Tannabelle et ses grumeaux

15 octobre 2019

Pour la première fois...

Voilà, je craque.
 
En cette journée symbolique de sensibilisation au deuil périnatal, 6 ans et 26 jours plus tard, je craque : je publie sur Internet une photo de mon bébé mort, de mon bébé, de mon enfant, de ma fille, de mon Élise.

bonnet nb

Crédit photo : notre lointaine, mais indéfectible amie Chrystelle

 
Bien sûr, cette photo est "soft". On devine à peine Élise, on ne peut même pas la reconnaître, on ne voit rien de ses malformations, on ne peut même pas comprendre - si on ne le sait pas déjà - qu'elle n'est pas vivante sur cette photo.
Mais j'avais ce besoin inexplicable, dévorant, inextinguible, vorace, viscéral de montrer ma fille, comme pour dire au monde qu'elle a vécu, qu'elle a existé, qu'elle existe. De faire comprendre avec du concret, pas juste avec des mots, des émotions, de l'intangible, que je ne pleure pas un fantôme, qu'elle était faite de chair et d'os (et d'un peu trop d'eau aussi... putain d'hydrocéphalie) et de beaucoup d'amour.
Je regretterai peut-être ce billet, peut-être même au point de le retirer du blog (ou du moins la photo), car depuis le début, je me refuse à l'exposer sur Internet, au milieu d'innombrables envies toujours réprimées de déroger à cette règle.
Mon mari, qui n'est pas encore au courant, sera peut-être dérangé par ce billet et s'il le souhaite, je le retirerai.

Bref, ce billet est très impulsif, il vient tout droit de mon coeur de maman qui souffre, qui crève de ne pas pouvoir serrer sa fille dans ses bras, de ne pas pouvoir lui parler, lui montrer le chemin que je croirais bon pour elle, lui donner les armes et les outils pour affronter ce monde, l'ouvrir à ses trésors et richesses intérieurs pour trouver sa place sur cette planète.
Au final, je crois que si je publie ce billet aujourd'hui, ce n'est pas un hasard. (En écrivant cela, je pense à mon amie Hélène, fondatrice de Souvenange, pour qui "il n'y a pas de hasard, il n'y a que des rendez-vous".) En fait, je me réjouis que la Journée de sensibilisation au deuil périnatal existe, évidemment, car cela met en lumière ce sujet si méconnu. Mais ce que je dépllore, c'est que j'ai la sensation que les gens ne voient derrière cela qu'un "concept", une idée, une notion.
Non, le deuil périnatal, ce ne sont pas des statistiques ("7000 familles par an en France", 7000 ! Plus que la sécurité routière, quoi !) et ce n'est pas un calendrier bien précis ("du cours de la grossesse aux premiers jours de vie").
Le deuil périnatal, ce sont des bébés, des enfants, des êtres vivants, des êtres humains qui meurent et qui ouvrent derrière eux un océan de chagrin, un abîme de solitude et un enfer de culpabilité.
Le deuil périnatal, c'est la vie et la mort qui s'entremêlent, c'est le destin qui te violente à un point inimaginable, c'est la vie qui te met à terre en te faisant croire que tu ne te relèveras jamais.
Le deuil périnatal, c'est du concret : au choix, selon les circonstances, décider de tuer ton enfant ("pour son bien"...), accoucher de ton bébé déjà mort, le mettre au monde sans lui donner la vie, ne jamais l'habiller ou le changer ni même poser tes mains sur sa peau nue et sentir sa chaleur t'envahir le coeur, aller le voir à la morgue, lui choisir un cercueil au lieu d'un berceau.
Le deuil périnatal, c'est un vide au quotidien. Qui se remplit aléatoirement de mille choses. Mais remplissez-le de tout ce que vous voudrez, mettez-y les plus jolies choses, les plus belles surprises du destin, les plus grandes joies de la vie : le vide sera toujours là, quelque part, en-dessous.

Le vide. Le manque.
Élise manquera toujours pendant l'histoire du soir. Élise manquera toujours à table. Élise manquera toujours dans le planning chronométré du matin. Élise manquera toujours dans les larmes et les rires de notre famille. Élise manquera toujours dans nos projets.

Élise, c'est pas juste un bonus qu'on n'a pas eu, une promesse qui n'a pas été tenue. C'est une petite fille qui manque à nos vies. À chaque instant.

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C'est sa journée !

