17 juillet 2013

Accepter l'inacceptable

Légalement, c'est aux parents de demander l'interruption médicale de grossesse et aux médecins d'accéder ou non à cette demande. Mais dans ma tête, je ne peux admettre que nous demandions d'arrêter le cœur de notre fille. C'est pourquoi je parle toujours, en notre nom, d'accepter ou de refuser l'IMG. Vous pouvez trouver ça égoïste ou hypocrite mais c'est aussi une façon de se protéger...

Chemins

Accepter ou refuser l'IMG ?

Comment accepter que mon ventre devienne à la fois berceau et tombeau ?

Est-ce que j'ai le droit de refuser l'IMG juste parce que je veux m'épargner d'avoir à porter et mettre au monde un enfant mort ?

Comment accepter de laisser Élise grandir et vivre dans mon ventre si on la sait condamnée ?

Selon moi, on fait des enfants pour être heureux : est-ce que nous serons forcément malheureux si Élise est handicapée ?

Est-ce que nous avons le droit de ne pas accueillir Élise juste parce qu'elle ne rentre pas dans le moule de la vie de famille dont nous rêvions ?

Que deviendra Élise, lorsque nous ne serons plus là, si elle n'est pas autonome ?

Les médecins disent que, pour l'instant, Élise ne souffre ni physiquement, ni mentalement dans mon ventre. Mais qu'en sera-t-il si elle vient au monde ?
Est-ce qu'elle souffrira physiquement de sa dilatation ?
Si Élise est au moins partiellement consciente d'elle-même et de son environnement, est-ce qu'elle souffrira mentalement ? Est-ce qu'elle sera malheureuse ? Est-ce qu'elle nous reprochera de l'avoir laissée venir au monde ?

Ce n'est pas comme si Élise souffrait d'une pathologie fatale qui la rendrait non viable à plus ou moins court terme : c'est à nous de décider de vie ou de mort sur notre fille.

Accepter l'IMG, c'est penser à elle ou à nous ?

Dire que nous acceptons l'IMG pour elle, est-ce que ce n'est pas hypocrite ?

Si nous gardons Élise, il y aura toujours des gens pour nous reprocher la "vie au rabais" qu'on lui offre.
Si nous ne gardons pas Élise,il y aura toujours des gens pour nous reprocher de nous être débarrassés d'elle.

Accepter l'IMG...

Quand on nous demandera combien nous avons d'enfants, qu'est-ce que nous répondrons ? Comment se protéger sans nier l'existence d'Élise ?
Déjà aujourd'hui, je voudrais parfois répondre aux gens que je n'attends qu'un garçon, non pas pour nier et rejeter ma fille mais pour me protéger, pour l'après...
Qu'est-ce que nous allons dire à tous ces gens qui savent simplement que nous attendons des jumeaux quand nous les reverrons après l'accouchement ?

De façon un peu anecdotique et nombriliste, je me réjouissais tellement d'être une maman de jumeaux, que l'on devienne des parents un peu à part. Pour le coup, on va vraiment devenir des parents à part...

Alors que l'IMG n'est toujours pas une évidence pour moi (le sera-t-elle un jour ?...), j'ai l'impression qu'elle est de toutes façons inéluctable, que la décision d'accepter l'IMG ne vient pas et ne viendra pas de moi mais que je ne pourrai y échapper.

J'ai le sentiment d'être la seule à ne pas vouloir interrompre la vie d'Élise...  Mais peut-être que je m'en persuade pour me protéger, pour me donner "le beau rôle" de la mère courage qui est la seule à vouloir garder son enfant... Peut-être que je m'autorise à penser que je veux la garder parce que je sais qu'au fond de moi, ça n'arrivera pas... Je ne sais même plus faire la part des choses, au fond de mon cœur et de ma tête.

J'ai l'impression que l'IMG est inévitable et que c'est à moi de cheminer vers cette décision. J'ai l'impression que les semaines qui nous séparent de la fin de cette grossesse ne doivent pas me servir à savoir ce que je veux vraiment mais à accepter l'IMG.

 

Je ne veux pas qu'on nous dise que nous avons pris la bonne décision ; il n'y a pas de bonne décision.
Je ne veux pas qu'on nous dise que nous avons pris cette décision pour elle ; je n'en suis pas sûre.
Je ne veux pas qu'on nous dise que c'est mieux comme ça ; il n'y a pas de mieux dans cette histoire, il n'y a que du pire.
Je ne veux pas qu'on nous dise que nous nous en remettrons et que le temps fera son œuvre ; on ne se remet jamais de la perte d'un enfant.


