13 janvier 2015

Préparatifs

Pour la sécurité sociale, le terme pour la naissance de Hector est prévu le 14 février. Pour beaucoup, c'est une bonne date - rapport à la Saint Valentin.
Premièrement, cette date ne veut rien dire pour mon mari et moi. Nous ne l'avons jamais fêtée, préférant célébrer nos anniversaires de rencontre et de mariage, bien plus significatifs.
Deuxièmement, je ne vois pas le rapport entre la Saint Valentin et la naissance prévue d'un enfant. Ah si, un enfant, c'est le fruit de l'amour de ses parents, tout ça, tout ça.

Pour l'hôpital où je suis suivie, le terme serait plutôt prévu le 10 février, c'est-à-dire dans un moins d'un mois. Le compte-à-rebours ayant commencé et une fausse alerte ayant retenti il y a quelques jours déjà, il est temps de poursuivre les préparatifs de l'arrivée de Hector.

Nous ne savons même pas encore comment nous allons faire, en termes d'organisation et d'aménagement des chambres, notamment par rapport au fait que Gaspard porte encore des couches et que notre commode à langer est dans la chambre de Hector. Mais il y a au moins deux choses que nous avons préparées : les premiers vêtements de Hector et la valise pour la maternité.

Les vêtements

Concrètement, ça a commencé samedi par du tri dans les vêtements de bébé. Heureusement que ma cousine, qui nous avait prêté des vêtements pour Gaspard, est elle aussi enceinte (de quelques semaines de moins que moi) : c'est ce qui m'a motivée à mettre de côté d'une part les vêtements à lui rendre, d'autre part les premiers vêtements que Hector portera.

J'ai voulu commencer ce tri alors que j'étais seule avec Gaspard. Vaquer à ses occupations tout en veillant sur un petit bout de presque 16 mois qui court partout n'est pas chose aisée, surtout à 8 mois de grossesse et quand lesdites occupations ne sont pas neutres émotionnellement.

Je n'en avais pas conscience (mais devais le savoir quand même, quelque part au fond de moi, vu le nombre de fois où j'ai reporté ce tri pourtant inévitable) mais m'occuper de ces vêtements a fait (re)surgir beaucoup d'émotions. De la nostalgie, des regrets, des fantasmes, de la joie, de l'impatience, de la peur.
Parce que la dernière fois que j'ai préparé ces mêmes vêtements, c'était pour Gaspard et Élise était encore là, encore vivante même. Quelle situation cruelle, quand j'y repense : préparer des vêtements pour son fils en faisant comme sa fille n'était pas là !
Parce que la dernière fois que j'ai préparé des vêtements de nouveau-né, j'aurais dû les préparer pour deux nouveaux-nés.
Parce que je suis heureuse de préparer ces vêtements pour Hector mais que tant qu'il ne sera pas là, dans mes bras, vivant, une alarme sera active dans ma tête.
Je n'arrivais pas à me concentrer, à m'organiser ; Gaspard m'énervait pour un oui ou pour un non ; les larmes coulaient. Mon mari est finalement rentré et s'est occupé de Gaspard pour me laisser souffler et terminer aussi tranquillement que possible.
Ces préparatifs, en apparence si banals et si joyeux, ne se sont pas faits sans mal.

Et dire qu'il faudra bientôt remettre ça, puisque je me suis pour l'instant contentée du minimum : mettre de côté les vêtements taille naissance et taille 1 mois.

La valise

Déjà avant la fausse alerte de fin décembre, mon mari et moi avions en tête qu'il ne faudrait pas tarder à préparer la fameuse "valise pour la maternité". Là encore, j'ai repoussé le moment fatidique, plus ou moins consciemment. Ce n'est que dimanche que je me suis décidée à rechercher, sur l'ordinateur, la liste que j'avais faite pour la naissance des grumeaux. Doutant de l'avoir conservée, je n'étais pas sûre de la retrouver. Finalement, elle m'attendait bien sagement. Et quelle ironie en voyant la date de dernier enregistrement de ladite liste : le 7 septembre 2013. Même si j'ai passé deux autres nuits chez moi entre ce 7 septembre et la naissance d'Élise et Gaspard, cette date marque pour moi le début de la fin de la grossesse des grumeaux.

Mon mari s'attend donc à ce que l'histoire se reproduise : le jour où j'aurai bouclé la valise pour Hector marquera la fin de cette grossesse. ;-) Et c'est justement aujourd'hui que je m'y attelle !