Vidéo

Aujourd'hui, nous sommes sommes le 15 octobre et, comme chaque année, c'est la "Journée internationale de sensibilisation au deuil périnatal". Un peu relou, comme nom officiel, non ?!

Pour faire court, comme je l'ai dit ce matin à mon mari, aujourd'hui, disons que c'est la "journée des bébés morts" ! C'est un peu plus parlant et un peu plus percutant, non ?!

Mais surtout, c'est la journée des bébés qui manquent à leurs parents.
Qui n'ont jamais vu le jour ou si peu.
Qui ne se sont jamais émerveillés devant la beauté du monde.
Qui n'ont jamais senti la chaleur de leur papa.
Qui n'ont jamais ri aux éclats.
Qui n'ont jamais soufflé leur première bougie.
Qui n'ont jamais goûté à la douceur de leur maman.
Qui n'ont jamais vécu ailleurs que dans la tête et le coeur de leurs parents.

"Le deuil d'un bébé, c'est le deuil de toute une vie."

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07 octobre 2019

L'atelier fratrie dans le cadre du deuil périnatal - Reportage de la RTBF

Audio

Aujourd'hui, je ne peux pas ne pas vous parler du reportage que la RTBF a diffusé samedi dernier !

Il s'agit d'un reportage intitulé "L'atelier fratrie dans le cadre du deuil périnatal". Ces ateliers fratrie, ce sont ceux organisés par l'association Nos tout-petits, pour laquelle je suis bénévole. Ils sont destinés aux enfants de 5 à 11 ans qui ont perdu un frère ou une sœur, aîné(e), jumeau(elle) ou cadet(te), pour leur offrir un espace de parole libre.

Ce reportage est d'une très grande justesse, grâce à la qualité et à la diversité des intervenants : jeunes enfants, enfants plus matures, professionnels du deuil périnatal, mamans, papa.

Pas de pathos, pas de larmes, pas de cris. La réalité des choses, pour nous, les parents, et pour eux, les frères et sœurs.

On y entend ma voix et celle de Gaspard, entre autres. On y entend surtout des gens parler de ce qu'ils connaissent : la mort d'un bébé, qui n'est pas un non-évènement.

Si vous avez 24 minutes à "perdre", allez-y. Et si vous voulez m'en parler - ou juste me dire "j'ai écouté", sans chercher plus loin - j'en serai ravie.

Merci à l'association Nos tout-petits, qui rend notre chemin moins difficile...

18 septembre 2019

Qui es-tu, Élise ?

Je ne sais pas qui tu es. Je ne sais pas qui est cette petite fille que j’aime, que je pleure et qui me manque.

Quand je pense à toi, j’imagine une petite fille de 6 ans, qui aurait fait sa rentrée en CP, qui aurait les cheveux bruns et bouclés, qui apprendrait à nager, qui s’initierait à la musique, qui inviterait ses copains et copines à son anniversaire, qui réciterait sa première poésie, qui se chamaillerait avec ses frères et qui amuserait sa sœur.

Pourtant, ça n’aurait jamais pu être toi. Cette petite fille n’existe pas, ni dans ce monde-ci, ni dans ce monde-là. Ce scénario ne faisait pas partie des options qui nous ont été proposées. La seule vie que nous avions imaginée pour toi, pour ton frère, pour notre famille a volé en éclats. Notre champ des possibles est devenu impossible. Nous avons eu le choix entre un bébé lourdement handicapé et un bébé mort. Tu parles d’un choix !

Avec le choix que nous avons fait, tu ne souffleras sur aucune bougie demain, tu n’as pas fait ta rentrée en CP, tu n’as pas choisi de garder les cheveux courts comme ton frère jumeau ou de les laisser pousser comme ton petit frère, tu n’apprends pas à nager, tu ne t’inities pas à la musique, tu ne fêteras pas ton anniversaire avec tes copains et copines samedi après-midi, tu ne me récites pas ta poésie tous les soirs, tes frères se chamaillent à deux et ta sœur s’amuse sans toi.

Si nous avions fait l’autre choix, tu ne soufflerais sur aucune bougie demain, tu n’aurais pas fait ta rentrée en CP, tu nous laisserais décider de la longueur de tes cheveux, tu n’apprendrais pas à nager et ne saurais même pas marcher, tu ne percevrais peut-être même pas la musique, tu ne fêterais pas ton anniversaire samedi prochain, tu ne me réciterais aucune poésie et ne saurais même pas parler, tes frères se chamailleraient quand même sans toi et ta sœur s’amuserait quand même sans toi.

