25 mai 2015

Cherchez l'erreur

Aujourd'hui, comme tous les jours, Gaspard a pris son goûter.

Aujourd'hui, c’était au grand air.
Après un bon week-end en famille dans le Nord.
Sous le soleil.
Pendant que Hector faisait la sieste à côté de lui.
En jouant à ramasser les cailloux et à les mettre dans les mains de Papi-Mamie.
À l'occasion d'une halte sur le chemin du retour.

Et surtout, aujourd'hui, c'était sur la tombe de sa sœur.

Réflexion

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24 mai 2015

24

Mon "bébé de droite" devenait un petit garçon.
Mon "bébé de gauche" devenait une petite fille.
Seul mon mari devait connaître le sexe des grumeaux avant leur naissance. Mais l'échographiste, après avoir commencé par le bébé de droite et après en avoir révélé le sexe à mon mari à l'abri de mes yeux et de mes oreilles, avait pensé à voix haute, toute concentrée qu'elle était sur ce qu'elle était en train de découvrir et de comprendre : "Pour la petite fille, c'est plus compliqué", avait-elle gaffé, d'un air sérieux. Une phrase, quatre informations : ce bébé est une petite fille, l'autre bébé est un petit garçon, ce bébé ne semble pas aller bien, l'autre bébé semble aller bien.

Mon "bébé de droite" devenait Gaspard.
Mon "bébé de gauche" devenait Élise.
Les prénoms de nos bébés étaient déjà choisis en fonction des trois "combinaisons" de sexes possibles. Mais nous ne devions les appeler par leurs prénoms qu'à leur naissance.

Mon "bébé de droite" restait un bébé a priori en bonne santé.
Mon "bébé de gauche" devenait effectivement un bébé malade, malformé, anormal.
Dans tous ces qualificatifs devenus indissociables d'Élise, il y a le mot "mal". Ne pas être en bonne santé, c'est mal. Ne pas être correctement formé, c'est mal. Ne pas être dans les normes, c'est mal. De là à dire qu'Élise était l'incarnation du Mal, que le Mal était en elle...

Tout cela s'est passé un 24 mai. Le 24 mai 2013. Il y a 24 mois.

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23 avril 2015

Gaspard et Hector prennent l'avion

Aujourd'hui, c'est la première fois que nous prenons l'avion avec (et depuis) Gaspard et Hector. Pour Hector, je ne suis pas inquiète : un câlin, une tétée et les 90 minutes de vol devraient passer vite. Pour Gaspard, le temps lui paraîtra sans doute plus long.

Alors, au cas où mon petit crapaud dérangerait nos voisins, nous avons pris les devants pour essayer de les mettre dans de bonnes dispositions à notre égard, à travers de petites "pochettes détente" destinées à notre voisinage immédiat, à l'aller et au retour.

Au menu : des petites friandises, des mots croisés (personnalisés autour de Gaspard, Hector et notre voyage) avec un crayon pour chacun (merci Monsieur-le-fabricant-de-meubles-suédois !) et... des boules Quies ! ^^

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15 avril 2015

Franck

Franck, c'est le sage-femme qui s'est occupé de nous le 18 septembre 2013 et le 9 février 2015. Un pur hasard, une heureuse coïncidence, le destin qui se trouve pris de remords ? Peu importe. Nous avons été heureux de croiser sa route il y a bientôt 19 mois et de la croiser à nouveau il y a un peu plus de 2 mois.

Franck, c'est cet homme qui exerce un "métier de femme", auprès des femmes.
Franck, c'est celui qui sait se montrer à la fois présent et discret, impliqué et pudique, rassurant et respectueux.
Franck, c'est celui qui sait trouver les mots ou le silence qu'il faut quand il faut.
Franck, c'est celui qui connaît notre histoire et sait quoi en faire.
Franck, c'est celui que le destin a mis sur notre chemin pour deux des dates les plus importantes de notre vie.
Franck, c'est celui qui fait partie de notre histoire et de l'histoire de nos enfants.
Franck, c'est l'un de ceux qu'Élise a entendus en dernier avant de mourir.
Franck, c'est l'un de ceux que Gaspard a entendus en dernier avant de naître.
Franck, c'est celui que Hector a vu en premier.

Je me souviendrai toute ma vie de la douceur et du respect avec lesquels Franck s'est occupé de moi, de mon mari, d'Élise et Gaspard, de ses gestes rassurants, de ses yeux remplis d'empathie.

