14 avril 2016

On est bien peu de chose

Après l'hospitalisation de Hector la semaine dernière pour déshydratation, Gaspard a manqué de s'étouffer en mangeant ce soir... Au final, ils vont bien et c'est l'essentiel, mais il suffit de peu de choses pour que la fragilité de la vie se rappelle à nous...

Une gastro un peu virulente, une banale fausse route et les sentiments les plus oppressants remontent à la surface, charriant avec eux l'idée que tout peut - de nouveau - basculer...

Le deuil périnatal, c'est avoir tatouée dans son âme la certitude que l'idée de perdre un enfant peut devenir réalité.
Le deuil périnatal, c'est cette lucidité qui nous étreint le cœur à la moindre alerte.
Le deuil périnatal, c'est avoir gravée en soi l'idée que rien n'est acquis, jamais.

 

Le titre que j'ai choisi spontanément pour ce billet me rappelle une chanson que j'aimais déjà beaucoup avant Élise et qui résonne encore plus depuis elle :

On est bien peu de chose
Et mon amie la rose
Me l'a dit ce matin

À l'aurore je suis née
Baptisée de rosée
Je me suis épanouie
Heureuse et amoureuse
Aux rayons du soleil
Me suis fermée la nuit
Me suis réveillée vieille

Pourtant j'étais très belle
Oui j'étais la plus belle
Des fleurs de ton jardin

On est bien peu de chose
Et mon amie la rose
Me l'a dit ce matin

Vois le dieu qui m'a faite
Me fait courber la tête
Et je sens que je tombe
Et je sens que je tombe
Mon cœur est presque nu
J'ai le pied dans la tombe
Déjà je ne suis plus

Tu m'admirais hier
Et je serai poussière
Pour toujours demain

On est bien peu de chose
Et mon amie la rose
Est morte ce matin

La lune cette nuit
A veillé mon amie
Moi en rêve j'ai vu
Éblouissante et nue
Son âme qui dansait
Bien au-delà des nues
Et qui me souriait

Crois celui qui peut croire
Moi, j'ai besoin d'espoir
Sinon je ne suis rien

Ou bien si peu de chose
C'est mon amie la rose
Qui l'a dit hier matin


22 décembre 2015

Trois en un

Eh oui, je vais encore vous rapporter les propos de Gaspard ! Toujours pour les mêmes raisons : il est une source intarissable qui m'évite, en ces temps où ma fatigue est inversement proportionnelle à mon moral, la peine de mettre en mots et en forme les autres billets qui prennent la poussière dans mes brouillons.

J'en profite pour officialiser une nouvelle catégorie, qui, au vu de la prolixité de Gaspard qui ne fait sans doute que commencer, devrait être alimentée régulièrement par lui et probablement son frère dans quelque temps. J'ai nommé "Eux et Elle".

Samedi dernier donc, Gaspard a remporté le tiercé dans le désordre : il m'a émue aux larmes trois fois en quelques heures en parlant de sa sœur... Émue parce qu'elle n'est pas là. Émue parce qu'elle existe pour lui.

 

La première fois, c'était à propos du sapin. Chacun de nos trois enfants a "sa" boule dans le sapin. Gaspard cherchait la sienne et s'est réjoui de la trouver. Il a ensuite cherché celle de son frère, avant de la lui montrer puisque Hector était près de lui à ce moment-là. Il a alors cherché celle de sa sœur et, au moment où il l'a repérée, il s'est tourné vers le petit coin d'Élise dans notre bibliothèque en s'écriant : "Élise ! Élise ! 'garde Élise !".

*****

La deuxième fois, c'était à propos du petit nounours qu'il a eu en cadeau à l'occasion de la fête de la crèche la veille. Innocemment, je lui ai demandé comment il s'appelait. Et Gaspard de me répondre du tac-au-tac : "Élise !". Je ne m'y attendais tellement pas que je n'ai pas su quoi dire ou quoi faire. Je ne sais pas s'il vaudrait mieux éviter, pour empêcher toute confusion, ou si cela reste anodin. Heureusement, ce fameux nounours a déja changé trois fois de nom depuis ; il importe donc peu - pour l'instant du moins - que je n'aie toujours pas la réponse à cette question.

