dirais !

Je me souviens si bien des heures qui ont précédé ta naissance, ce lundi soir. J'étais tellement impatiente ! Je m'étais mis en tête que tu arriverais en avance - pas trop bien sûr, mais suffisamment pour abréger raisonnablement l'angoisse que mon ventre devienne à nouveau tombeau. Et puis, coquin que tu étais déjà, tu nous as fait mariner jusqu'aux dernières heures de la veille du terme officiel !

Je me souviens de tout. Le bain que j'ai pris le lundi matin pour apaiser les contractions, leur chronométrage, l'appel à la maternité pour me faire confirmer la conduite à tenir, l'excitation en entendant ce "venez nous voir, on va contrôler", l'appel à mon mari, l'appel à ma belle-soeur pour la prévenir qu'on allait déposer Gaspard sous peu, mon mari qui récupère Gaspard à la crèche en rentrant précipitamment du travail, Gaspard que l'on jette chez Tonton et Tata, l'examen à la maternité et ce sésame qu'on nous accorde enfin : "on vous garde".

Quelques heures et quelques frayeurs plus tard, tu étais parmi nous, grâce à Franck - encore lui ! Depuis, après un démarrage compliqué, tu illumines toi aussi notre vie, avec tes habitudes, tes plaisirs et tes clowneries !

Tu adores les tracteurs et les camions, et tu es aux anges quand on voit le camion-toupie garé presque quotidiennement près de la crèche.
Mais ce que tu préfères, ce sont les trains ! Les trains en bois, les trains en plastique, les trains en métal ; les trains qu'il faut faire avancer, les trains motorisés ; les petits trains, les grands trains. Alors que dire du circuit de train électrique de ton Papi ! La première chose à laquelle tu penses quand tu vas là-bas, c'est aller à l'étage pour le faire rouler et le regarder tourner en boucle ! Tu es même devenu expert en manœuvre ferroviaire et en commande de transfo.

Ton langage progresse de jour en jour, tu t'amuses de plus en plus à essayer de prononcer les mots. Ton onomatopée préférée du moment, ce sont deux syllables répétées à l'envi et à toute vitesse : "légâ-légâ-légâ-légâ-légâ" ! Tu sais que ça nous fait rire, mais nous n'en avons pas encore décodé la signification...

Ce que j'aime chez toi, parmi des milliers de choses, c'est :

  • quand tu reviens en courant et les mains sur les yeux en t'exclamant "-umer !" lorsque la pièce où tu voulais te rendre n'est pas éclairée,
  • quand tu marches sur la pointe des pieds en te trémoussant,
  • quand tu repousses systématiquement la couette quand je veux te border, toi qui as toujours trop chaud,
  • quand tu essaies d'imiter le geste de la main des métalleux en courant et sautant dès que tu entends du Metallica ou du Rammstein,
  • quand tu ris à gorge déployée, de ton rire si contagieux - l'un des plus communicatifs que je connaisse,
  • quand tu plisses les yeux et avances le menton lorsque l'on te demande simplement de sourire,
  • quand tu cours à travers la crèche en riant, le soir, pour que je ne puisse pas t'attraper,
  • quand tu réclames "tap tap" pour que je t'aide à enfiler ton pantalon en mode "sac à patate", c'est-à-dire que tu te suspends à mon cou, les jambes dans le vide, et que je remonte ledit pantalon en te secouant les fesses,
  • quand tu te blottis contre moi lorsque ton papa te taquine en t'appelant "le bébé à sa maman",
  • quand tu réfléchis longuement à une question que l'on te pose pour finalement nous donner sempiternellement la même réponse "hmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmm... non !",
  • quand tu enlèves ton chausson droit en mangeant - toujours le droit, à chaque repas.

Mais le geste qui me fait fondre, c'est quand je te couche.
Après l'histoire et le câlin, tu t'installes dans ton lit, avec la tétine dans la bouche et Banane, ton doudou-âne, dans les bras.
Je te demande si tu veux faire chanter Lison, une peluche musicale. Tu me réponds invariablement "non".
Je te demande si tu veux mettre la musique du hibou accroché aux barreaux de ton lit. Tu me réponds immanquablement "non".
Je te demande si on se fait un dernier bisou. C'est alors que tu poses la tétine, attrapes ma main et l'embrasses, tantôt sur le dessus, tantôt sur la paume, pour que je dépose ensuite ton bisou sur ma joue...

À ton arrivée, j'ai douté. Aujourd'hui, tu es l'évidence. Je t'aime mon Koala.