Ta réalité ne s’intègre pas à ma réalité. J’ai un peu honte de le dire, mais quand je pense à toi, ce n’est pas à toi, mon Élise, mon bébé malformé et malade, que je pense, c’est à cette petite fille que j’avais imaginée avant. Celle que tu es ne parvient pas à prendre la place de celle que j’imagine. Je sens bien que ces deux Élise existent toutes les deux quelque part, dans deux espace-temps différents, mais quelque chose me glisse inexorablement entre les doigts. C’est comme si tu n’étais qu’une idée, une pensée, une chimère, quelque chose d’évanescent qui m’échappe dès que je m’en approche. Alors, qui es-tu, Élise ?

Neuropédiatrie

24 août 2019

Sur le chemin de la vérité...

"Je voudrais qu'on me fasse mourir pour pouvoir voir Élise."

C'est ainsi que Gaspard et Hector ont tous les deux conclu notre discussion de ce soir.

 

Car ce soir, nous avons parlé, entre la poire et le fromage - ou plutôt entre la pizza et les fraises - de "problèmes et de solutions", Gaspard nous ayant dit qu'il avait entendu quelqu'un dire "il n'y a pas de problèmes, il n'y a que des solutions".

 

Spontanément, sans nous concerter, mon mari et moi avons pensé au plus gros problème que la vie ait mis en travers de notre chemin... 

 

Et c'est lui qui a osé en parler à Gaspard et Hector, en ces termes : "Élise avait un problème et nous n'avons pas trouvé de solution". De fil en aiguille, nous en sommes arrivés à leur dire, pour la première fois aussi explicitement, que c'est nous deux qui avions "décidé de ne pas faire naître Élise vivante".

Alors que Hector était tout ouïe quoique silencieux, Gaspard, du haut de ses presque six ans, a ensuite posé des questions aussi pertinentes que douloureuses :

 

"Ça veut dire qu'elle aurait pu naître vivante ?"

"Oui, mais..."

Nous avons alors essayé de leur expliquer quelle vie aurait été la sienne, d'après les médecins, et du coup quelle vie nous aurions eue, nous et eux...

 

"Et comment elle est morte du coup ?"

"Un médecin a arrêté son cœur quand elle était encore dans mon ventre."

 

Nous ne sommes pas allés jusqu'à expliquer plus avant le geste ou la façon de faire puisqu'ils ne nous ont pas précisément interrogés à ce sujet, car nous avons pris le parti de ne pas (trop) anticiper leurs questions. Nous nous disons qu'ils poseront leurs questions au fur et à mesure, quand ils seront prêts à s'exposer aux réponses.

 

Avoir un enfant mort oblige à manier l'art de la vérité avec délicatesse. Je ne sais pas si nous avons pleinement réussi ce soir, mais j'ai le sentiment que nous avons franchi une étape.

Je m'étais déjà demandé comment nous leur annoncerions que nous avions été décisionnaires du destin d'Élise, que nous avons eu pouvoir de vie et de mort sur elle, que nous avons exercé ce pouvoir. Je redoutais ce moment, autant qu'il me tardait de le vivre rien que pour qu'il soit derrière nous.

Gaspard et Hector (dans une moindre mesure, eu égard à son plus jeune âge et à sa maturité moins avancée) savent donc dans les grandes lignes, mais au-delà des vagues "elle était très malade" ou imprécis "elle n'aurait pas pu vivre", pourquoi et comment leur sœur est morte. Je suis quelque part soulagée, car j'avais l'impression de leur mentir en les laissant croire, par nos non-dits, nos omissions, nos silences, qu'elle était morte d'elle-même ou par je-ne-sais-quelle entremise mystérieuse.

 

Il faudra pourtant recommencer dans quelque temps avec Agathe mais nous appréhenderons certainement moins ce moment maintenant que nous l'avons déjà vécu une fois. Mais je suis certaine que les larmes couleront de nouveau...

Réflexion

 


23 mai 2019

Smile Train

Comme certains le savent, je suis traductrice.
Comme peu le savent, depuis quelques mois, je traduis bénévolement pour Traducteurs sans frontières.