Là aussi, beaucoup d'émotions en passant en revue ce que nous avions prévu d'emporter pour Gaspard et Élise : la liste était tellement plus courte et plus lourde de sens d'un côté que de l'autre...

Une preuve de plus, pour ceux qui en auraient besoin, qu'apprendre à vivre avec l'absence de son enfant est un travail de tous les instants...

Réflexion


29 novembre 2014

Allô Rufo

Vidéo

Émission "Allô Rufo" diffusée sur France 5
Date : 28 novembre 2014
Durée : 0h06

 

La question que j'avais adressée à l'émission il y a plusieurs mois a été retenue, je suis donc passée à l'antenne - par téléphone - hier, l'émission ayant été enregistrée le 2 octobre dernier.

En dehors de ces rapides conseils, mon passage, même bref, dans cette émission avait le même objectif que toutes mes tentatives (pas toujours fructueuses : certaines n'aboutissent pas, d'autres ne reçoivent même pas de réponse) pour témoigner d'une façon ou d'une autre sur le deuil périnatal en général et le deuil périnatal d'un jumeau en particulier : faire parler de nos bébés, de nos drames.
Mon mot d'ordre est simple : plus on en parle, mieux je me porte et mieux c'est !

La réponse de Marcel Rufo, je l'ai eue en direct par téléphone. Ni scoop, ni révélation au rendez-vous ; juste la confirmation de la voie dans laquelle nous allons devoir nous engager pour accompagner Gaspard dans la découverte de l'existence de sa sœur jumelle Élise, dans la compréhension de son début de vie particulier, dans la construction de son identité de jumeau esseulé.

En revanche, j'ai été un peu déçue par la formulation écrite de ma question, diffusée en bas de l'écran pendant notre échange téléphonique.
"Mon fils de 1 an avait une jumelle qui est née sans vie suite à une interruption médicale de grossesse sélective. Faut-il lui en parler ?"
Ça peut vous paraître anodin mais pour moi, c'est loin de l'être : je ne me demande pas s'il faut lui en parler mais quand et comment lui en parler. Heureusement que l'on m'a laissé poser ma question comme je l'entendais, avec cette nuance qui n'en est pas une pour moi !

27 novembre 2014

La laisser partir...

Je n'arrive pas à laisser partir Élise.
Voilà ce qui est ressorti de mon rendez-vous avec la psychologue plus tôt cette semaine.

Je n'arrive pas à être en lien avec Élise autrement que par la souffrance. Ne plus souffrir de son absence serait la trahir.
Dit comme ça, on croirait que je le fais exprès mais ce n'est pas conscient.
J'irai mieux quand j'aurai dépassé ce stade... un jour... peut-être...

Il faut aussi que j'arrive à accepter l'existence d'Élise telle qu'elle est, telle qu'elle a été.
En plus du deuil d'Élise telle qu'elle est, telle qu'elle a été, il faut aussi que je fasse le deuil de tout ce que j'avais imaginé, espéré, projeté avec elle.
Dans le deuil d'Élise, il y a plusieurs deuils.
Il y a le deuil de mon enfant.
Il y a le deuil de ma fille, parce qu'en tant que femme, on ne projette pas les mêmes choses sur une fille et un fils (comme un homme ne projette pas les mêmes choses sur un fils et une fille).
Il y a le deuil de la sœur jumelle de mon fils.
Il y a le deuil de mon statut de mère de jumeaux.
Il y a le deuil de notre vie à quatre, auquel l'arrivée de Hector ne changera rien. Ce sera une vie à quatre, mais ce ne sera pas la vie à quatre qu'on aurait eue avec Élise et Gaspard. Cette vie à quatre là ne sera ni mieux, ni moins bien ; elle sera différente, elle sera autre.

 

D'après la psychologue, en moyenne, un deuil dure 2 ans. Ça fait tout juste 14 mois ; je suis encore en plein dedans.
On verra où j'en serai dans un an....