Je me souviendrai aussi toute ma vie des regards que nous avons échangés avec Franck à l'instant où Hector est né, des plaisanteries que nous avons partagées avec lui pendant l'accouchement, de son regard complice lorsque j'ai dit à Hector qui venait de naître qu'il était aussi brun que sa sœur.

Rien que de repenser aux moments si forts, si intenses que nous avons partagés avec lui m'émeut aux larmes. Je suis tellement heureuse d'avoir recroisé sa route.

merci

Mon seul regret, c'est de n'avoir pas osé lui demander de faire une photo de ou avec lui au moment où nous nous sommes quittés dans la nuit du 9 au 10 février 2015, moi dans le lit, Hector dans son berceau, mon mari à côté de moi et lui sur le pas de la porte de la chambre. Regret que je nourrissais chaque jour jusqu'à ce 14 février où j'ai eu la joie de découvrir (grâce à une amie qui m'a transmis l'information) qu'il était à l'honneur dans un reportage diffusé sur M6. Grâce à cette vidéo, nous pourrons garder une image de lui ; mieux, nous pourrons même nous remémorer sa voix et sa douceur, en écho à ce que nous avons vécu avec lui. Quel réconfort pour nous qui savons si bien que tous les souvenirs finissent par s'effacer, même les plus beaux, même les plus précieux...

06 avril 2015

Ils les font

Élise, c'était tout de suite.

Gaspard, c'était à 3,5 mois à peine. Je m'en souviens : c'était pour la nouvelle année 2014.

Et Hector, c'est à même pas 2 mois. C'est depuis vendredi.

...

...

Mais quoi donc ?!

...

...

Qu'ils font leurs nuits, pardi !

Dormir

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05 avril 2015

Longueur d'ondes

Cette semaine, nous avons reçu une carte de félicitations.
Pour la naissance du "petit frère de Gaspard".
Premièrement, je me demande pourquoi ne pas avoir souhaité la bienvenue à Hector en l'appelant par son prénom. La vedette, c'est quand même lui en tant que lui, non ?
Deuxièmement, quitte à désigner Hector par une périphrase, pourquoi avoir trahi la vérité ?!

Il me semble pourtant que le faire-part de naissance de Hector ne laissait aucun doute sur le fait qu'il avait un frère et une soeur...

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En plus, leur périphrase était la formulation idéale pour inclure Élise sans se poser de question : Hector est aussi le petit frère d'Élise, qu'elle soit vivante ou pas ! Si je m'écoutais, je leur renverrais leur carte corrigée avec la mention "et d'Élise" en rouge, comme à l'école !

Je pourrais comprendre que les gens soient mal à l'aise ou n'osent pas parler d'Élise si nous faisions nous-mêmes un tabou de son passage dans notre vie mais quel signal plus fort pouvions-nous envoyer que de l'inclure sur le faire-part de naissance de Hector ?! Mais certaines personnes ne captent pas nos signaux. Un problème de longueur d'ondes, probablement.

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Du haut de son étoile

Il y a longtemps que je suis via Facebook le dessinateur Jack Koch, qui se trouve être également un ancien instituteur, d'où le thème récurrent de l'enfance dans ses dessins.

Il y a quelques mois, j'avais vu passer un dessin mettant en scène un petit garçon assis sur une étoile et lançant un doudou à une petite fille. Malgré l'inversion des "rôles", j'avais évidemment pensé à Élise et Gaspard. J'ai alors contacté Jack Koch pour lui faire une demande spéciale, qu'il a acceptée : c'est ainsi que nous avons reçu, peu avant Noël dernier, notre dessin personnalisé.

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Et puis, cette semaine, après avoir vu défiler des dizaines d'autres scènes étoilées réalisées par Jack, j'ai été particulièrement touchée par l'un de ses dessins. Il m'a étreint le coeur à un point...

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Moi aussi, je voudrais lui parler.