J'ai déjà traduit pas mal de choses sur des sujets aussi variés que les droits de l'Homme, la pauvreté, la malnutrition ou le handicap. Et voilà qu'aujourd'hui, en cette veille de ce p..... de 24 mai où nous avons découvert les malformations faciales et cérébrales d'Élise, j'accepte pour la première fois une traduction pour Smile Train, un organisme humanitaire qui - je vous le donne en mille - s'occupe... des fentes labiales et palatines !

J'ai envie d'y voir un signe... mais un signe, c'est censé avoir une signification, non ? Alors quelle est-elle ?

SmileTrain

 

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Un peu d'humour (noir)

Ayant délaissé le blog depuis quelques semaines, je viens seulement de prendre connaissance de deux e-mails arrivés il y a plusieurs jours voire semaines sur la messagerie qui lui y est associée. J'ai rattrapé mon retard en y répondant immédiatement.

Vous le savez peut-être : j'aime l'humour noir, même quand il s'agit de ma fille. En tout cas, les auteurs de ces deux messages sont au courant aussi maintenant. (Les termes en orange viennent remplacer les vraies références, histoire de ne pas faire de pub aux boîtes de ces deux robots !)

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Premier message

La demande :

Bonjour à vous,

Je m’appelle A. et j'organise les collaborations éditoriales chez Blablabla, une agence digitale basée à Pétaouchnok. Nous venons de débuter un nouveau projet dans lequel la notion de famille et de bien-être est centrale, et votre blog me semble tout désigné !

Si cela vous intéresse, nous serions heureux de produire gratuitement un article sur-mesure pour votre blog, sur le sujet de votre choix. L'article sera créé pour votre site et abordera un sujet pertinent pour votre audience, en respectant votre ligne éditoriale. Ce contenu sera bien entendu optimisé pour atteindre un maximum de lecteurs, et nous pouvons même créer du contenu visuel tel que des infographiques ou des imprimables pour votre blog.

Ce post ne ferait pas mention d’une marque et ne sera pas promotionnel. Il s’agira simplement pour nous d'y insérer un lien vers un article de conseils pratiques sur la famille et le développement des enfants. Est-ce que cela pourrait vous intéresser ?

Je reste à votre disposition si vous souhaitez plus d’informations.

Merci de votre réponse et très belle journée,

Axel

Ma réponse :

Bonjour A.,

Vous me prenez pour une idiote ? Vous voulez me faire croire que vous avez lu - ou ne serait-ce que survolé - mon blog, et que c'est pour cette raison qu'il vous semble tout désigné pour correspondre à votre projet autour de la notion centrale de bien-être ? Si vous y aviez réellement jeté un œil, vous auriez vu que 95% des billets de mon blog parlent de ma fille qui est MORTE. Alors pour la notion de bien-être, on repassera !

Cela étant, si vous proposez de produire gratuitement un article sur-mesure pour mon blog, sur le sujet de mon choix, voici les sujets que je vous suggère d'aborder pour respecter ma ligne éditoriale : le deuil au sens large, le deuil d'un enfant en particulier ou, pour être encore plus précis, le deuil périnatal.

Pour être efficace et pertinent, il ne suffit pas de faire une recherche de blogs sur le thème de la famille. Affinez un peu vos critères de recherche automatique : vous tomberez certainement plus juste, perdrez moins de temps et blesserez moins des cœurs déjà meurtris.

Dans l'attente de vous lire... ou pas,

-- Tannabelle et ses grumeaux --

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Deuxième message

La demande :

Bonjour Tannabelle,

Je m’appelle C. et je fais partie de la famille Bliblibli. Suite à une veille sur les réseaux sociaux, j’ai eu la joie de découvrir ton superbe blog et ton univers très accueillant. Toute notre équipe est sous le charme et je t’écris pour te proposer une coopération avec nous. En effet, je pense que toi et tes abonné-es seraient conquis par nos articles.

Bliblibli est une entreprise tonkinoise qui produit des étiquettes personnalisées pour divers objets et vêtements pour enfants. Résistantes au lave-vaisselle et au lave-linge, elles survivent au quotidien des enfants, et grâce à elles, plus rien ne se perd. De plus, nous proposons de nombreuses affiches personnalisables et des autocollants de porte pour une chambre d’enfant unique.

Je t’invite à visiter notre site pour avoir une idée plus précise de ce que nous faisons : www.bliblbli.bli 

Qu’en penses-tu ? Souhaites-tu tester nos produits et en rendre compte par la suite ?