Beaucoup de questions, quelques réponses

Suite à notre dernier rendez-vous avec le Professeur Marret avant notre semaine de répit, nous avions demandé à rencontrer à nouveau le Professeur Verspyck afin de discuter de l'interruption de grossesse, sans que cette demande d'entretien n'ait valeur de décision de notre part. Lors de notre rendez-vous d'hier, nous avons pu lui poser nos questions et obtenir quelques réponses.

Questions

Quand aura lieu l'IMG, dans notre cas ?
Comme le Professeur Marret nous l'a déjà expliqué et comme nous l'avons déjà bien compris : le plus tard possible, pour préserver Gaspard au maximum. Le Professeur Verspyck a été plutôt explicite concernant les risques liés à la prématurité, qu'avait évoqués le Professeur Marret : immaturité des organes, retard mental, retard moteur.
Cela veut dire que l'IMG puis l'accouchement auraient lieu, a priori, vers la deuxième quinzaine de septembre.

Si l'IMG est envisagée vers la mi-septembre, combien de temps avant devrons-nous communiquer notre décision ?
Quand nous le voudrons, quand nous serons prêts.

Combien de temps est-ce que je vais garder Élise morte dans mon ventre ?
Le Professeur Verspyck a parlé d'une quinzaine de jours entre l'IMG et l'accouchement mais nous n'avons pas bien compris pourquoi. À choisir, je préfèrerais que l'IMG et l'accouchement s'enchaînent le plus rapidement possible, quitte à retarder l'IMG.

Comment se passe l'IMG en elle-même ?
Comme pour une amniocentèse, ils introduisent une aiguille dans le ventre de la maman pour atteindre le bébé, lui injecter d'abord un produit anesthésiant puis un produit destiné à arrêter son cœur.
Lors de l'amniocentèse, j'avais réussi à rester calme et immobile mais je ne sais pas si je serai aussi forte pour un tel geste...

Est-ce que le papa pourra être présent à mes côtés lors de l'IMG ?
Le Professeur Verspyck nous a assuré que oui, ce qui nous a rassurés, la présence du papa n'étant pas possible dans certains hôpitaux, d'après les témoignages que j'ai déjà lus.

Est-ce que nous pourrons voir notre fille après l'accouchement ?
Le Professeur Verspyck nous l'a confirmé, précisant même qu'ils conseillaient aux parents de voir leur enfant, pour l'accueillir en tant qu'enfant et pour faciliter (si tant est que cela soit possible) le travail de deuil.

Est-ce qu'Élise sera autopsiée ?
Ils le proposent, c'est aux parents d'accepter ou non.
Nous savons déjà que nous souhaitons cette autopsie.
D'abord pour Élise et pour nous : pour essayer de déterminer ce qu'elle a et éventuellement écarter tout risque, s'il existe et s'il est décelable, de récidive lors d'une prochaine grossesse.
Ensuite pour les autres : pour qu'Élise puisse aider, dans une infime mesure, la recherche.

Est-ce que nous pourrons passer une échographie 3D avant l'accouchement pour nous préparer à l'apparence physique d'Élise ?
Le Professeur Verspyck n'a répondu ni par la négative ni par l'affirmative (comme à son habitude) mais nous avons bien compris qu'il n'y voyait pas forcément d'intérêt. Selon lui, même en cas d'anomalies physiques aussi marquées et visibles que celle(s) d'Élise, les parents ne sont pas traumatisés par l'apparence de leur enfant.

Est-ce que l'on peut déjà savoir quel bébé viendra en premier ?
Il est trop tôt pour le savoir.

Est-ce que l'on peut déjà savoir si l'accouchement se fera par voie basse ou par césarienne ?
Là encore, il est trop tôt pour le savoir.
Sans le dire explicitement, le Professeur Verspyck nous a fait comprendre qu'une des indications possibles de la césarienne serait que la dilatation ventriculaire d'Élise évolue à un point tel que sa tête ne passerait pas par voie basse, pour parler trivialement.

 

Au cours de l'entretien, j'ai exprimé à voix haute une réflexion que mon mari et moi nous faisons depuis le début et depuis qu'ils nous disent qu'ils ne savent pas (et ne sauront probablement pas avant l'accouchement, si tant est qu'ils parviennent à savoir un jour) de quoi souffre Élise : si les médecins étaient capables de nous dire "il s'agit de telle pathologie, avec telles difficultés et tels handicaps attendus", ce serait "plus facile" puisqu'il nous "suffirait" alors de décider si nous sommes capables d'assumer la situation exposée, alors que les incertitudes qui entourent sa pathologie et les difficultés et handicaps à venir nous conduisent à considérer la situation comme un pari. C'est alors que le Professeur Verspyck a rectifié les choses : pour lui, il est certain qu'Élise souffrira d'un handicap impossible à évaluer précisément certes mais qui sera au mieux modéré, au pire sévère, qu'elle ne pourra probablement pas suivre une scolarité classique même en maternelle, qu'elle sera incapable de marcher. Je crois que je n'avais pas encore pris (ou pas encore voulu prendre) conscience de la gravité du handicap dont elle pourrait être atteinte. Sans se transformer en déclic, ses propos m'ont fait un électrochoc.