Comment vas-tu, là-haut ou là-bas ?
Comment c'est, chez toi ?
Est-ce qu'il fait bon être morte sur ton étoile ?
Je connais plein de petits enfants comme toi, qui n'ont pas pu vivre. Est-ce que tu t'es fait des amis parmi eux ?
On ne se moque pas trop de toi ? De ta double fente labio-palatine, de ta grosse tête, de tes yeux trop écartés, de tes petites oreilles placées trop bas ? Les enfants sont souvent moqueurs entre eux ici-bas, mais peut-être pas chez toi.
Est-ce que tu nous vois ?
Est-ce que tu sais à quel point tu nous manques ?
Est-ce que tu as vu que ton petit frère a dormi 7 heures d'affilée cette nuit ?
Est-ce que nous te manquons ?
Est-ce qu'il y a des saisons chez toi ?
Est-ce que tu entends ton frère jumeau prononcer ton prénom ?
Est-ce qu'il y a la nuit et le jour chez toi ?
Est-ce que tu connais le chaud et le froid, la faim et la soif ?
Est-ce que tu nous en veux ?

 

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01 avril 2015

Faire-part

Comme pour le faire-part des grumeaux, nous nous sommes posé des questions pour le faire-part de Hector, par rapport à Élise.

Comment inclure Élise sans "plomber" ce faire-part joyeux ?
Comment inclure Élise tout en faisant de ce faire-part celui de Hector, pleinement ?
Comment inclure Élise et Gaspard sur un pied d'égalité ?

Très souvent, ce sont les aînés qui "ont la joie d'annoncer" l'arrivée de leur petit frère ou petite sœur. Nous souhaitions nous inscrire dans cette lignée mais, contrairement à Gaspard, Élise ne pouvait évidemment pas "annoncer" l'arrivée de son deuxième petit frère.

Nous avons donc contourné ce problème grâce à une autre formulation qui ne faisait, syntaxiquement parlant, pas de différence entre Élise et Gaspard.
Quant aux hiboux, ils n'ont pas de signification particulière ; nous les trouvions simplement mignons et assez "dépersonnifiants" pour représenter notre famille de façon à la fois joyeuse et complète.
Nous avons également choisi des couleurs vives, toujours dans cet esprit de réjouissance, et volontairement évité les étoiles (symbole d'Élise), histoire que ce faire-part soit bien celui de Hector.

Et enfin, comme nous souhaitions qu'Élise soit présente au même titre que Gaspard, mais avec une référence aussi subtile que possible à son destin particulier, nous avons choisi d'inclure une citation faisant allusion à la fois au drame que nous vivons (c'est volontairement que j'emploie le présent et non le passé composé) et au fait que nous avançons malgré tout : une piqûre de rappel pour ceux qui voudraient reléguer Élise aux oubliettes ou qui pensent que nous restons dans le passé en continuant à parler d'elle.

La vie, ce n'est pas d'attendre que l'orage passe, c'est d'apprendre à danser sous la pluie.

La pluie, c'est notre Élise ; et ce sont Gaspard et Hector qui nous apprennent à danser...

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18 février 2015

Rien n'y fait

Il y a 17 mois, nous donnions la mort et nous donnions la vie.
Il y a 9 jours, nous donnions à nouveau la vie.

Tes frères nous comblent de bonheur mais ne comblent pas le vide que tu as laissé.

Tu me manques. Je t'aime.

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30 janvier 2015

Oiseau de nuit

Depuis le 02 janvier, Gaspard dort mal. Il s'endort très bien mais se réveille toutes les nuits ou presque. En 4 semaines, il a dû nous faire 3 bonnes nuits (et encore, nous avons revu nos critères "bonne nuit" à la baisse ces derniers temps). 3 sur 27, c'est faible comme statistique pour un bébé qui dormait si bien : "peut mieux faire", comme dirait l'autre.

Pourquoi ?

Au début, nous avons cru que c'était à cause du changement de rythme. Les vacances de Noël touchaient à leur fin, cela faisait une dizaine de jours qu'il n'était pas allé à la crèche et que son rythme, bien que nous ayons essayé de ne pas trop le décaler, avait été perturbé.

Puis nous avons imaginé que c'était lié à toutes les émotions vécues pendant ces vacances : Noël, les cadeaux, la "fête", les papis/mamies/tontons/tata, les quelques jours passés ailleurs que chez lui.

Ensuite, à la crèche, on nous a parlé de l'arrivée imminente de son petit frère, qu'il doit sentir sans la comprendre.

Et pour finir, la dernière hypothèse en date repose sur une otite. Tous les symptomes concordaient ; le pronostic s'est vérifié chez le médecin il y a 10 jours. Par acquit de conscience, son sommeil ne s'étant amélioré ni pendant ni depuis le traitement, nous sommes retournés chez le médecin ce soir : l'otite n'est toujours pas guérie ou a récidivé.