Je me ferais un plaisir de te composer un kit de test que tu pourras personnaliser à ton goût, et serais ravie de parler avec toi des différentes possibilités. Tu peux sans autre m’envoyer ton Mediakit.

Je me réjouis d’avance d’avoir de tes nouvelles.

Sincères salutations,

C. B.

Ma réponse :

Bonjour C.,

Merci pour l'intérêt que tu portes à mon blog.
Avant de parler plus précisément de ta proposition, j'ai un petit conseil à te donner : quand on veut faire croire que l'on a lu quelque chose, il me semble judicieux de prendre quelques précautions. Par exemple, avant d'affirmer que l'univers d'un blog est très accueillant au point que toute votre équipe est sous le charme, mieux vaut s'assurer que ce blog ne parle pas à 95% de LA MORT D'UN ENFANT. Cela étant, il est possible que je me méprenne : vous avez peut-être été réellement tous séduits par la souffrance, la culpabilité et le manque que j'éprouve à l'égard de ma fille, va savoir ! Tu me diras si je me trompe, du coup ? Histoire que je sache vraiment ce qu'il en est...

Toujours est-il que je me pose deux ou trois questions sur les produits que tu proposes. Vos étiquettes sont résistantes au lave-vaisselle et au lave-linge et survivent au quotidien des enfants. Mais résistent-elles aux intempéries ? Car tu vois, le quotidien de ma fille, ça se passe six pieds sous terre, alors si tu m'affirmes que je peux apposer vos étiquettes sur sa pierre tombale en toute quiétude, pourquoi pas !

Peut-être faudrait-il revoir tes critères de recherche automatique et te méfier du contenu de tes envois impersonnels, histoire de perdre moins de temps, d'être plus efficace et - accessoirement - de ne pas blesser des cœurs qui souffrent déjà.

Dans l'attente de te lire... ou pas,

-- Tannabelle et ses grumeaux --

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Les paris sont ouverts : s'excuseront-ils ou ne s'excuseront-ils pas ?!

 

Questions

 

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20 mai 2019

En vrac

Cela fait bien longtemps que je ne suis pas venue par ici. Par manque de temps, c'est évident, mais pas seulement. Parce que j'ai l'impression de ne plus avoir grand-chose d'intéressant ou d'inédit à raconter.

Élise me manque.
Je souffre de son absence.
Je voudrais qu'elle soit parmi nous.

C'est la même chose depuis bientôt 6 ans, je ne sais plus dans quel sens tourner ces 3 phrases pour justifier d'y revenir sur ce blog, mais Élise n'en est pas moins présente dans mon coeur et dans mes pensées. D'ailleurs, c'est sans aucun doute l'approche de l'un de 6e anniversaires particuliers qui me pousse jusqu'ici ce soir.

Au fil des mois, j'ai noté ce qui me passait par la tête, mais rien de tout cela ne me semble assez consistant, abouti ou pertinent pour le déposer ici. Mais j'ai quand même envie de partager avec vous, en vrac, quelques citations ou réflexions.

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28 avril 2016

Tu es mon souvenir sans avenir.

 

Il manquera toujours une couleur à mon arc-en-ciel.

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18 mai 2016

Tu me manques comme je respire.

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9 juillet 2016

Il n'y a pas de manque dans l'absence ; l'absence est une présence en moi.

Félix Guettari

 

 

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9 janvier 2017

 

Son corps le trahit avant que sa vie ait commencé. Certaines créatures ne sont pas faites pour survivre.

Extrait de la narration du film "L'étrange histoire de Benjamin Button"

 

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18 janvier 2017

Je t'ai pris la vie ; tu as rendu l'âme, mais je ne sais pas à qui.

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25 septembre 2018

Vieillir, c’est emmerdant, mais quand on sait vraiment que c’est ça ou la mort, on trouve ça épatant.

 

Jean Piat

Réflexion

    Félix Guattari (1930-1992)

 

    Il n'y a pas de manque dans l'absence ; l'absence est une présence en moi.

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07 février 2019

Photos...

Neuropédiatrie

Je n'ose pas (encore ?) afficher de photos d'Élise publiquement. Je me retranche derrière le choix que nous avons fait de ne pas exposer de photos de nos (autres) enfants (vivants, eux) sur Internet, que ce soit sur ce blog ou sur Facebook en particulier. Cela m'arrange quelque part ; ça m'évite, la majeure partie du temps, d'avoir à me poser cette question pour Élise.