*****

La troisième fois, c'était à propos des larmes d'Élise. Alors que nous regardions encore le ciel étoilé et la lune, Gaspard a enchaîné sans transition : "Pas pleure Élise" (qu'il faut comprendre comme "Ne pleure pas Élise"). S'en est alors suivie cette conversation :
- Elle pleure, Élise ?!
- Oui.
- On ne sait pas si elle pleure... Mais à ton avis, pourquoi elle pleure, Élise ?
- Est tombée Élise.
- Où ça ?
- Pa' terre là.
- Ah bon. Le pire, c'est qu'on ne peut même pas la voir pour la réconforter.
- Vais c'erc'er Élise moi.
- On ne peut pas aller la chercher, tu sais.
- Attends Élise moi.
- ...
 
Une fois de plus, je n'ai pas su quoi lui dire. Mais je n'ai pu m'empêcher de penser qu'il allait l'attendre longtemps...

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14 décembre 2015

À côté d'elle

Aujourd'hui, je vais - encore - vous rapporter ce que Gaspard nous a dit. Quand je vous dis qu'il est une vraie pipelette ! Et puis cela m'arrange bien qu'il nourrisse mes billets, puisque je n'ai toujours pas retrouvé l'énergie d'écrire plus longuement.

Ce soir, en rentrant de la crèche à pieds, tous les quatre, nous avons pris le temps de nous arrêter devant les maisons décorées et illuminées, de chercher les marrons et les vers de terre, d'admirer les Père Noël en train d'escalader les grillages et autres clôtures, de regarder les oiseaux voler au-dessus de nos têtes, de guetter le petit chat que nous avions vu à l'aller ce matin... et de lever les yeux vers la lune qui commençait à apparaître.

Et Gaspard de s'exclamer : "C'est la lune à Élise !"

Je ne sais pas si nous faisons comme il faut, mais pour l'instant, tu places Élise au même endroit que nous, mon Crapaud...

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12 décembre 2015

Si nous avions pu...

Ce soir, au milieu d'une phrase anodine, Gaspard a capté le mot "réparer". Fidèle à sa réputation de pipelette, il s'est alors amusé avec.

"Réparer Gaspard moi !
Réparer Papa moi !
Réparer Hector moi !
Réparer Élise moi !"

- On ne peut pas réparer Élise, tu sais. Si nous avions pu, nous l'aurions fait...
- Veux réparer Élise moi.

Si nous avions pu...
Mais nous n'avons même pas essayé...

01 décembre 2015

Lumière

Il y a des semaines - une éternité, en somme - que je n'ai pas publié ici. Ce ne sont ni l'envie, ni l'inspiration, ni le besoin qui manquent : ce sont le temps et l'énergie qui font défaut. Je ne désespère pas de retrouver prochainement et régulièrement l'occasion de m'épancher ici.

En attendant, j'avais envie de vous rapporter une bribe de la conversation que j'ai eue avec Gaspard ce soir.

Alors que je m´apprêtais à mettre Hector en pyjama dans sa chambre, j'ai demandé à Gaspard :

- Tu veux bien allumer la lumière de Hector, s'il te plaît ?
- Oui !
- Merci, Gaspard !
Il s'est empressé de le faire, avant de se précipiter dans sa chambre et de revenir me voir quasiment aussitôt :
- A'umé ma 'umière aussi moi.
- Tu as allumé ta lumière ?
- Oui.
- Super !
- Est où 'umière à 'Etor ?
- Ben elle est là, tu viens de l'allumer.
- Ah oui. Est où ta 'umière à toi ?
- Elle est où ma lumière ?
- Oui.
- C'est vous ma lumière.
- Ah.

Juste des paroles d'une maman amoureuse de ses enfants, mais cette idée de lumière m'a fait du bien... et m'a rappelé ces paroles de Leonard Cohen que j'aime tant (Leonard Cohen et ces paroles) :

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There is a crack in everything
That's how the light gets in

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03 octobre 2015

Une grande claque...

Ce soir, mon mari et moi nous sommes pris une grande claque, sans l'avoir vue venir.

Hector était couché. Nous finissions le repas avec Gaspard. Nous en étions au fromage et, contre toute attente, notre petit "fromagivore" a tout-à-coup délaissé son morceau de chèvre pour nous annoncer sans préambule qu'il voulait aller dormir. Nous l'avons fait répéter et, devant sa réponse déterminée, nous nous sommes dit qu'il ne fallait pas manquer cette occasion.