Nous espérons donc que l'une des deux dernières théories est la bonne (voire les deux ensemble). Nous aurions ainsi une explication et surtout une échéance - même imprécise - pour chacune des deux : la guérison de l'otite dans un cas, l'arrivée d'Hector dans l'autre.
Bien sûr, nous restons lucides malgré tout : sans parler des quelques jours où je serai à la maternité avec Hector, notre retour à la maison risque de désamorcer certaines choses dans la tête de Gaspard... tout en en amorçant d'autres ! ;-)

Comment ?

Gaspard se réveille donc pour ainsi dire toutes les nuits. Jamais à la même heure mais toujours en pleurs. Il y a (eu) quelques nuits où rien n'y (a) fait : seul le fait de dormir avec nous avec moi sur moi (et sur Hector, du coup) réussi(ssai)t à le calmer. Mais la plupart du temps, rester à côté de lui en attendant qu'il se calme et se rendorme seul suffit. Et c'est précisément à ce moment qu'il faut savoir rester humble, car entre le moment où il se rendort et celui où je regagne le lit conjugal, le temps semble ralentir. Le chemin ressemble alors étrangement au parcours d'Indiana Jones jusqu'au Graal dans La dernière croisade : une succession d'épreuves où chaque victoire semble dérisoire au regard de l'obstacle suivant.

  1. D'abord, il vous faut patienter sur le petit tabouret en bois placé à côté de son lit. Patienter avec bienveillance et abnégation. Patienter jusqu'à voir ses petites mains s'immobiliser sur les fesses de Simon-le-lion après les avoir malaxées, tripotées, palpées, caressées, papouillées en long, en large et en travers. Patienter jusqu'à deviner, dans la pénombre de la chambre que seul le réverbère de la rue éclaire, ses paupières parfaitement closes et libérées de tout tressaillement. Patienter surtout jusqu'à entendre sa respiration ralentir et trouver un rythme ensommeillé, le signal ultime que "Grand-mère à poussière" (comme on dit chez moi) rôde bel et bien autour de son lit.
  2. Ensuite, il faut vous relever du tabouret sans prendre appui sur quoi que ce soit, ni sur la commode qui grince pourtant de façon presque inaudible, ni sur les barreaux de son lit dont les craquements ressembleraient, pour ses oreilles et son cerveau en plein endormissement, à un orage de juillet en Dordogne. Vous ne pouvez alors compter que sur les muscles de vos cuisses pour passer de la position assise à la station debout, tout en faisant semblant d'ignorer que, à 8 mois de grossesse passés, vos abdos sont aux abonnés absents depuis un petit moment déjà et que votre centre de gravité s'est légèrement déplacé.
  3. Une fois la position debout atteinte, le jeu consiste à parcourir les 2,5 mètres qui séparent le lit de la porte sans un bruit. Les règles sont plus simples à comprendre qu'à appliquer :
    • Prendre une grande inspiration pourtant bien méritée après l'épreuve du tabouret : interdit.
    • Renifler, flatuler, tousser, éructer, éternuer : prohibé.
    • Faire craquer vos articulations en marchant, même malgré vous, même celles du petit orteil : défendu.
    • Faire retentir de tout petits "pop" en décollant trop vite vos talons du sol : proscrit.
    • Un seul mot d'ordre : millimétrer le moindre de vos mouvements. Qu'importe si votre vitesse de déplacement moyenne pour ce trajet de 250 cm ne dépasse pas les 0,3 km/h : en pareilles circonstances, mieux vaut préférer la sécurité à la célérité, l'enjeu est trop important.
  4. Lorsque vous êtes arrivée à la porte de la chambre, la plus grosse méprise serait de vous croire arrivée-tout-court car cette étape dissimule deux pièges. À ce stade, il faut en effet vous garder de refermer la porte trop vite, au risque que le changement soudain de luminosité (rappelez-vous le réverbère qui envahit la chambre de son obscure clarté) (oui, passer de la pénombre à l'obscurité, ça fait une différence pour un cerveau à peine endormi) ou le brusque appel d'air ne vienne chatouiller les yeux ou le visage du petit être qui donne tant de fil à retordre au marchand de sable - à la marchande de sable, en l'occurrence.
  5. Après avoir refermé la porte en douceur, il vous reste encore la poignée à actionner avec non moins de délicatesse. Votre chance, à cette étape cruciale, c'est qu'elle ne fait pas de bruit. Vous pourriez aussi vous contenter de tirer la porte au maximum sans la fermer complètement mais vous ne faites tout simplement pas confiance à votre chat qui, s'il semble indifférent voire fuyant la journée, pourrait très bien être pris d'une irrésistible curiosité en pleine nuit. C'est que c'est stupide imprévisible, un chat.
  6. Une fois toutes ces étapes franchies avec succès, vous pouvez légitimement 1) vous féliciter, 2) vous détendre mais surtout 3) rester concentré car c'est l'épreuve ultime qui vous attend à présent : descendre l'escalier en bois dans le noir sans vous casser la figure sans faire craquer les marches. Et pour y parvenir, vous pouvez là encore compter sur un élément inhérent à votre état actuel : votre pas aussi léger et gracieux que celui d'un pachyderme gavé au McDo depuis six mois (le McDo, c'est juste pour l'image car en réalité je m'efforce de manger de façon saine et équilibrée. La preuve, je n'ai pris "que" 10 kg, dont 4 ces 5 dernières semaines, c'est vrai, mais c'est "la faute à Noël" et au fait que je me suis un peu relâchée depuis le début de mon congé maternité, vu que j'étais persuadée d'accoucher bien avant terme). Mais, là encore, la chance est au rendez-vous : l'expérience vous a appris qu'en marchant sur la pointe des pieds sur les extrêmités des marches et le plus près possible du bord, les craquements du bois sont beaucoup plus discrets et n'atteignent donc pas les petites oreilles de l'autre côté du mur.
  7. Lorsque vous avez descendu ces 17 marches (vous auriez juré qu'il y en avait au moins le triple mais vous avez compté maintes et maintes fois), vous pouvez reprendre votre respiration et retrouver votre démarche habituelle pour regagner votre lit, où vous attend bien sagement votre mari (si tant est que l'on puisse dire de quelqu'un qui dort à poings fermés qu'il "vous attend").
  8. Enfin, vous pouvez vous rendormir, satisfaite du devoir accompli et soulagée de n'avoir passé que 78 minutes de votre nuit à rétablir l'ordre des choses qui prévalait encore il y a quelques semaines.