 

Il m'arrive de souhaiter de n'être jamais tombée enceinte, ni des grumeaux, ni du haricot. Juste pour effacer toute cette souffrance.
Il m'arrive de regretter d'avoir remis en route un bébé si rapidement. Il m'est difficile de le reconnaître, d'une part parce que j'ai ma fierté et qu'il n'est jamais aisé d'admettre qu'on a pu se tromper (alors même que certains nous avaient mis en garde), d'autre part parce que maintenant que Hector est là (ou presque), il n'a pas à subir l'état de sa mère.
Il m'arrive de confondre, brièvement mais quand même, mes deux grossesses. Enfin, plus particulièrement de me surprendre à croire que c'est Élise qui est de nouveau dans mon ventre, qu'on a une deuxième chance, elle et moi, elle et nous. Une deuxième chance pour tout réparer et faire que tout aille bien.

À tout cela, la psy répond que je n'ai pas d'autre choix que d'accepter les choses comme elles sont. Que si nous avons décidé de remettre un bébé en route si tôt, c'est parce que c'est ce que nous avions besoin de faire au moment où nous l'avons fait. Elle me dit aussi que, repasser maintenant, si tôt après le décès d'Élise, par toutes ces émotions si violentes, ravivées par cette nouvelle grossesse, fait peut-être partie de mon chemin, que j'ai peut-être besoin de tout ça pour avancer.
En même temps, je sais au fond de moi que, lorsque Hector sera là, dans nos bras, sous nos yeux, sa présence sera une évidence. En attendant, c'est compliqué à gérer...

 

On croit tous qu'on est indépendant, qu'on se moque de ce que pensent les autres, qu'on n'a pas besoin de leur avis. Et pourtant, dans ce deuil si intime, si profond, je me sens remise en cause par les autres dans ce que je vis et ce que je ressens.
Pas par tous, parce que - heureusement - certains (beaucoup même, si je compare avec d'autres parents endeuillés bien moins entourés et soutenus) sont à la hauteur.

Mais il y a ceux qui nous font douter.

Il y a ceux qui, en une phrase, annihilent tout le chemin que l'on a parcouru entre le moment où la question de l'ISG s'est posée et le moment où l'on a dû y répondre. Parce que, selon eux, "nous avons fait le bon choix". Sous couvert de nous rassurer et de nous conforter dans notre décision, ils nient tout ce qui se cache derrière. Je ne veux pas qu'on me dise qu'on a pris la bonne décision, je veux juste qu'on reconnaisse la torture mentale qu'impliquait - et qu'implique toujours - cette décision. Et toutes les questions qu'on s'est posées, ils en font quoi ? Toutes les questions qu'on se pose encore, ils en font quoi ? Tous les espoirs qu'on a nourris avant de devoir y renoncer, ils en font quoi ? Tous les regrets qui nous - me - pourrissent la vie, ils en font quoi ?

Il y a ceux qui, par une attitude, une hésitation, un non-dit, un regard, jettent le doute sur la légitimité de notre deuil.
Dernier exemple en date, le 18 novembre dernier, à 12h15, jour et heure des 14 mois du décès d'Élise, je me suis effondrée alors que j'étais au travail. Je suis sortie du bureau quelques minutes pour me calmer mais n'ai pu cacher mes yeux embués en revenant à mon poste. Une collègue s'en est aperçue et m'a prise à part pour tenter de me consoler. Entre deux sanglots, j'ai réussi à lui dire que nous étions aujourd'hui le jour des 14 mois du décès d'Élise. Une autre collègue s'est également inquiétée et nous a rejointes peu après. Ma première collègue a alors pris les devants en expliquant que nous étions le jour des 12 mois du décès d'Élise. Je l'ai corrigée. Et, à ce moment précis, j'ai senti (je ne sais pas comment expliquer autrement) dans son attitude une sorte de recul, que j'ai interprété comme "Ah ! Pour le premier anniversaire, j'aurais compris mais pour les 14 mois, tu n'en rajouterais pas un peu ?".

Ce qui est difficile dans ce deuil, c'est le décalage permanent. Soit avec soi-même, soit avec les autres.
Comment assumer ses émotions quand elles n'ont pas de place aux yeux des autres ? Comment être soi-même sans être regardée avec mépris, incompréhension, indifférence, condescendance ?
Moi je ne demande que ça : aller aussi bien que les autres le pensent ou le voudraient, mais si je m'aligne sur ce que les autres attendent de moi, je fais quoi de toutes ces émotions qui déferlent ?