Pourtant, je crève d'envie de montrer ma fille à tout le monde, de montrer qu'elle a existé, qu'elle a vécu, même si ce n'était qu'in utero, de montrer que ma souffrance s'est enracinée en elle et que ce n'est pas "rien" ni "personne" que je pleure et qui me manque.

Mais j'ai toujours cette espèce de retenue.

Il faut dire aussi que je redoute que les images que je dévoilerais d'Élise se retouvent sous de mauvais regards ou entre de mauvaises mains, en proie à de mauvaises intentions. L'un des articles de La Voix du Nord auquel j'ai participé en octobre dernier s'est bien retrouvé relayé sur un site pro-vie / anti-IMG/IVG, dont je me garderais bien de mettre le lien ici. L'article y est repris sans publication associée ni commentaire, mais rien que le contexte du site m'a donné la nausée à l'idée que mon histoire, ma souffrance, ma fille, la chair de ma chair soient reprises, détournées, utilisées pour servir un but contraire à mes convictions...

Malgré cela, je suis heureuse que d'autres parents endeuillés fassent le choix contraire au nôtre et osent exposer leur histoire, leur bébé. Parce qu'on ne peut pas reconnaître une réalité si on ne la regarde pas en face.

Je vous invite donc à lire cet article (en anglais) et à observer ces photos. Vous me direz ensuite ce que vous voyez. La mort ou l'amour ? Un être humain ou un cadavre ? Un non-évènement ou une profonde souffrance ?

https://www.dailymail.co.uk/femail/article-5522155/Mother-shares-photoshoot-stillbirth-heartbreaking-funeral.html?fbclid=IwAR0_kfntlH02vOBTG4IRlbOifb3GrYoo-7EMDOkjN1aZgw0XcG_DdSFZ2hg

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24 octobre 2018

J'ai testé pour vous...

Près de 2 mois après l’arrivée d’Agathe parmi nous, je prends/trouve (rayer la mention inutile ! ;-)) enfin le temps de revenir dessus !

Le terme était prévu pour le lundi 3 septembre, jour de rentrée scolaire de Gaspard et Hector. J’espérais donc qu’elle soit déjà née, voire que nous soyons de retour à la maison avant cette date, histoire de limiter autant que possible les perturbations de cette journée déjà particulière en soi.

Le mardi 28 août, j’ai choisi d’écouter ma belle-sœur, qui me conseillait de tenter l’homéopathie. Ma pharmacienne m’a donc préparé un cocktail spécial « déclenchement » (on s’entend, hein), que je me suis empressée de commencer dès que je l’ai récupéré.
J’ai pris ma première dose à 18h00... à 19h00, je fissurais la poche des eaux ! Véridique ! Déjà plutôt sceptique (mais pas opposée non plus) quant à l’homéopathie en général, je doute que l’on puisse y voir un lien de cause à effet, mais cet enchaînement prête à sourire, vous en conviendrez ! :-)
Autre anecdote amusante : j’ai toujours entendu dire que faire le ménage en fin de grossesse favorisait en général le déclenchement du travail. Là encore, nous avons choisi de faire confiance à cette idée reçue... sauf que c’est mon mari qui était en train de faire les poussières lorsque j’ai perdu les eaux ! :-)

Bref, suite à cette fissuration, nous nous sommes rendus à la maternité, où ils ont décidé de me garder après un monitoring normal mais toujours sans contractions, en raison du risque d'infection lié à toute fissuration ou rupture de la poche des eaux. Nous avons donc passé la nuit sur place, installés dans une chambre en suites de couches.
Le lendemain matin, en ce mercredi 29 août, j’ai refait un monitoring, toujours normal et toujours sans contractions. Je me suis donc efforcée de marcher et faire des exercices sur un ballon de grossesse pour essayer d’enclencher le travail, sans succès...
Le monitoring de l’après-midi étant toujours exempt de signes annonciateurs du travail, l’équipe a commencé à envisager de poser un ballonnet, un dispositif visant à favoriser la dilatation du col. Et c’est effectivement ce qui a été fait le soir même, non sans mal : elles ont dû s’y mettre à trois et s’y reprendre à deux fois pour y parvenir, ce qui n’a pas été indolore ! Mais une fois le ballonnet en place, rien à signaler hormis une légère sensation de gêne. Je suis donc retournée dans ma chambre vers 22h00 (seule cette fois, mon mari étant rentré chez nous entre-temps), dans l’idée de passer une ultime « bonne » nuit avant la dernière ligne droite !

ballonnet
Le ballonnet, une fois tombé !