Et c'est au moment précis où vous fermez les paupières que vous entendez à nouveau les pleurs paniqués du petit être qui a décidé de vous faire tourner en bourrique. Lasse à l'idée de recommencer tout le cirque déjà mis en œuvre cette nuit-là, vous vous précipitez dans sa chambre, l'attrapez avec douceur mais détermination, et redescendez vous coucher dans le canapé, là où vous ne réveillerez pas votre mari, où vous pourrez trouver une position confortable à la fois pour vous et votre bidon, et où le petit être pourra se rendormir du sommeil du juste, lui, blotti tout contre vous, jusqu'au lendemain matin 7h00... sauf s'il estime, de sa propre initiative, que 5h23, c'est une bonne heure pour avoir fini sa nuit et être au taquet.

Oui, mais...

  • Pourquoi est-ce moi qui, à près de 9 mois de grossesse, me coltine ces nuits peu reposantes et aléatoires ?

Parce que, contrairement à mon mari, je ne bosse pas le lendemain (le week-end, je lui passe volontiers le relais - relais qu'il accepte lui aussi volontiers) et que je peux faire une des siestes dans la journée.
Et aussi parce que (et ça se vérifie encore plus ces derniers jours) Gaspard semble me rechercher et me réclamer un peu plus que son père en ce moment, au point qu'il n'arrive parfois à se calmer que dans mes bras.

  • Pourquoi est-ce qu'on ne passe pas directement au plan B (également appelé "solution canapé"), ce qui écourterait un peu moins la nuit ?

Parce que nous ne voulons pas lui donner l'habitude de finir dans le canapé dès qu'il pleure ou se réveille la nuit.
Et parce que nous avons toujours l'espoir que cette mauvaise période ne soit justement qu'une mauvaise période et que notre plan A ("le laisser se rendormir tout seul") redevienne LA solution, comme lorsque ses réveils nocturnes ne sont qu'occasionnels.

Optimisme
Malgré la faute de français, cette phrase m'a bien fait rire.
Comme quoi, fatigue et auto-dérision ne sont pas incompatibles.

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