Au détour de ces questions, le Professeur Verspyck nous a informés que l'étude pangénomique qui avait été lancée 3 semaines plus tôt n'avait rien donné : aucune anomalie n'a été détectée, suite au "zoom" sur les chromosomes d'Élise. Cela ne veut pas dire que l'origine génétique ou chromosomique des malformations d'Élise est définitivement écartée ; cela veut simplement dire qu'ils n'ont rien trouvé, en l'état actuel de leurs recherches et possibilités. Peut-être que l'autopsie permettra de rechercher ailleurs ou autrement et d'identifier quelque chose.

Le Professeur Verspyck nous a par ailleurs rappelé que, si nous sollicitions l'interruption de la grossesse d'Élise, notre demande serait acceptée. En effet, ce n'est pas aux médecins de proposer l'IMG mais aux parents d'en faire la demande - demande qui doit ensuite être examinée et acceptée ou refusée par un centre de diagnostic prénatal pluridisciplinaire, structure qui existe au sein de l'hôpital où nous sommes suivis.

16 juillet 2013

Toutes les larmes du monde n'y suffiront pas

Si toutes les larmes que je verse pouvaient évacuer le liquide céphalo-rachidien d'Élise, faire les vases communicants avec ses ventricules, résorber sa dilatation...

Larme

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Bertolt Brecht

"Ceux qui luttent ne sont pas sûrs de gagner, mais ceux qui ne luttent pas ont déjà perdu."

Citation

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15 juillet 2013

D'ici et d'ailleurs - Épisode 2

À la première liste des origines géographiques des visiteurs se sont ajoutés quelques nouveaux pays :
  • Hongrie
  • Italie
  • Liban
  • Pays-Bas
  • Suisse

Le blog existe depuis 2 mois 1/2 et vous êtes déjà plus de 2100 à nous avoir rendu visite, ponctuellement ou régulièrement.

Et il ne se passe pas une journée sans que les grumeaux attirent de nouveaux visiteurs ! :-)

Statistiques

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14 juillet 2013

Premier album photo

Sur cette page, vous retrouverez toutes les créations maison réalisées pour les grumeaux, par Mamoun' et par moi.

Fait-maison

D'autres albums suivront peut-être selon le chemin que prendra le blog.

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Je vous présente...

image

... Bernardin (à gauche) et Benoît (à droite) !

Ces deux grenouilles étant nées respectivement le 20 mai et le 11 juillet, elles ont naturellement pris le nom de leur saint patron ! :-)

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Le p'tit air - Maxime Le Forestier

Audio

Je ne sais pas de quoi parle cette chanson mais je sais comment je la ressens...

Il suffit que quelqu'un fredonne
Le p'tit air que j'avais fait pour toi
Et c'est un peu de nous qui sonne
Dans l'au-delà
Il suffit que quelqu'un murmure
Le p'tit air que j'avais fait pour toi
Si c'est un peu de nous qui dure
C'est déjà ça

La mousse a recouvert les lettres
Et déjà la pierre se fend
C'est sûr qu'avoir été vivant
C'est moins amusant que de l'être
On se dissout, on s'évapore
On se répand dans le grand flou
Que peut-il bien rester de nous
Quel fil de nous s'agite encore
S'agite encore

Il suffit que quelqu'un fredonne
Le p'tit air que j'avais fait pour toi
Et c'est un peu de nous qui sonne
Dans l'au-delà
Il suffit que quelqu'un murmure
Le p'tit air que j'avais fait pour toi
Si c'est un peu de nous qui dure
C'est déjà ça

On laisse des traces ou des séquelles
Des peintures ou des monuments
Les statues tombent forcément
Gravitation universelle
Alors qu'un air qui se faufile
De lèvre en lèvre et qui survit
Ça peut nous faire un paradis
Viens, on s'en va danser tranquille
Danser tranquille

Il suffit que quelqu'un fredonne
Le p'tit air que j'avais fait pour toi
Et c'est un peu de nous qui sonne
Dans l'au-delà
Il suffit que quelqu'un murmure
Le p'tit air que j'avais fait pour toi
Si c'est un peu de nous qui dure
C'est déjà ça
C'est déjà ça
C'est déjà ça
C'est déjà ça

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Ahhhhhhhhhhhhhhhhhhhh

Au moment de définir une catégorie pour ce billet, j'ai longuement hésité entre Grossesse et A méditer mais je reste intimement convaincue que cet évènement est directement lié à ce qui se passe dans mon bidon en ce moment...