 

La psychologue m'a demandé si nous parlions de tout ça avec mon mari. Oui, nous en parlons, dans le sens où ce n'est pas tabou, mais j'ai l'impression qu'il n'y a pas grand-chose à dire ou du moins que je ne vois pas à quoi ça servirait d'en parler entre nous.
Ni moi, ni mon mari, ni ma famille, ni mes amis n'avons la clé. Je ne sais pas de quoi j'ai besoin pour aller mieux. Je sais juste qu'en ce moment, mon deuil prend toute la place chez nous et que mon mari prend beaucoup sur lui et se met en retrait par rapport à ça. La psychologue me dit que, s'il avait besoin de vivre les choses autrement particulièrement en ce moment, il l'exprimerait d'une façon ou d'une autre.
Mais lui, comment va-t-il ? Où est-ce qu'il en est ? Pourquoi serait-ce à lui de s'effacer ?

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17 novembre 2014

Une histoire de prénoms... encore !

Aujourd'hui, c'est la Sainte Élise. Enfin, c'est l'une des Saintes Élise, car il en existe plusieurs mais le 17 novembre est vraisemblablement le jour où les Élise sont le plus fêtées. Alors je souhaite une bonne fête à ma princesse des nuages, à mon étoile filante, même si ça n'a pas de sens. De toutes façons, rien n'a de sens par rapport à Élise.

En ce jour un peu spécial, j'ai envie de vous parler - encore - des prénoms de nos enfants, de leurs prénoms secondaires plus précisément.

Ce n'est plus un mystère : Gaspard a pour deuxième et troisième prénoms Paul et Marceau, les prénoms qui auraient été ceux des jumeaux s'ils avaient été deux petits mecs.

Si le destin d'Élise n'avait pas viré au tragique, nous avions prévu de nous amuser avec les autres prénoms de Gaspard mais, lors des déclarations à l'état civil, le coeur n'y était pas. Nous avions donc laissé tomber l'idée avant de l'envisager à nouveau pour Hector, même si mon mari ne semble pas complètement décidé. Cette idée, c'est de lui donner pour deuxième et troisième prénoms Melchior et Balthazar ;-) A vrai dire, j'aime beaucoup le prénom Balthazar mais avec un petit Gaspard dans la fratrie, c'est définitivement impossible alors autant s'en amuser et devancer les blagues auxquelles nous avons déjà eu droit et aurons encore droit !

Quant à Élise, nous n'avions pas d'idée particulière, même avant que son histoire ne change de trajectoire. Nous souhaitions pourtant ne pas faire de différence entre nos enfants mais l'inspiration ne venait pas. Et puis, il y a quelques semaines, mon mari et moi sommes tombés d'accord sur une suggestion que je lui ai faite. Nous nous sommes donc renseignés auprès du service d'état civil de la ville de naissance des grumeaux sur l'ajout d'un deuxième prénom a posteriori - sans préciser le prénom dans un premier temps, simplement pour connaître la marche à suivre. Notre interlocutrice nous a confirmé l'accord de principe du Procureur de la république, à qui nous avons adressé il y a quelques jours un courrier précisant le prénom choisi afin d'officialiser notre demande. Nous ignorons dans quel délai Élise aura officiellement un deuxième prénom ; pour l'instant, nous espérons surtout que notre choix sera accepté, car, bien que cela ne nous ressemble pas, le prénom que nous avons choisi n'en est pas vraiment un. Mais il nous semble tellement bien lui aller...

Ce "prénom", c'est Éphémère.

Cela vient du grec et signifie "qui ne dure, ne vit qu'une journée". Ce prénom ne lui va-t-il pas à merveille, elle qui n'a qu'une date officielle, celle de sa naissance sans vie ?

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05 novembre 2014

Dans la maison

Il reste encore plus de trois mois avant la date prévue d'accouchement ; nous ne sommes pourtant pas du genre à tout préparer dans l'excitation, l'impatience et l'insouciance. Certains diront que c'est normal avec la grossesse que nous avons vécue pour les grumeaux ; disons qu'elle n'a fait que nous rendre plus prudents, plus méfiants mais que nous n'étions déjà pas du genre à repeindre la chambre pendant le premier trimestre. Cette fois-ci, c'est différent : les quelques réaménagements que nous avons prévus dans la maison vont prendre un peu de temps, mon mari souhaitait donc profiter du pont du 11 novembre (puisqu'il ne travaille pas lundi, lui !) pour s'y attaquer et éviter de laisser la maison "en chantier" plusieurs jours ou semaines s'il s'en occupait par intermittence le soir ou le week-end.
Et puis, comme les réaménagements prévus impliquent un changement de chambre pour Gaspard, nous voulons le préparer à l'arrivée de son petit frère suffisamment longtemps à l'avance pour qu'il ne soit pas trop perturbé et qu'il n'associe pas ce chamboulement à l'arrivée de Hector.