Au moment de quitter la table, il a répété "Élise", "va voir", signalant ainsi qu'il voulait aller regarder l'une des photos d'Élise qui est affichée dans un cadre pêle-mêle au-dessus de notre canapé. Parmi les 28 photos qui composent ce cadre, seules trois concernent Élise ; parmi ces trois photos, deux sont symboliques puisqu'elles représentent l'une sa tombe, l'autre une bougie que nous avions allumée pour elle dans la cathédrale de Calvi lors de nos dernières vacances. Tout ça pour dire qu'il n'y a qu'une seule photo d'Élise elle-même dans ce cadre et c'est précisément celle-là qu'il voulait regarder ce soir, alors qu'il s'extasie d'habitude devant celle où il regarde les poules du voisin de ses grands-parents.

Mon mari et moi, un peu pris de court, l'avons laissé faire. Il est monté sur le canapé et n'arrêtait pas de répéter "Élise" en regardant et désignant sa photo. Les larmes ont commencé à ruisseler sur mes joues, en silence. Mon mari l'a rejoint sur le canapé. Je me suis approchée à mon tour. J'ai constaté que le silence de mon mari avait la même origine que le mien. C'est alors que, pour la première fois, Gaspard a réclamé "bisou Élise". Alors que mon mari finissait de s'effondrer en larmes, j'ai porté Gaspard pour qu'il soit à hauteur de la photo d'Élise et puisse l'embrasser.

Lorsque je l'ai reposé sur le canapé, il a associé les mots "a mal" et "Élise". C'est difficile dans ces cas-là de l'aider à nous faire comprendre ce qu'il veut dire sans orienter ou induire quoi que ce soit. Nous avons fini par supposer qu'il imaginait qu'Élise avait mal, probablement à cause de la fente labio-palatine qui la défigure et donne à son nez et sa bouche la couleur du sang.

Mon mari s'était isolé dans notre chambre pour pleurer, j'étais moi-même en larmes alors que Gaspard était encore dans mes bras. Je me suis alors empressée de lui expliquer que son papa et moi ne pleurions pas à cause de lui mais parce que nous étions émus qu'il parle d'Élise, parce que nous étions tristes qu'elle ne soit pas là. Je l'ai rassuré en lui disant que même si ça nous fait pleurer, ce n'est pas grave, qu'il peut continuer à parler d'elle, quand il veut, où il veut, comme il veut. Ma plus grande hantise serait qu'il se censure ou étouffe ses sentiments pour nous préserver. Ce n'est pas à lui de nous protéger.

C'est arrivé ce soir alors que nous avions décidé de moins lui parler d'Élise, pour voir si cela l'aidait en quoi que ce soit, bien que nous n'ayons pas l'impression de lui en parler trop.
C'est arrivé ce soir, alors que nous n'avions pas parlé d'Élise aujourd'hui.
C'est arrivé ce soir alors que, jusqu'à hier, il croyait qu'Élise faisait dodo sur cette photo, ce que nous avions immédiatement et systématiquement corrigé.

Qu'est-ce qu'il se passe dans ta tête, mon Crapaud ? À quoi tu penses ? Qu'est-ce qui t'a fait penser à Élise ce soir ? Pourquoi as-tu voulu embrasser sa photo ?

Ce soir, mon mari et moi nous sommes pris une grande claque. Mais ce n'est sans doute que la première...

Réflexion

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19 septembre 2015

Miam miam !

Pour le premier anniversaire des grumeaux, nous avions voulu faire ça entre nous. À trois.

Cette année, comme Gaspard se rend plus compte de ce qui se passe et de ce qui l'entoure, nous avons décidé de lui organiser un "vrai" anniversaire avec nous, ses papis-mamies, sa tata et l'un de ses tontons, et en pensée avec son autre tonton qui ne pouvait se joindre à nous.

Qui dit anniversaire, dit repas d'anniversaire. Plutôt que de nous lancer dans une cuisine élaborée que nous ne maîtrisons pas, de prendre des choses toutes faites ou de commander chez un traiteur, nous avons préféré ne préparer que des choses simples et qu'il aime, en misant sur le visuel.

Pour l'apéritif, je remercie mon amie diététicienne qui m'a laaaaaaargement inspirée :-)

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Pour le plat, rien que du simple mais efficace... un gratin de pâtes ! Tellement simple qu'il n'a pas mérité de photo.

Pour le fromage, que du bon qui venait en partie de chez nous.   

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Pour le dessert, c'est son (et mon !) goût pour le chocolat qui m'a guidée : mousse au chocolat (à l'emporte-pièce + le surplus en coupelles) et gâteau caché chocolat-noisette-amande.