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24 décembre 2016

Quatrième

2013 - Gaspard était parmi nous.
2014 - Hector était presque parmi nous.
2015 - Gaspard et Hector étaient parmi nous.
2016 - Gaspard et Hector sont parmi nous et nous espérons que dans un an, un autre petit bout sera (au moins presque) parmi nous. Non, non, ce n'est pas l'annonce de ma troisième grossesse, mais la confirmation que nous faisons de notre mieux pour concrétiser notre nouveau "projet bébé". ;-)

Et ce Noël 2016 est le quatrième Noël sans toi, Mon Amour...
Quatre fois qu'au lieu de placer un cadeau sous le sapin, nous allumerons une bougie.
Quatre fois que nous ne verrons pas tes yeux illuminés par la magie de Noël, puisque de toutes façons nous ne les avons jamais vus tout court.
Quatre fois que nous ne te verrons pas t'amuser avec tes frères ou ta cousine.
Quatre fois que ta place restera détestablement vide.
Quatre fois que je suis tiraillée entre l'envie de me terrer en attendant que Noël soit passé et l'idée que je n'en ai pas le droit, ne serait-ce que pour tes frères.

Et qu'on ne vienne pas me dire que tu es quand même avec nous en pensées. Ce n'est pas dans mes pensées, mais dans mes bras que je veux t'avoir !

Tu me manques mon bébé, tu me manques à en crever. Qu'on me donne une journée, une heure ou même une seconde pour te serrer à nouveau contre moi et je la ferai durer une éternité.

Belle-Île-en-Mer

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01 novembre 2016

'liz'

Ce soir, alors que je mettais Hector en pyjama, nous avons pris mon dernier tatouage pour un arbre généalogique.

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Dès qu'il voit le personnage féminin représenté sur mon bras, Hector dit "Maman, maman". J'en ai alors profité, comme je l'ai déjà fait à plusieurs reprises, pour lui faire reconnaître les autres symboles.
Lorsque j'ai pointé le bateau, il s'est désigné du doigt.
Lorsque j'ai pointé l'avion, il a répété après moi "Babar" (pour "Gaspard", donc :-)).
Et lorsque j'ai pointé l'étoile, il a fait bondir mon cœur de joie en répétant après moi, à sa façon, "Élise" : "liz !". Pour la première fois. Mon bébé qui grandit, qui apprend à parler, qui ébauche de plus en plus de mots, et - enfin - qui fait entrer sa sœur dans son vocabulaire !

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26 août 2016

Éclairer, voler ou voguer

Des semaines, même des mois, sans écrire... mais il ne fallait pas désespérer : me revoici ! Et en cette (presque) rentrée, j'ai même pris l'ambitieuse résolution de rétablir un peu le rythme de publication. Nous verrons si j'arrive à lui épargner, contrairement à la plupart de ses consœurs en général, les oubliettes !

Et pour célébrer mon "retour", je vous propose une photo du dernier tatouage que je me suis offert, chargé en symboles évidemment.

Plutôt qu'avec un dessin particulier en tête, c'est avec une seule et unique tatoueuse que je voulais travailler cette fois. Une tatoueuse découverte à travers son book dans un shop près de chez nous, en région rouennaise donc, mais qui vit aujourd'hui à Bruxelles. J'ai nommé : Capitaine Plum (http://capitaineplum.blogspot.fr et https://fr-fr.facebook.com/CapitainePlumTattoo/).
Après avoir largué les petits chez les papi-mamie, nous avons donc fait un saut, mon mari et moi, au début de nos vacances qui s'achèvent tout juste, dans la capitale belge pour concrétiser le tatouage que Plum et moi avions imaginé par mail et par Skype. Jusqu'au jour J, je ne savais pas précisément à quoi il allait ressembler. Finalement, après quelques tout petits ajustements, c'est de cette mini (tout est relatif : c'est le plus grand et le plus visible de mes cinq tatouages) œuvre d'art que j'ai laissé Plum imprégner ma peau :

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Le personnage féminin, c'est moi, où mes trois enfants ont pris racine.
L'étoile, c'est Élise qui nous éclaire.
L'avion, c'est Gaspard qui vole vers son avenir.
Le bateau, c'est Hector qui vogue vers son avenir.

Au départ, Plum avait voulu donner une place particulière à Élise en la personnifiant en une petite fille pointant le doigt vers une étoile, mais je tenais à ce que ce tatouage ne mette aucun de mes enfants ni en valeur ni en retrait. Je lui ai donc demandé de garder ce personnage en lui donnant une autre interprétation et de déplacer l'étoile.

Au final, le tatouage correspond à mon envie initiale et à la vision que j'ai - aujourd'hui, enfin - de mes enfants, comme un témoignage de l'étape où je suis arrivée en ce moment.

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24 mai 2016

Chaussons et claquettes

Pendant le repas de ce soir, Gaspard, assis à côté de son papa, a tripoté le bracelet que je lui ai offert pour Noël 2015 : le bracelet dont le médaillon porte sur une face les empreintes de pied de Gaspard et sur l'autre, celles d'Élise. Il a alors demandé à voir de plus près les deux faces et, lorsqu'il a été question des empreintes d'Élise, mon mari a fait remarquer à Gaspard que c'étaient les mêmes empreintes que sur la couverture du "livre d'Élise", placé à l'étage d'Élise dans la bibliothèque du salon, visible depuis la table où nous prenons nos repas.

empreintes Élise

Un peu trop loin de la bibliothèque à son goût, Gaspard a affirmé ne pas bien voir. Mon mari est donc allé chercher le livre en question et s'est assis dans le canapé, où l'a rejoint Gaspard. Ils ont alors parcouru toutes les pages ensemble.