Ce soir, nous avons donc commencé à vider les meubles qui vont devoir changer de pièce pour l'arrivée de Hector. J'ai participé comme j'ai pu mais ai rapidement dû me contenter de regarder mon mari faire, mon bidon commençant à peser, surtout en fin de journée. J'aurais préféré pouvoir être plus active, ça m'aurait peut-être évité de cogiter...

Car l'aménagement que l'on entreprend pour accueillir Hector, c'est celui que nous aurions dû faire à notre entrée dans la maison il y a 13 mois, pour Élise et Gaspard. Nous disposons en effet d'une chambre au rez-de-chaussée, qui aurait dû être la nôtre dès le début et qui va désormais la devenir, et de deux chambres à l'étage, qui auraient dû être celles des grumeaux. En même temps, je suis heureuse de préparer tout ça pour Hector mais je ne peux m'empêcher de penser que les choses ne sont pas à leur place.

Et pour couronner le tout, l'angoisse inhérente à cette grossesse trouve dans ces remaniements un terreau fertile. À anticiper autant l'arrivée de Hector, moi qui ne suis pas superstitieuse, j'ai pourtant peur que ça ne nous porte malheur, comme si en rendant sa présence imminente un peu plus concrète, on jouait à provoquer le diable.
Nous préparons l'arrivée de Hector mais si c'est à lui qu'il arrive quelque chose ? Que fera-t-on si Hector n'arrive jamais dans sa chambre, dans son lit ?...

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18 octobre 2014

Trois en une

Mercredi soir, j'ai surtout été la maman d'Élise avec la marche blanche organisée à Rouen à l'occasion de la journée internationale de sensibilisation au deuil périnatal.
Jeudi soir, j'ai surtout été la maman de Gaspard avec la réunion d'information à la crèche.
Et ce matin, j'ai surtout été la maman de Hector avec ma première séance de préparation à la naissance en piscine - la première pour cette grossesse (j'y reviendrai dans un prochain billet) mais pas la "première-tout-court".

À chacun son moment !...

Je suis maman de trois enfants (car oui, même si Hector n'est pas encore né, nous sommes déjà ses parents et il sera notre troisième enfant, quoi qu'il arrive) et je ne peux même pas être la maman des trois de la même façon. Élise ne sera plus jamais, ne pourra plus jamais être comme Gaspard ou comme Hector. J'espère juste que rien n'empêchera Hector d'être comme Gaspard...

19 septembre 2014

365 jours avec mon fils

365 jours où j'ai posé un visage sur ton prénom et le début de ton histoire
365 jours où je t'ai vu sourire
365 jours où le soleil s'est glissé sous tes paupières
365 jours où je t'ai lu une histoire le soir
365 jours où ta présence m'a remplie de bonheur
365 jours où je me suis bouché le nez en lavant tes couches
365 jours où je me suis amusée de te voir évoluer
365 jours où je t'ai entendu rire
365 jours où j'ai préparé tes repas moi-même
365 jours où je t'ai imaginé à la crèche
365 jours où je t'ai bercé pour t'endormir
365 jours où j'ai repéré les seuls endroits où l'on trouve tes tétines préférées
365 jours où j'ai choisi des livres et des jouets pour toi
365 jours où j'ai consolé tes pleurs
365 jours où je t'ai parfois bercé quatre fois par nuit
365 jours où j'ai entendu ta voix
365 jours où tu n'as pas quitté mes pensées
...

365 jours où j'ai aimé la vie avec toi

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16 septembre 2014

Oui, mais non

Pour connaître le numéro de sécurité sociale de Gaspard (je vous donne un indice : il commence par "1" ^^), j'ai téléchargé la semaine dernière son attestation de droits à l'assurance maladie, où j'ai découvert ceci : "rang de naissance = 1" alors qu'il est né précisément cinq minutes après Élise.
Je me suis donc demandé si c'est parce qu'Élise est née sans vie - et pas née avant de décéder - que Gaspard est de fait considéré comme le seul - et donc le premier - enfant de ma première grossesse. Pour en avoir le cœur net, j'ai écrit à la sécu qui m'a répondu ceci :

"Je fais suite à votre message en date du 10 septembre 2014, concernant le rang de naissance de votre enfant Gaspard.
Cette notion de rang de naissance sert uniquement pour permettre de rattacher 2 enfants ayant la même date de naissance au dossier d'un même assuré.
Notre système informatique ne peut créer de rang 2 dans le cas où un seul enfant figure au dossier.
Je suis donc dans l'impossibilité de répondre favorablement à votre requête."