C’était sans compter sur l’effet rapide du ballonnet, car, vers 1h00 du matin, j’ai été réveillée par la perte du ballonnet, mais aussi et surtout par des contractions douloureuses et relativement rapprochées ! J’ai hésité à attendre une heure de plus pour voir si ce rythme se maintenait, voire s’intensifiait, mais j’ai finalement décidé d’appeler une sage-femme qui m’a envoyée aux urgences maternité. Je m’y suis rendue « la fleur au fusil », avec mon téléphone et un bouquin, pensant devoir patienter encore de longues heures avant le dénouement. On m’a alors posé un nouveau monitoring en attendant de m’examiner à nouveau. J’ai demandé si je pouvais/devais prévenir mon mari ; on m’a confirmé que oui, mais qu’il pouvait prendre son temps pour arriver. Je l’ai donc appelé pour l’informer que le travail avait vraisemblablement commencé, mais qu’il avait tout le temps de se réveiller et d’avoir les idées claires pour parcourir les 45 km qui séparent notre domicile de la maternité.
Dans les minutes qui ont suivi, je me suis donc retrouvée seule en salle de monitoring à voir que le rythme cardiaque d’Agathe faiblissait considérablement à chacune des contractions, désormais rapprochées, régulières et de plus en plus douloureuses. Dès que la sage-femme, Héloïse, est revenue, je lui en ai parlé et elle a pu le vérifier sur le tracé. Elle m’a alors demandé de m’installer sur le côté gauche pour voir si cela soulageait Agathe. Lorsqu’elle est revenue peu après, elle a constaté que le cœur d’Agathe ralentissait toujours aussi fort (à peine 60 de pulsation cardiaque) et a été rejointe par sa collègue, Camille, qui m’a alors examinée. C’est à ce moment-là que tout s’est emballé.

À peine Camille a-t-elle commencé à examiner mon col qu’elle s’est exclamée, à l’intention de sa collègue : « J’ai le cordon ! ». Panique dans ma tête, dans mon cœur, dans ma voix : « Oh noooon !... ». Sans même savoir de quoi il retournait précisément, mais en entendant le terme « cordon » et en découvrant la surprise et l’inquiétude dans la voix et le regard de Camille, j’ai instantanément pensé à mon amie Laurie et à son petit Clément, décédé d’une multiple circulaire du cordon à quelques jours du terme, et je me suis vue basculer, à nouveau, du mauvais côté de la naissance... Un branle-bas de combat s’est alors enclenché : en quelques secondes, on m’a expliqué qu’on allait partir en césarienne d’urgence, car le cordon était engagé avant Agathe. Sur le coup, je n’ai évidemment pas bien saisi les tenants et les aboutissants de ce problème, j’ai juste compris que c’était grave et urgent. J’ai alors entendu et vu Héloïse appeler le reste de l’équipe (gynécologue, anesthésiste, aides-soignantes, brancardiers) sous l'injonction de Camille : « On part en césarienne d’urgence code rouge ! ».

Je me vois encore partir sur mon brancard de salle de monitoring vers le bloc obstétrical.
Je vois encore Camille, montée sur le brancard, à califourchon sur ma jambe, qui est obligée de maintenir sa main dans mon vagin, au prix d'un effort physique intense et durable, pour refouler la tête d’Agathe et éviter ainsi toute compression du cordon, ce qui privait Agathe d’oxygène.
Je vois encore la gynécologue arriver en quelques secondes, en train d’enfiler sa blouse.
Je l’entends encore qui demande à Camille si c’est « une latérocidence ou une procidence ».
J’entends encore Camille qui confirme qu’elle sent le cordon devant et qu’il s’agit donc d’une procidence.
Je m’entends encore répéter, apeurée, perdue, incrédule, tentant vainement de retenir mes larmes : « Vous me la perdez pas ! Vous me la perdez pas ! ».
J’entends encore l’aide-soignante essayer de me rassurer de mon entrée au bloc à mon endormissement.
Je me vois encore passer du brancard à la table d’opération.
Je sens encore la main de l’aide-soignante dans la mienne.
J’entends encore la gynécologue me dire, alors que je ne suis même pas encore prête à être anesthésiée, qu’elle commence à préparer l’intervention pour ne pas perdre de temps.
Je la sens encore me badigeonner le ventre au moment où je reçois le masque à oxygène.
J’entends encore l’anesthésiste me demander de décompter de 10 à 0. (La bonne blague ! Quelqu’un en train de subir une anesthésie générale a-t-il jamais réussi à dépasser 8 ?! :-))

Et puis c’est le trou noir.
Le trou béant.
Dans mon ventre, dans ma vie, dans ma mémoire.