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Je crois que tout le monde a apprécié, surtout mon Crapaud : c'est le plus important !

Et bien sûr, ma Princesse des étoiles était elle aussi présente à sa façon...

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Deussan...

... et pas toutes tes dents, mais une langue bien pendue !

D'ailleurs, tu parles de mieux en mieux le français, tout comme nous parlons de mieux en mieux le gaspard : il paraît qu'un jour nous nous rejoindrons dans un langage parfaitement et complètement commun. En attendant, par exemple, quand quelque chose est fermé et te résiste, tu demandes à ce qu'on loul et au milieu de ton ventre, tu as un bribril.

A table, tu adores le momage et les fuits. L’ordre dans lequel on les mange t'importe peu. Si on t’écoutait, je crois même que tu avalerais du Maroilles en même temps qu’une banane, que tu dégusterais du camembert et une pêche à la fois ou que tu engloutirais Chaource et raisin simultanément.

Dans la rue, tu adores les motos, les camions, les tunnels et les klaxons.
Si tu vois à la fois une moto et un camion, tu es aux anges.
Si tu vois une moto et un camion dans un tunnel, tu ne réponds plus de rien.
Si tu vois une moto et un camion dans un tunnel et que tu entends un klaxon, tu es en transe.

Chez les animaux, tu t'extasies devant les cococotiles, les vevals et les vevaux.
Je pense que tu auras un choc le jour où tu comprendras que les vevaux et les vevals, c'est le même animal.

Tu adores imiter le chien en enchaînant 23 aboiements.
Tu adores imiter le chat en plissant les yeux.
Tu adores imiter le singe en t’épouillant la tête.
Tu adores imiter la poule en secouant ton popotin.
Tu adores imiter le canard en te pinçant le nez.
Mais je ne connais personne qui imite le flamant rose comme toi !

Pour obtenir un bisou de toi, il suffit de te dire en souriant « il y a longtemps ».
Au début, il fallait te dire « Il y a longtemps que tu ne m’as pas fait de bisou » mais au bout de quelques fois, tu avançais les lèvres dès les premiers mots. Alors, par fainéantise, nous avons raccourci notre formule de réclamation de bisou !

 

Quand nous te demandons quel âge tu as, tu nous réponds "couss". Nous n'avons toujours pas identifié le vrai mot qui se cache derrière.
Quand nous te redemandons quel âge tu as, tu nous dis "deussan". Ça nous parle déjà plus, mais nous t'avons prévenu : la bonne réponse risque d'évoluer régulièrement.

Alors... joyeux deussan mon Crapaud !

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17 septembre 2015

À deux mots du bonheur

Samedi, contrairement à l'an dernier, nous fêterons l'anniversaire de Gaspard en famille. Pour faire passer Gaspard avant nous. Mais nous ne fêterons pas l'anniversaire d'Élise, puisqu'un anniversaire c'est quand on grandit ou qu'on vieillit mais Élise n'a jamais grandi ni vieilli et ne grandirai ni ne vieillira jamais.

Hier soir, alors que mon mari et moi parlions de l'organisation de cet anniversaire, j'ai fondu en larmes, en disant à mon mari que je prenais énormément sur moi pour le préparer.

Il a essayé de me réconforter par ces quelques mots : "C'est pour Gaspard."

Je lui ai répondu : "Il manque deux mots dans cette phrase."

Et il manquera toujours deux mots dans cette phrase, dans leur anniversaire, dans notre famille.

Larme

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15 septembre 2015

Et tous les deux ?

Alors que je suis son blog depuis quelque temps déjà, j'ai découvert ce soir ce billet d'un papa de jumelles (et d'une grande soeur) :

http://www.papacube.com/2012/05/reveil-de-nuit.html

De là à dire - sans dimension psychologisante - que c'est Élise qui manque au sommeil de Gaspard... Comment se seraient passées les nuits si Élise avait été là ?

Cette question fait partie de celles que nous nous poserons toujours, de celles qui n'auront jamais de réponse, de celles que nous ne pouvons nous empêcher de nous poser.
Parce que la grossesse des grumeaux - avant qu'elle ne bascule - avait allumé une flamme d'envie, d'impatience, d'excitation, de curiosité qui a été étouffée avant de s'embraser mais qui se consume encore, de façon presque imperceptible... Comment ça se serait passé s'ils avaient été là tous les deux ?...

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