En l'occurrence, si je résume : ma fille n'existe pas pour des raisons informatiques !
Je pensais que l'informatique était au service de l'humain. Visiblement, c'est l'inverse...

Pourtant, j'avais mis les formes dans mon mail.
Pourtant, la sécurité sociale reconnaît ma fille pour d'autres aspects : j'ai eu droit à un congé maternité pour jumeaux et aurai droit, pour le haricot, à un congé maternité pour troisième enfant.
C'est "drôle" d'ailleurs : dans ce billet, je me demandais quel rang de naissance je devrais indiquer pour Gaspard si la question se posait un jour. J'ai maintenant la réponse...

Pourtant, c'est pour Élise que le travail a été le plus long et le plus douloureux.
Pourtant, c'est bien Élise que j'ai rencontrée avant Gaspard.
Pourtant, c'est bien Élise que j'ai dû m'empresser "d'oublier" temporairement pour donner naissance à son frère au prix d'un dernier effort.
Pourtant, c'est bien Élise qui née à 00h22, et non à 00h27.
Pourtant, c'est bien Élise qui a fait de moi une mère.
Pourtant, c'est bien Élise notre premier enfant sur notre livret de famille.

10 septembre 2014

Parler de toi... ou pas...

En juillet dernier, lors d'une fête de famille célébrée au restaurant avec - entre autres - mes parents, ma belle-sœur et Gaspard, l'une des serveuses m'a demandé s'il était le premier petit-fils de la famille. A ce moment-là, j'étais seule à table avec ma belle-sœur. Nous avons échangé un regard lourd de sens et de non-dit pendant l'instant où j'ai cherché quoi répondre. Je n'ai finalement pas parlé de toi. Je n'ai pas dit que c'est toi, qui es née avant Gaspard, le premier petit-enfant de la famille. Je n'ai pas dit que tu existais. Je n'ai pas dit que Gaspard avait une jumelle, une grande sœur.
J'espère que tu ne m'en veux pas. Pour une fois, moi, je ne m'en suis pas voulu car j'ai senti que je n'étais pas capable, à ce moment-là, de m'exposer à l'incompréhension éventuelle.

Le lendemain de cette fête, nous sommes allés récupérer deux lits d'enfant d'occasion repérés sur Leboncoin et destinés à Gaspard - l'un chez mes parents, l'autre chez mes beaux-parents. Peu après être arrivés chez les vendeurs, nous avons appris que les lits en question appartenaient à leurs jumelles, maintenant trop grandes pour y dormir. À un moment de la conversation, nous avons cru pouvoir parler de toi. Quelle erreur de jugement ! La (fausse) compassion, la (fausse) empathie que l'on croyait pouvoir attendre de parents de jumeaux ont été démasquées en quelques phrases à peine. La meilleure a été prononcée par la mère, qui, deux phrases plus tôt, nous avait pourtant laissés espérer un minimum de compréhension ("Ah oui, je sais ce que c'est, j'ai une amie qui a vécu ça") : "De toutes façons, quand le bébé [vivant] arrive, on oublie [l'autre bébé]."
Bien sûr, Madame ! À vous qui me comprenez si bien, je peux l'avouer : ce 19 septembre 2013, je n'ai pensé à ma fille qu'entre 00h22, heure de sa naissance, et 00h27, heure de naissance de son frère. Depuis, c'est comme si elle n'avait jamais existé ; c'est comme si, pendant 35 semaines, je n'avais porté que Gaspard ; c'est comme si nous n'avions pas vécu et ne vivions pas encore le pire des écartèlements ; c'est comme si nous n'avions pas décidé d'arrêter son cœur uniquement parce que nous ne nous sentions pas capables de l'accueillir.
Nous avons tant bien que mal essayé de leur faire comprendre que ce n'était pas aussi simple qu'ils voulaient le croire mais nous avons bien vu qu'ils ne comprenaient pas et ne voulaient pas comprendre.