Agathe est née à 1h59 ce jeudi 30 août 2018.
Même si je n’ai pas vraiment de doutes, je suis bien obligée de croire ce qu’on me dit puisque je n'étais pas vraiment là lors de sa naissance... Quelle frustration...

J’ouvre les yeux en salle de réveil vers 3h30 du matin. Je suis encore dans les vapes, évidemment. Mon mari est à mes côtés. Je demande comment va Agathe : « elle est en néonat’, je suis allé la voir, elle va bien ». Le soulagement me pousse à remercier chaque personne que je vois.
Je remercie les aides-soignantes, pour leur présence.
Je remercie Camille, qui n’en finit pas de s’excuser de m’avoir « maltraitée » (il est vrai que l’intimité que nous avons partagée lorsqu’elle refoulait la tête d’Agathe n’était pas des plus agréables, mais quelle importance, honnêtement ?!) et de m’avoir à peine expliqué ce qui se passait (elle m’a dit tout ce que j’étais capable d’entendre sur le moment, ça m’a suffi, alors je lui réponds que je m’en fiche et que ce n'était pas moi qui comptais).
Je remercie la gynécologue, qui prend le temps de venir m’expliquer ce qui s’est passé.
Je ne le dis à personne, mais je remercie aussi la vie.

J’ai appris par la suite que lors d’une « césarienne code rouge », le bébé doit naître en moins de 15 minutes eu égard à l’urgence de la situation : entre la détection de la procidence du cordon et la naissance d’Agathe, 12 minutes se sont écoulées !

Au cours des 12 petites heures qu’Agathe a passées en réanimation néonatale, mon mari a pu la voir dès son arrivée ; nous y sommes ensuite allés tous les deux à ma sortie de la salle de réveil, avant d’y retourner en fin de matinée. Et alors que nous étions en train de déjeuner dans ma chambre, une aide-soignante nous a fait la surprise de nous l’y amener : la pédiatre venait de vérifier le tracé de son encéphalogramme, qui était « strictement normal », et donc d'autoriser sa sortie du service. Nous avons alors pu commencer à nous découvrir, après cette arrivée rocambolesque et inattendue !

Au-delà des intenses émotions vécues sur le moment, cette naissance m'inspire plusieurs réflexions.

  • Pour cet accouchement, je souhaitais une naissance plus naturelle, plus douce, plus physiologique. Je m'étais même mis en tête d'essayer de me passer de la péridurale. Finalement, j'ai réussi : je n'ai effectivement pas eu de péridurale ! (Comment ça, l'anesthésie générale, ça compte quand même ?! :-P)

Trêve de plaisanterie... :

  • Cette naissance rappelle bien que rien n'est acquis lors d'une grossesse ou d'un accouchement. Malgré les angoisses et les quelques alertes de ces 9 mois, rien ne laissait présager que tout se finirait en urgence médicale ! Alors quand j'entends dire que plus rien ne peut mal se passer à quelques jours ou heures du terme, cela me hérisse le poil !
  • Je me réjouis d'avoir à nouveau choisi d'accoucher dans une maternité de niveau 3, c'est-à-dire dotée d'une unité de réanimation néonatale. Même si Agathe n'en a eu besoin que quelques heures, cela nous a évité d'avoir à être transférées dans un autre établissement !
  • Quelle ironie que ce cordon qui nourrit et fait vivre un bébé pendant toute grossesse puisse devenir dangereux, voire mortel...
  • Je n'ose imaginer où nous en serions aujourd'hui si je n'avais pas déjà été sur place ou si j'avais ne serait-ce qu'attendu plus longtemps pour signaler mes contractions...

Mais MERCI LA VIE : AGATHE EST PARMI NOUS ET EN PLEINE FORME ! :-)

(En revanche, je préfère laaaargement l'accouchement par voie basse à la césarienne... Je vous expliquerai pourquoi bientôt !)