Et nous avons de nouveau eu le droit de voir Élise – et leur naissance à tous les deux – à travers ses yeux d'enfant.

Sur un gros plan en couleur de son visage : "Oh, elle a quoi, là ?!"
Sur une photo de lui et elle avec moi : "C'est qui, là ?"
Sur une autre photo : "Il est où, Hector ?"

Mais la photo qui a retenu son attention le plus longtemps est l'une de celles où l'on voit Élise dans son cercueil, entourée notamment de sa grenouille, tricotée par ma mère, et des petits chaussons que je lui avais tricotés.
Gaspard a reconnu la grenouille, puisqu'il a la même mais avec les couleurs inversées et puisque j'ai exactement la même qu'Élise (avec laquelle je dors CHAQUE soir, où que je sois).
Voyant les minuscules chaussons en question, il a demandé ce que c'était, sans faire de commentaire sur le coup... jusqu'à ce qu'il nous sorte : "Élise, elle a que sa grenouille et ses chaussons. Mais nous (en parlant de Hector et lui), on a des caqulettes*."
Cette phrase, par sa simplicité et son réalisme, m'a transpercé le coeur. En effet, mon Crapaud, c'est là toute la différence : vous, vous avez des claquettes mais Élise n'en aura jamais.

*ces caqulettes sont en fait des claquettes : vous savez, les petites sandales en pseudo-mousse rigide pour la plage

Ce que j'ai aimé dans la séquence émotion de ce soir, c'est son égocentrisme et son étonnement sans filtre d'enfant.
Ce que j'ai moins aimé, c'est de me sentir, une fois de plus, prise au dépourvu par ce genre de moment, que j'attends pourtant autant que je redoute.

Et puis ce que j'ai moins aimé aussi, c'est me rendre compte que Hector et Élise sont pour ainsi dire étrangers l'un à l'autre.
Par rapport à Gaspard, leur gémellité implique de fait un lien entre eux - un lien particulier, qui plus est.
Mais qu'est-ce qui relie Élise à Hector ? Ils n'ont pas existé dans la même vie, dans le même espace-temps. Il n'y a aucun souvenir en commun, rien de tangible entre eux, rien sur quoi construire un imaginaire, fantasmer une relation.

À partir de là, est-ce que Hector verra Élise comme sa sœur ?
Cette question, qui m'a sauté à la figure ce soir, m'a fait penser à ce que m'avait rapporté une maman de jumeau esseulé qui a eu une petite fille après ses jumeaux. Et lorsque la petite sœur, qui n'avait donc pas connu le jumeau décédé, parlait de lui à son frère, elle disait "ton frère" et non "mon frère" ou "notre frère".

Qu'est-ce qu'elle est, Élise, pour nous ? Pour Gaspard ? Pour Hector ?
Un fantôme ? Une idée ? Une chimère ?

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14 avril 2016

On est bien peu de chose

Après l'hospitalisation de Hector la semaine dernière pour déshydratation, Gaspard a manqué de s'étouffer en mangeant ce soir... Au final, ils vont bien et c'est l'essentiel, mais il suffit de peu de choses pour que la fragilité de la vie se rappelle à nous...

Une gastro un peu virulente, une banale fausse route et les sentiments les plus oppressants remontent à la surface, charriant avec eux l'idée que tout peut - de nouveau - basculer...

Le deuil périnatal, c'est avoir tatouée dans son âme la certitude que l'idée de perdre un enfant peut devenir réalité.
Le deuil périnatal, c'est cette lucidité qui nous étreint le cœur à la moindre alerte.
Le deuil périnatal, c'est avoir gravée en soi l'idée que rien n'est acquis, jamais.

 

Le titre que j'ai choisi spontanément pour ce billet me rappelle une chanson que j'aimais déjà beaucoup avant Élise et qui résonne encore plus depuis elle :

On est bien peu de chose
Et mon amie la rose
Me l'a dit ce matin

À l'aurore je suis née
Baptisée de rosée
Je me suis épanouie
Heureuse et amoureuse
Aux rayons du soleil
Me suis fermée la nuit
Me suis réveillée vieille

Pourtant j'étais très belle
Oui j'étais la plus belle
Des fleurs de ton jardin

On est bien peu de chose
Et mon amie la rose
Me l'a dit ce matin

Vois le dieu qui m'a faite
Me fait courber la tête
Et je sens que je tombe
Et je sens que je tombe
Mon cœur est presque nu
J'ai le pied dans la tombe
Déjà je ne suis plus

Tu m'admirais hier
Et je serai poussière
Pour toujours demain

On est bien peu de chose
Et mon amie la rose
Est morte ce matin

La lune cette nuit
A veillé mon amie
Moi en rêve j'ai vu
Éblouissante et nue
Son âme qui dansait
Bien au-delà des nues
Et qui me souriait

Crois celui qui peut croire
Moi, j'ai besoin d'espoir
Sinon je ne suis rien

Ou bien si peu de chose
C'est mon amie la rose
Qui l'a dit hier matin