Quelques jours plus tard, à l'occasion d'une petite séance de shopping, la conversation entre la vendeuse et moi s'est engagée sur les enfants, avec pour prétextes la présence de Gaspard et la future présence du haricot qui commençait à se voir. Nous en sommes venues à parler du sexe du haricot, des préférences (le cas échéant) de chacune, etc. J'ai eu plusieurs occasions de parler de toi au début de la discussion mais j'ai préféré attendre un peu avant de le faire. Quand je me suis finalement lancée, je ne l'ai pas regretté : cette femme était réceptive. Elle n'a pas joué l'indifférence, elle ne m'a pas asséné de prétendues vérités assassines, elle a compris que tu existais même si tu n'étais plus. C'est même elle qui m'a parlé d'un numéro de l'émission Toute une histoire consacré, quelques semaines plus tôt, au deuil périnatal et à l'interruption médicale de grossesse (et qui faisait notamment témoigner une maman ayant perdu l'un de ses jumeaux suite à une ISG). En en parlant, elle avait des frissons que j'avais devinés sur ses avant-bras et qu'elle a elle-même avoués. Au terme de la discussion, j'ai même osé lui donner la carte du blog : c'était la première fois que je m'en sentais capable, alors que j'en ai toujours plusieurs sur moi ! Ce jour-là, j'ai été fière de parler de toi, fière de réussir à te faire entrer un peu dans la vie d'une inconnue - au même titre que ton frère et le haricot - et soulagée de tomber, pour une fois, sur une oreille étrangère mais compréhensive.

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Il y a quelques jours, je suis allée à la Fnac pour retirer des livres commandés sur Internet. J'avais passé deux commandes, à un jour d'intervalle, mais on ne m'avait prévenue que de l'arrivée de la première. À tout hasard, j'ai demandé si la deuxième commande était également disponible. La vendeuse a alors vérifié sur son écran et m'a énoncé le début du titre du livre en question* pour se faire confirmer que nous parlions de la même chose. À la façon dont elle a prononcé ces quelques mots, j'ai senti quelque chose et ai alors ajouté "C'est mon cas". Elle s'est tournée vers Gaspard dans la poussette et a demandé, tout en me regardant, "s'il avait quelqu'un". J'ai confirmé. Elle n'a alors prononcé que trois phrases. "Le livre n'est pas arrivé." "Je suis maman de triplés." "Bon courage." À ses deux dernières phrases et à son regard, j'ai compris qu'elle avait compris, autant qu'elle le pouvait en quelques secondes, et ça m'a fait comme un voile de chaleur et de douceur sur le cœur.

*Il s'agit du livre "Perdre un jumeau à l'aube de la vie" de Béatrice Asfaux et Benoît Bayle, dont je reparlerai probablement quand je l'aurai reçu et lu.

 

Tu vois, les occasions de parler de toi se suivent et ne se ressemblent pas. Parfois, je préfère te trahir un peu pour préserver ton souvenir, ne pas risquer de l'entacher, de le salir, de le gâcher par une énième marque d'indifférence. Avant de parler de toi, j'essaie de jauger la personne en face de moi à l'aune de la place qu'elle pourrait te reconnaître ; j'essaie d'estimer a priori si elle sera capable de comprendre que tu as été et que tu existes toujours, quand même. Parfois, je tombe juste ; parfois, je me trompe ; parfois, je n'ose pas prendre le risque.

Tu es mon plus beau souvenir : je ne peux pas le confier à n'importe qui, n'importe comment, n'importe quand.

Cette dernière réflexion me fait penser à une phrase du livre "Sur la pointe des pieds" de Vanessa Hoebeke (que j'ai lu il y a un peu moins d'un an) qui m'avait semblé tellement lointaine à l'époque. Et pourtant, 10 mois plus tard, je me retrouve en elle. La preuve sans doute que, mine de rien, j'avance sur le chemin du deuil.
Comment faire pour garder intact ton souvenir, quand tout le monde baisse les yeux à l'évocation de ton prénom ? J'ai fini par trouver... Cette histoire, ton histoire, notre histoire... C'est mon trésor... Mon bébé, c'est ma richesse... On ne partage son trésor, sa richesse qu'avec des gens capables d'en voir la beauté...