Hier, samedi 13 juillet 2013.
19h15, en sortant de la douche.
J'ai alors 28 ans, 2 mois, 18 jours et quelques heures.
...
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Et je viens de découvrir mon premier cheveu blanc !

Saletés de grumeaux ! ;-)

Cheveu blanc

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12 juillet 2013

Préparation à la naissance - Épisode 1

Vendredi dernier, c'était notre première séance de préparation à l'accouchement. Comme mon mari était en vacances, il a pu m'accompagner mais ce ne sera pas le cas les prochaines fois puisque toutes les séances ont lieu le vendredi matin. Or, comme il doit déjà s'absenter souvent de son travail (sous l'oeil bienveillant et compréhensif, heureusement, de ses responsables et collègues) pour les rendez-vous avec les médecins, il ne peut pas abuser et sera bien obligé de sacrifier ces rendez-vous-là.

Comme il paraît que les grumeaux sont souvent pressés et que nous risquons, selon la décision que nous prendrons, de devoir déclencher un accouchement prématuré, nous avons intégré un groupe de futurs parents dont les bébés doivent arriver plusieurs semaines avant les nôtres, comme en a attesté le "tour de tapis" de début de séance.

Une bonne surprise dès le début (que nous avons découverte en nous inscrivant quelques jours avant) : je connais et apprécie la sage-femme qui anime ces séances de préparation. Avant de "tourner" dans d'autres services, elle travaillait en effet dans le service d'AMP au début de notre parcours et j'avais alors eu le plaisir de découvrir une femme humaine et attentionnée.

Dans notre groupe, uniquement des premières grossesses et des âges relativement proches, autour de 30 ans, avec une exception : une jeune fille de 17 ans aussi paumée que touchante (en l'écoutant et en l'observant, je n'ai pu m'empêcher de me demander comment j'aurais vécu la situation, il y a 10 ans...).

Après les présentations des couples et futures mamans présents, la sage-femme a expliqué/rappelé le fonctionnement du corps pendant la grossesse et l'accouchement, avant de nous laisser poser nos questions sur l'accouchement. A mesure que j'écoutais les interrogations des autres futures mamans, dont certaines rejoignaient les miennes, et les réponses de la sage-femme, je sentais ma gorge se nouer, à cause d'une question qui m'obsédait mais que je ne voulais pas poser devant tout le monde, d'une part pour ne pas attirer la curiosité des autres sur notre histoire, d'autre part pour ne pas plomber l'ambiance. Et puis quand les questions ont tourné autour de la césarienne (sans rapport direct avec ma question, pourtant. Les autres ont dû croire que je redoutais la césarienne ; s'ils savaient...), je n'ai plus su retenir mes larmes et me suis effondrée jusqu'à ce que je me décide à sortir de la salle pour reprendre mes esprits.

La sage-femme, avec qui nous avions évoqué la drôle de grossesse que nous vivons lors de notre inscription à ces séances, nous a alors rejoints dans la salle d'attente pour me réconforter. J'ai d'autant plus apprécié son soutien qu'elle sait de quoi il s'agit puisqu'elle a elle-même vécu un deuil périnatal. Et avant que nous ne retournions dans la salle, j'ai obtenu ma réponse de sa bouche : "physiquement, ça ne fait aucune différence". Ma question, c'était : "ça fait quoi, d'accoucher d'un bébé vivant et d'un bébé mort à la suite ?"

Après cette petite interruption, la séance a repris son cours normal, entre explications techniques et conseils pratiques, notamment sur le massage périnéal à commencer quelques semaines (voire mois) avant l'accouchement afin de limiter les risques d'épisiotomie.

Malgré l'intermède lacrymal, entre démystification de l'accouchement et réelle préparation à la fois physique et psychologique, le bilan de cette première séance est positif, d'autant plus que ce type de préparation permet de normaliser la grossesse, ce que n'auraient pas permis les séances individuelles que la sage-femme m'a proposées avec une intention tout-à-fait louable.

Prochaine séance : début août, au retour de vacances de la sage-femme. D'ici là, nous allons tenter, en complément, la préparation en piscine, histoire de varier les plaisirs !

Posté par Tannabelle à 21:06 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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