02 septembre 2014

Un jour comme les autres

Aujourd'hui, Gaspard a fait sa rentrée à la crèche. Bon, disons simplement qu'il a commencé la période d'adaptation qui durera deux semaines. Je ne suis pas spécialement inquiète. J'ai confiance dans la crèche et, pour être honnête, je suis impatiente de ne plus être qu'une maman. Bien sûr, je n'en mènerai sûrement pas large la première fois que Gaspard fera une journée complète à la crèche ou le jour de ma reprise mais le retour au travail, même pour quelques semaines, me fera le plus grand bien (toutes considérations sur mon patron mises à part, évidemment !).

Alors aujourd'hui, comme beaucoup de parents je suppose, j'ai pleuré.
Pas parce que Gaspard a fait sa rentrée à la crèche.
Parce qu'Élise n'a pas fait sa rentrée à la crèche. Parce qu'Élise ne fera jamais sa rentrée à la crèche, ni aucune autre rentrée.

 

Ce billet traîne depuis des semaines parmi les brouillons et aurait pu être complété encore longtemps avant d'être dévoilé. Mais je me suis dit qu'aujourd'hui, en tant qu'étape importante dans la vie de Gaspard, était le bon jour pour le publier.

Et après, on osera encore nous dire que "tout ça, c'est derrière nous"... Vous croyez que ça me, que ça nous (a) fait quoi, tout ça ?

  • Jouer uniquement avec Gaspard
  • Ne faire découvrir les joies de la piscine qu'à Gaspard
  • Choisir des vêtements uniquement pour Gaspard
  • Passer devant les rayons destinés aux petites filles sans pouvoir m'y arrêter
  • Tomber, dans le magasin où nous l'avons acheté, sur le body qu'Élise porte, là où elle est - le seul body qu'elle portera jamais
  • Entendre parler de notre deuxième enfant à venir
  • Faire ma première sortie "loisir" avec Gaspard uniquement
  • Dormir dans la chambre que l'un des grumeaux aurait occupée s'ils avaient été là tous les deux
  • Mettre à jour notre demande de place en crèche pour un enfant, et non plus deux
  • Ne réfléchir que par rapport aux grumeaux et par rapport à la grossesse quand j'entends parler d'évènements survenus en 2013 : "tout allait encore bien", "on savait déjà", "elle n'était plus là"
  • Enfiler à Gaspard sa première paire de Converse, celle qui figurait sur notre faire-part de grossesse, à côté des nôtres et surtout de celle destinée à Élise
  • Croiser une poussette double
  • Entendre parler d'une Élise
  • Accrocher le linge dans le jardin avec les épingles à linge que l'on avait utilisées pour notre faire-part de grossesse
  • Constater que la date de péremption de la barquette de margarine est le 24 mai
  • Enfiler le bonnet rayé à Gaspard, le même que porte Élise
  • Retaper le lit qui aurait dû être celui d'Élise
  • Aller sur la tombe d'Élise avec Gaspard dans les bras
  • Croiser une Élise
  • Imaginer conduire Gaspard à la mairie le jour de son mariage sans pouvoir imaginer mon mari en faire de même avec Élise
  • Regarder des parents rhabiller leurs jumeaux - fille et garçon, qui plus est - en attendant notre tour chez le pédiatre
  • Voir, dans un film, des roses blanches tomber sur le cercueil d'un enfant
  • Passer près de Pleucadeuc pendant nos vacances en Bretagne
  • ...

Cette liste est aussi décousue qu'incomplète. Elle aurait pu s'allonger indéfiniment car c'est tous les jours, dans tout ce que je fais avec/par rapport à/pour Gaspard, dans tout ce que Gaspard découvre, qu'Élise me manque.

Cette absurdité d'un jumeau sans sa jumelle, c'est comme un miroir sans reflet, c'est comme deux lignes parallèles mais dont l'une s'est arrêtée beaucoup plus tôt que l'autre, beaucoup trop tôt.

Je raisonne encore souvent avec des phrases du genre "C'est la première fois que (...) depuis que (...)" ou "La dernière fois que (...), c'était (...)", où les (...) font évidemment référence à la grossesse et au début de l'histoire des grumeaux. Mais il me faudra encore du temps avant d'arrêter avec tous ces "Nous aurions dû/devrions être", "Elle devrait être/aurait dû", "Ils auraient dû/devraient être". Ce qui est certain, c'est que ce n'est pas ce mois-ci, mois de leur premier anniversaire, que j'y arriverai.

Larme

Posté par Tannabelle à 14:29 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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